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Digital : pensez en 3 dimensions !

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Par Caroline Faillet et François Pinochet

On entend partout parler de phénomènes générationnels, avec des classifications qui laissent à désirer : X,Y et… Z ! Chaque nouvelle génération aurait des caractéristiques propres aux outils technologiques avec lesquels elle a grandi. Voilà qui devrait expliquer les mutations de comportement de nos sociétés ? C’est donner le parfait alibi aux managers nés avant 1980 pour ne pas s’intéresser aux enjeux de la transformation numérique de leur entreprise : quel prétexte idéal que d’avancer qu’ils ne sont pas du bon millésime !

Allons donc ! C’est une vision très réductrice de l’impact sociologique de la révolution numérique. En réalité, l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise, quelle que soit leur génération, ont été impactés et façonnés par les 3 vagues de la révolution numérique.

De quelle révolution parlons-nous ?

Il y a eu, comme il est expliqué dans l’Art de la guerre digitale, 3 révolutions numériques qui ont bouleversé ce que nous sommes tous en tant que citoyens, en tant que consommateurs et en tant que salariés.

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Il y eut d'abord le Web 1.0, le web des moteurs de recherche

Le citoyen découvre le pouvoir de s'informer avec les moteurs de recherche. C'est l'émergence du factchecking, on ne peut plus dire n'importe quoi puisque tout le monde peut vérifier les affirmations.

Dans l'entreprise, c'est le collaborateur veilleur, celui qui tire son pouvoir d'être une revue de presse ambulante, d'être capable de dénicher une information sur la concurrence. Alors qu'avant une partie du pouvoir des experts pouvait venir de leur connaissance, cette connaissance est maintenant à portée de clic. L'entreprise devient apprenante : la connaissance autonomise les collaborateurs, ils n'attendent plus de leur supérieur qu'il les forme sur tous les sujets. En revanche, ils attendent plus de transparence.

Le problème est la confusion fréquente de l'information avec la solution, si l’on ignore qu'il y a un saut qualitatif, voire créatif dans certains cas, pour passer de l'un à l'autre !

Qui plus est, ils doivent bien souvent apprendre à utiliser ces connaissances avant même d'avoir eu le temps de les digérer et e les assimiler. C'est aussi pour cela qu'ils ont moins besoin qu'on leur dise comment faire leur job… que de savoir pourquoi ils le font.

 “Pour le collaborateur informé, la confiance vient de la transparence et du sens”

Puis il y eut le web 2.0, le web des médias et des réseaux sociaux.

Le citoyen découvre le pouvoir de s'exprimer sans connaissance technique et de s'organiser en réseau.

Dans l'entreprise, c'est le collaborateur influenceur, celui qui tire son pouvoir de son personal branding, de la taille de son réseau ou de sa capacité à obtenir une information de sa communauté. Ce n'est pas une question de génération : les blogueurs influents, les twittos à plusieurs dizaines de milliers de followers ou les rois de Linkedin sont des quadras, les youtubeurs sont des trentenaires.

Autrefois, on mettait les cibles de communication dans des cases : la com externe, la com actionnaire, la com interne… Aujourd’hui, tout employé est aussi potentiellement commercial, journaliste, recruteur sur les réseaux sociaux. Autrement dit, il y a une certaine fusion des profils : encourager l’« employee advocacy » n'est pas qu'une question de communication pour faire rayonner l'entreprise à l'extérieur ; c'est aussi une question de mobilité interne, pour faciliter les passerelles dans l’entreprise. Chez SNCF, le compte Twitter d’un contrôleur devient un compte officiel et celui-ci prend en charge l’information sur les réseaux sociaux . Chez Saint-Gobain Isover, une personne de l’assistance technique est devenu community manager sur les forums Travaux. Ils s’attendent aussi à être reconnus pour ce qu’ils font pour l’entreprise.

Le collaborateur networker est convaincu qu'à plusieurs – et ensemble – on ira beaucoup plus loin ; car la mise en commun et la confrontation des compétences, des rôles, des idées, permet d'envisager beaucoup plus de solutions et surtout de trouver celle qui sera la plus pertinente. L'entreprise collaborative est celle où chacun sait qu'il peut compter sur les autres et donc qu'il faut reconnaitre et apprécier les qualités de ses collaborateurs, de ses collègues, de sa hiérarchie.

Il attend de pouvoir retrouver cette notion de réseau et une telle transversalité dans sa propre entreprise. Il déplore les silos qui cloisonnent les gens dans leur service, là où des communautés en mode projet lui paraissent bien plus puissantes pour résoudre les problématiques de son quotidien.

“Pour le collaborateur mobile et mobilisé, le progrès vient du partage”

Aujourd'hui nous sommes dans le web 3.0, le web des données.

Des données naissent des services inédits qui facilitent la vie du citoyen. Ce dernier découvre le pouvoir de s'augmenter d'une partie de la valeur généralement répartie dans tous les acteurs d'une filière économique. Il est média, prescripteur, fournisseur de biens, de données, intermédiaire de service. La preuve qu'il génère de la valeur est qu'il en vit en partie. Il s'autonomise encore un peu plus à l'égard des circuits traditionnels : c'est notamment l'essor de la consommation collaborative. La force des ubérisateurs de business model, par exemple, est d'avoir compris que cet empowerment ne s'arrête jamais, et que plus ils accompagnent cette prise de pouvoir de l'individu, mieux ils réussissent. La caractéristique de ces services disruptifs est qu'ils ont tous comme fil rouge de faciliter la vie du consommateur : on lui retire ses « irritants » et on répond à ses aspirations.

Dans l'entreprise, le collaborateur augmenté attend exactement la même chose : la data ne doit pas servir qu'à produire des reportings qui l'assomment ; les données doivent permettre de concevoir des services qui lui facilitent son travail.

Or dans l'entreprise, on a exactement fait l'inverse, induisant des confusions :

Combien de DSI m'ont dit : c'est au collaborateur de s'adapter à l'outil, pas à l'outil de s'adapter au collaborateur. Comment dans ce cas gagner en productivité et susciter les conditions de la stimulation créatrice des individus ?

La deuxième erreur serait d'oublier que les collaborateurs ont des idées et ont envie d’innover. Ils sont frustrés par les discours de patrons qui ne voient l’innovation qu’à travers l’apport extérieur de start-up conduites par de jeunes diplômés, imaginant que l'avenir appartient aux seuls millenials.

“Le collaborateur augmenté veut innover dans son travail, apporter sa pierre à l'édifice. Remettez de l'agilité dans l'entreprise en facilitant son quotidien vous libérerez sa créativité”

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Ne cherchez pas chez les seuls millenials les clés de la transformation digitale. Pour rendre votre entreprise apprenante, collaborative et agile, vous allez avoir besoin de tous les collaborateurs. Du collaborateur 1.0 informé, au 2.0 networker, au 3.0 innovateur. Le reverse mentoring c'est bien, le transverse mentoring c'est encore mieux ! Voilà qui permettra à votre entreprise d'adopter un nouveau statut : la « S.A.R.A. », la « Société A Responsabilité Augmentée ».


Pour aller plus loin : L’art de la guerre digitale, Caroline Faillet, Dunod 2016

Auteur

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Netnologue, cofondatrice du cabinet Bolero

De formation HEC, Caroline Faillet s’intéresse dès le début des années 2000  aux phénomènes de...

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Caroline Faillet

Netnologue, cofondatrice du cabinet Bolero De formation HEC, Caroline Faillet s’intéresse dès le...

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