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Billet d'humeurs d'un DRH

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En 2011, alors que j’étais invité pour parler de mon métier de RH à un vaste auditoire, j’ai eu l’opportunité d’écouter Xavier FONTANET, ancien Président d’ESSILOR,  se livrer à un plaidoyer pour la confiance des Français dans leur entreprise, confiance indispensable à la cohésion sociale et au progrès dans l’intérêt général. La force des valeurs qui portait son propos, son expérience, notamment, m’ont convaincu au-delà même de ce que je pensais déjà, moi qui était né dans le milieu de l’entreprise familiale et qui croyait tant en cet acteur indispensable à l’équilibre de la société.

Depuis plus de 25 ans, j’exerce mon métier de RH. Au début, je pense que mon action était assez mécanique, scrupuleuse et que j’étais fier de fonder la légitimité de mes décisions sur la technique de mon métier. Puis, les années et l’âge aidant, j’ai affirmé mon attention à l’autre, et j’ai pris conscience de ma responsabilité, de la place des valeurs qui guidaient mon comportement et de l’impact que je pouvais produire, au-delà de la technique pure, dans l’entreprise.

Je me suis alors progressivement senti moins serein dans l’instantanéité, moins « débarrassé » de mes pensées professionnelles lorsque je refermais un dossier et/ou la porte de mon bureau, mais plus en harmonie avec moi-même pour les décisions que je prenais, et/ou celles que j’aidais à prendre. En bref, j’ai ressenti de la fierté, une sorte de plénitude à bien vieillir dans mon métier. Attention, je ne voudrais pas que mon propos soit perçu comme un reniement des techniques de ce beau métier ! J’ai été, je suis encore horrifié de croiser des « Merlin Pas l’Enchanteur » qui jouent aux apprentis sorciers avec des résultats qui sont loin de nous faire honneur. Et que le grand mouvement du RH bashing s’empresse de relayer avec force de caricatures : c’est malheureusement assez facile, comme sans doute dans nombre de métiers, mais là, c’est la femme et l’homme de l’entreprise qui sont les victimes de ces errements et c’est plus dramatique.

J’ai appris à mesurer la chance que j’ai eue de rencontrer des patrons qui non seulement m’ont fait confiance, mais aussi m’ont encouragé à aller de l’avant en partageant ces valeurs qui me sont si précieuses.

Et ces derniers temps, dans la mesure où j’avais plus de loisirs pour observer, partager et réfléchir, j’ai développé cette prise de conscience. Outre le fait que je suis infiniment reconnaissant de ce qu’ils ont fait, je suis conforté dans l’idée qu’il existe des dirigeants de cette trempe. J’ai fait également des rencontres de professionnels, notamment RH, tellement belles. Avec elles, avec eux, il y a tant de richesses humaines à libérer pour créer de l’énergie positive.

En une semaine, une cascade d’informations médiatisées m’a bousculé, et sans doute conduit à écrire ces quelques mots.

Depuis quelques temps déjà, j’étais surpris, interloqué de voir se multiplier dans les journaux et sur les réseaux sociaux des textes pour encourager la gentillesse, la bienveillance, le respect de l’autre en entreprise, et je ne suis bien entendu pas exhaustif dans mon propos. Pour moi, tout cela était d’une telle évidence ! Prêtant sans doute une meilleure attention à mon environnement, je me suis rendu compte que ces messages étaient autant d’alertes face à la montée de cohabitations difficiles, d’intolérances, de violences qui, au niveau de l’entreprise (je n’irai pas au-delà et pourtant…) n’ont fabriqué rien de bon. Et j’ai constaté que l’on multipliait le nombre de « médecins » et « d’infirmiers » pour soigner, ou tenter de le faire, mais que dans le même temps, les facteurs de risques ne diminuaient pas, voire s’intensifiaient. Alors, dire des « évidences » n’était pas incongru.

Et puis, alors que je me rassurais en me nourrissant de belles réflexions conduites par de brillants penseurs RH sur le « comment peut-on bien faire son métier de RH pour satisfaire toutes les "parties prenantes" » ( pardon pour le jargon…), j’ai découvert ce produit de l’Observatoire CEGOS, publié par le Monde le 21 octobre : 46 % (des RH) avouent qu’il leur arrive d’agir contre leur éthique « pour rester en poste, beaucoup sont obligés d’accepter des méthodes de gestion des licenciements ou de conduite du dialogue social qui contreviennent à leurs valeurs ». Des RH à qui l’on reproche un manque de courage, trop de technique et pas de prise en compte du facteur humain….

Le 28 octobre le magazine Challenges rapporte des propos attribués au tout nouveau patron du Groupe Vivarte, un groupe en souffrance économique depuis des années, ces propos étant : « ce n’est pas forcément moral, mais d’emblée, je vire trois personnes de l’équipe de Direction, moins bonnes, pour que les autres se tiennent à carreau » et s’en suit dans l’article un développement sur la gouvernance des fonds de dette et leurs attentes.

Après ça : comment faire confiance aux entreprises, comme disait Xavier FONTANET ? Si on croyait à un métier de RH, techniquement compétent, associé à la stratégie de l’entreprise ? Si on croyait à un métier où l’esprit et le cœur agissant de concert, sans naïveté déplacée (notre écosystème ne peut raisonnablement nous y conduire) mais où, de l’actionnaire aux Directions, on pourrait imaginer qu’une politique RH forte, intégrée à la stratégie de l’entreprise serait susceptible de créer la confiance, l’envie, et tout ce qui fait que travailler ensemble permet de produire de bons résultats. Même dans les contextes difficiles, parce que nous serions portés par le respect de la dignité de l’Homme, respect non négociable pour sortir de tout ce marécage dans lequel nous semblons nous enfoncer inexorablement avec ce retour d’enquêtes, de propos…..

La violence de ce que j’ai lu ces derniers temps n’est plus apaisée par ces articles où l’innovation RH pousse en avant. Les errements de l’entreprise et le RH bashing seraient-ils les plus puissants ? La réalité permettrait-elle à tous les détracteurs de puiser une énergie tristement renouvelable ?

S’il me fallait conclure, malgré quelques mauvais coups de blues à la lecture de tout cela, malgré une certaine conscience des travers du monde, je ne le crois pas.

  • Je reste convaincu que l’intelligence de l’esprit et l’intelligence du cœur peuvent conduire à la réussite.
  • Je reste convaincu que de grands chefs d’entreprises, quelle que soit leur taille, en confiance avec leurs actionnaires, peuvent faire rêver et créer un réel engagement collectif. Et qu’ils peuvent y travailler avec leurs RH.
  • Je suis convaincu que l’entreprise n’est pas démodée et que moyennant quelques réglages qui sont loin d’être anodins, un nouveau souffle peut aider notre société à porter la voie d’un progrès salutaire.

Tiens, ce serait bien que nos politiques en campagne en parlent aussi… leurs discours sont tellement technocratiques, souvent, que je cherche encore ce souffle.

En avant !

Auteur

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Stéphane Fayol

*/ Directeur des Ressources Humaines Master GRH – ESSEC, Stéphane vit le métier de RH depuis 1989...

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