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On se fait la bise ?

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La vie de l'entreprise, depuis toujours, est régie par des rituels, officiellement codifiés ou spontanément improvisés.

On salue ses collègues, sa hiérarchie ou ses équipes en arrivant le matin. On salue les mêmes personnes en fin de journée. On se sert la main ou on se fait la bise. Selon les cas, on se tutoie ou on se vouvoie.

C'est d'ailleurs très frappant lorsqu'on arrive dans une nouvelle entreprise. Très vite, on nous fera part de son mode de fonctionnement souvent dicté par sa culture. On nous dira « ici tout le monde se tutoie », sous-entendu « tu dois faire pareil » et on constatera vite que, quelle que soit la strate hiérarchique à laquelle on appartient, c'est la règle.

Ce tutoiement induit forcément d'autres types de relation au sein de l'entreprise. Il permet une familiarité, une convivialité que le vouvoiement tient à distance. En revanche, le vouvoiement permet dans certains cas, notamment, en cas de désaccord, voire de conflits, lors des moments de recadrage par exemple, de montrer davantage de distance dans les échanges et d'amoindrir -peut-être- l'intensité des reproches.

On observe souvent un lien étroit entre les choix pratiqués et la culture de l'entreprise, voire, dans certains cas, le secteur d'activité. Dans les secteurs de la Communication, des Médias mais également dans le showbiz ou encore le tourisme, le plus souvent la règle est le tutoiement... Ce n'est pas le cas en principe dans les grandes administrations publiques où la hiérarchie est plus marquée et le vouvoiement souvent instauré.

Un cas d'école : le Club Med.

Prenons un exemple concret : le Club Méditerranée. Depuis toujours, ceux qui y travaillent pratiquent abondamment le tutoiement. Quasiment personne n'y échappe. Du plus bas niveau hiérarchique au plus haut, on se donne du « tu » en veux-tu en voilà ! On va même jusqu'à tutoyer le PDG qui lui-même semble se prêter volontiers au jeu.

Même les plus réfractaires dès leur arrivée n'auront pas d'autres choix que de s'y soumettre au risque de se sentir -et d'être perçus- en marge des codes régis. En toute logique, qui dit tutoiement dit souvent « se faire la bise » le matin et le soir. De quoi modifier considérablement l'ambiance et permettre souvent des relations et des communications facilitées.

Les stagiaires fraichement arrivés, au Club Med, en sont un peu déboussolés. Ils ont, en tant que stagiaires un statut forcément précaire, sont souvent jeunes, et éprouvent bien des difficultés à tutoyer des professionnels seniors, parfois de plusieurs décennies leurs ainés. Ils se font gentiment reprendre, rappeler à l'ordre.

Ce tutoiement à tout va peut avoir des limites. Certains, peut-être du fait de cet usage renforcé, sont un peu trop directs et se croient permis d'aborder l'autre avec une autorité et une directivité qui n'est pas toujours très bien reçue... « Fais-moi ci, fais-moi ça ! » 

L'impératif de la deuxième personne du singulier est beaucoup plus impérieux et âpre que celui du pluriel de politesse.

S'adapter aux us et coutumes, cela fait partie de sa capacité à s'intégrer dans une entreprise.

Il est vrai que les temps ont changé. Le vouvoiement fut longtemps de mise dans le monde professionnel et l'évolution s'est faite progressivement en faveur du tutoiement. Il y a seulement 30 ans il était quasiment imparable de devoir vouvoyer son chef. Pas question de l'appeler par son petit nom, on donnait même du « Monsieur » ou « Madame » pour marquer encore plus de déférence, de distance, de respect.

Je te dis «tu» mais dis-moi «vous»!

Dans le secteur du bâtiment, on observe encore parfois des collaborateurs appelant «chef» ou «patron» leur hiérarchique et là aussi, il n'est pas rare de voir ces même managers tutoyer leurs équipes et recevoir en retour un vouvoiement quasi systématique.

Des vieilles traditions ont la vie dure.

