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Risque et Innovation

L’innovation ne va pas sans risque. Et réciproquement. 

Presque par définition, l’innovation, comme l’avait pressenti Schumpeter, est destructrice de procédés, d’outils, méthodes voire de  concepts antérieurs.

Elle remet en cause une manière de vivre, des habitudes, des comportements   considérés par beaucoup comme faisant partie intégrale de leur équilibre de vie. 

L’innovation comporte toujours cette part de saut dans l’inconnu, synonyme de risque

Elle porte en son sein une caractéristique qui freine son développement : le concept d’échec ; on n’innove pas sans risque c'est-à-dire sans accepter avant l’action l’échec c'est-à-dire la découverte d’éléments imprévisibles à un moment donné, compte tenu de l’état de nos connaissances.  

De façon caricaturale, ces risques peuvent être principalement de deux natures :

  • Le risque technique c'est-à-dire que les caractéristiques du produit ou du service ne soient pas conformes au cahier des charges ou simplement à la performance attendue. Les très nombreux retards de mise sur le marché des produits « nouveaux » proviennent pour une grande part de cet écart par rapport aux prévisions.
  • Le risque social ou sociétal. Nous savons tous que la réaction du consommateur, du client ou des circuits de distribution, de la concurrence, du législateur, des lobbys les plus divers sont autant de freins à la diffusion des idées nouvelles.
  • A ces réserves ou obstacles sont venus s’ajouter ces dernières années de façon de plus en plus vive le concept d’un risque global c'est-à-dire le refus d’accepter l’erreur, le tâtonnement voire les dégâts collatéraux éventuels.  

Comme si la science, la progression de la connaissance ne devait pas payer –chaque fois – son tribut, sous quelque forme que ce soit, à l’acquisition de nouveaux savoirs.

Il n’y a pas d’innovation, de découverte sans risque… mais il y a des risques sans découvertes !    

Un certain courant d’idées voudrait nous faire croire que l’innovation sans risque pourrait exister. On assiste déjà à des tentatives (scientifiques mais aussi humaines ou sociales) d’encadrement, de régulation de toute initiative (à quand le permis pour gravir le Mont Blanc ?...ou même pour avoir le droit d’étudier les retombées des OGM ?)

Oui l’extraction du gaz de schiste pose des problèmes techniques ou de sécurité (comme sur un autre plan l‘énergie atomique) Est-ce une raison pour ne pas sérieusement étudier son exploitation ? 

Allons-nous rentrer dans uns Société qui sanctionnerait très fortement la prise de risque voire l’échec (je veux dire les conséquences parfois dramatiques de ces risques, bien entendu non –ou difficilement – prévisibles) quitte à casser le moteur de l’innovation ? 

Les Sociétés jeunes –un peu comme les jeunes hommes ! –se caractérisent, entre autres, par leur capacité à oser,  à se dépasser à avoir des taux de progression économiques considérables. 

Y aurait-il une fatalité à ce que les Sociétés anciennes privilégient, à ce point, la Sécurité individuelle ou sociale qu’elles en oublient –en partie – à se renouveler, à intégrer le risque comme facteur de progrès ? 

Les innovations ne sont pas le résultat d’initiatives individuelles : elles sont le plus souvent le fait de concentration de savoirs, de compétences, de complémentarité, d’équipes, de cross-fertilization. Est-ce la compétition ou la coopération qui est le plus efficace : probablement un mélange des deux.

Finalement, pour une entreprise, un pays le risque le plus grand n’est pas l’invention ou l’innovation qui n’aboutit pas (il y en aura toujours) mais c’est bien l’absence de la volonté d’innover c'est-à-dire de prendre des risques.   

Auteur

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Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine

Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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Luc Boyer

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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