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Jeux de pouvoir démasqués

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Bruno Wierzbicki, ancien pilote de chasse, aujourd’hui DRH du pôle assurance du CMNE, vient de sortir aux éditions StudyramaPro, un livre intitulé Face cachée – Jeux de pouvoir en entreprise. Analyse d’un roman d’entreprise aussi original que passionnant.


A l’origine du livre, l’histoire d’un homme

Bruno Wierzbicki, formé dans un milieu militaire et un contexte opérationnel dans lequel la rigueur et la solidarité sans faille de toute une équipe est la condition sine qua non de la survie, aborde la GRH avec des lunettes résolument bienveillantes. Il a éprouvé à quel point la poursuite de sa propre existence dépendait de la qualité relationnelle – indissociable des compétences techniques – des personnes qui s’occupaient de son avion au sol… un avion de chasse qui, une fois en l’air, n’était naturellement fait que pour une chose : tomber ! Loi de la gravitation oblige, en particulier pour cette espèce de triangle ferreux bourré de tellement de choses aussi délicates que dangereuses. Il en a retiré tout à la fois une très haute idée de l’homme et une sorte de gai savoir sur les vertus d’une organisation véritable.

Confronté à l’entreprise et à son monceau d’approximations en tous genres, il a su garder le meilleur de cette vision très élevée… tout en perdant cette naïveté qui compromet rapidement toute subsistance, pour un DRH de sa trempe, au sein de sociétés plus anonymes ; et encore son parcours polymorphe l’a-t-il conduit à rejoindre aujourd’hui de fortes valeurs mutualistes ! Patrick Tudoret écrivait, dans une fameuse préface[1] : « Dans l’entreprise règnent les lois informelles d’une puissante féodalité. Suzerains et vassaux y orchestrent une liturgie où le favori d’un jour encourt, à tout moment, bannissement ou disgrâce ; où, souvent, le contrat social est un jeu d’allégeances. On sait, depuis Aristote, que toute organisation est voluptueusement politique. Vaste entrelacs d’intérêts, collectifs et privés, d’affects vaguement policés, de non-dits, d’enthousiasmes violents, de vanités blessées, l’entreprise est un formidable réseau de langage, de rites. De quoi, en tout cas, laisser perplexe un ethnologue du CNRS, rompu aux pires complexités des sociétés tribales… »

Le livre que Bruno Wierzbicki vient de publier rassemble, en fin de compte, les leçons qu’il a tirées de la compénétration de ces deux mondes : l’air et la terre. Il y a mis toute sa passion et son immense équilibre de prudence : le feu et l’eau. Bref, de quoi nous proposer de vivre positivement dans le monde réel !

La rencontre d’une DRH céleste et d’une entreprise terrienne

Le roman met en scène Pascale Sudre, une DRH enthousiaste, qui va rapidement se confronter à la volonté farouchement conservatrice d’une direction générale… qui lui a demandé de tout changer ! C’est qu’au royaume du pouvoir – surtout lorsqu’il s’appuie sur une réussite historique –, les efforts que réclame le changement doivent invariablement se muer en une apparence qui ne demande aucune remise en cause. C’est une manipulation immanente. La DRH est-elle donc condamnée à une posture d’image et de communication ? C’est en décryptant les jeux des uns et des autres que Pascale discernera peu à peu les bonnes décisions à prendre. C’est un régal de la suivre dans cet itinéraire où la paléontologie de circonstance le dispute à la problématique de la transformation RH d’une entreprise.

La rencontre d’une organisation qui n’a rien de liquide et d’une DRH de feu

C’est là l’originalité profonde du livre de Bruno Wierzbicki : de la deuxième à la troisième partie de l’ouvrage, il nous fait revivre tous les évènements et échanges truculents vécus par Pascale Sudre… du point de vue de ses multiples interlocuteurs et de l’architecture pétrifiée d’une organisation dont le lecteur s’aperçoit que le principal défaut est… d’avoir fait ses preuves ! Cette construction littéraire “en miroir” permet de faire apparaitre que le pouvoir repose sur la certitude que ce qui est consiste… à avoir été. C’est surprenant de suivre cette logique qui va amener le Président Directeur Fondateur, Gérald Moussier, à la seule décision qui s’impose, à ses yeux, dans cette situation.

La DRH, cheville ouvrière… ou rien

De ces lignes, qui invitent chaque lecteur à lire entre elles, pour y retrouver les similitudes avec ses propres expériences, se dégage une interrogation salutaire : « Comment et dans quel périmètre un(e) DRH doit-il œuvrer pour assurer sa mission de « s’occuper des gens » de la meilleure manière, pour le double bénéfice de l’entreprise et de ses salariés ? »

La transformation RH se heurte toujours à cette co-détermination rigide des individus et des organisations. Nous pouvons paraphraser Claude Bernard : « ce que nous savons déjà faire est le plus grand obstacle à ce que nous ne savons pas encore faire ». Et pourtant la performance d’une entreprise passe plus que jamais par la capacité d’innovation individuelle et collective de ses salariés. « S’occuper des gens » comme le dit l’auteur, devient le levier stratégique du développement et de la croissance. Qui d’autre que le DRH peut bien prendre cette liberté et l’imposer comme valeur dominante ? C’est peut-être bien la voie pour redonner au “pouvoir” dans l’entreprise le sens du service d’un bien commun, et non plus d’un “jeu”.

Bref : à lire d’urgence !

Vous l’aurez compris, Face cachée contribue en fait à un dévoilement bienveillant qui démasque les hypocrisies pour restituer toute sa place à l’Homme et à son Œuvre. Pour une nouvelle culture du travail et de l’entreprise. A lire d’urgence !


[1] Insupportables collègues, Ed d’organisation, 2004

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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