Les femmes, lorsqu'elles se tutoient, se font très souvent la bise. Les hommes et les femmes entre eux également. En revanche, il est plus rare que les hommes adoptent cette pratique, quand bien même ils se tutoient et se connaissent depuis longtemps.

Dans l'entreprise, c'est souvent la poignée de main « virile » qui fait foi.

Comme dans toute règle, il y a bien sûr des exceptions !

On les trouvera assez répandues par exemple dans le monde du spectacle où les messieurs, décomplexés, se font la bise entre eux et poussent la familiarité jusqu'à s'appeler mutuellement « ma poule » !

Vous imaginez dans un grand groupe industriel, au cours d'une réunion, le directeur juridique interpellant un autre membre du codir en lui disant « c'est quoi l'ordre du jour, ma poule ? ».

De quoi faire jacasser dans les basses-cours...

Qu'en est-il des jeunes générations ?

Les jeunes générations attendent souvent de leur manager direct de la disponibilité, de la transparence et également de la considération. Plus que jamais, elles sont sensibles à l'ambiance de travail. Toutes les études convergent en ce sens ; les jeunes collaborateurs sont particulièrement attentifs à l'ambiance de travail. Certains n'hésitant pas à quitter une entreprise si les relations hiérarchiques sont trop guindées avec souvent pour corolaire logique un manque d'autonomie pour ces jeunes collaborateurs.

Les managers, quelle que soit la génération à laquelle ils appartiennent, n'ont pas d'autre choix que de s'y soumettre s'ils veulent limiter le turnover et fidéliser les talents.

Le tutoiement semble briser les barrières ancestrales de la hiérarchie et créer du lien, du lâcher-prise et de l'authenticité dans les relations. C'est à ces titres qu'il est apprécié de ceux qui vont aisément déclarer : « On se tutoie avec mon manager... On ne sent pratiquement pas qu'il y a un lien hiérarchique, c'est sympa ». Comme si le tutoiement était la garantie d'une proximité, d'une positive familiarité favorable à l'investissement dans le travail. Cela ne gomme pas les niveaux hiérarchiques mais insuffle au sein de la Relation davantage de transversalité et de parité.

Bien sûr, demeure toujours une catégorie de personnes prônant encore aujourd'hui le vouvoiement, défendant l'idée qu'il n'empêche ni la convivialité ni la qualité des relations professionnelles et qu'il contribue à ce que chacun reste à sa place. La sphère professionnelle n'est pas a priori un lieu d'amour ou d'amitié (même si des histoires s'y nouent) et ne justifie pas pour tout le monde qu'on s'y comporte comme dans la vraie vie.

Les avocats, les médecins se font traditionnellement appeler par leur titre y compris par des collaborateurs de longue date. Et le titre suppose le vouvoiement ! Difficile d'imaginer un « Maitre, tu veux quel dossier ? » ou encore « Docteur, ton rendez-vous est arrivé... ».

On le voit bien, du secteur d'activité à la fonction en passant par la culture et par des partis-pris personnels bien tranchés, la question du vouvoiement dans le cadre professionnel n'est pas aussi simple ou anodine qu'il y paraît. Derrière cette interpellation, que nos amis anglo-saxons ne distinguent pas, se cachent des postures différentes dans son rapport à l'Autre, une définition de la hiérarchie différente et une des composantes du climat de l'entreprise.

On n'a jamais autant parlé de « bonheur au travail » et de « qualité de vie au travail ». Et si dans le fait de se dire « tu », dans le fait de se faire la bise, il y avait aussi une capacité à mettre de l'humain dans les relations, à rendre encore plus poreuse la frontière entre l'individu dans sa vie personnelle et sa vie professionnelle et à lui permettre, en étant plus authentique, plus direct, d'être plus heureux au travail?

Alors... On se fait la bise ?

Auteur

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Coach en communication relationnelle/ Formateur en prise de parole, gestion du stress, prévention des Risques Psycho-sociaux et...

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Frédéric Levy

Coach en communication relationnelle/ Formateur en prise de parole, gestion du stress, prévention...

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