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Concilier optimisme et incertitude ?

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Comment interpréter le regard que les salariés européens portent sur leur travail ?

Il est clair que nous vivons dans une époque de protestation, pour ne pas dire de contestation tous azimuts. Il peut nous sembler que cette vague atteint davantage la société civile que le monde de l’entreprise. Pour autant, il nous semble capital de nous intéresser à la perception des salariés concernant leur travail, ce qui se passe dans leur entreprise, ce qu’ils envisagent pour l’avenir. Cette année encore, ADP nous livre une étude très fouillée sur ces questions, réalisée par l’agence indépendante Opinion Matters auprès de 10 585 actifs des 8 pays majeurs sur le continent européen : « The Worforce View in Europe 2019 ». Son intérêt réside non seulement dans l’ampleur du nombre de répondants, mais aussi dans le fait que cette réédition permet de faire des comparaisons avec les années précédentes et par conséquent de saisir les lignes d’une évolution qui permet de nous projeter dans l’avenir. Nous attendons déjà avec impatience l’édition 2020 !

Une inflexion optimiste…

Le premier constat que nous relevons dans cette étude semble paradoxal au regard de ce que nous observons dans la société civile : 79 % des salariés interrogés se déclarent « très » ou « plutôt » optimistes en ce qui concerne leurs cinq prochaines années professionnelles. Cela s’explique ou se traduit dans des données très fortes que nous ne pouvons pas ne pas rapprocher :

  • 89 % pensent posséder les compétences nécessaires pour réussir leur carrière : une hausse de six points par rapport à l’an dernier !
  • 15 % seulement envisagent de devenir travailleur indépendant ou freelance, contre 20 % en 2018 et 26 % en 2017. Ils sont même plus nombreux à affirmer vouloir passer le reste de leur vie professionnelle dans leur entreprise.
  • 56 % souhaiteraient adopter une semaine de 4 jours, quitte à travailler plus pendant ces jours-là pour conserver le même salaire.
  • 24 % déclarent que si leur feuille de paie était incorrecte, ils ne s’en apercevraient pas !

…malgré des difficultés de productivité persistantes

Les salariés ont le sentiment de travailler davantage, avec toujours moins de moyens. Et pourtant la croissance de la productivité en Europe a été faible ou nulle au cours de ces dernières années. Pour 23 % des participants, la responsabilité en incomberait à un management défaillant, contre 19 % en 2018 ! Viennent ensuite les systèmes et processus inefficaces (18 %) et le manque de personnel de soutien (18 %), une hausse de 14 % par rapport à l’an dernier. Toujours est-il que les salariés interrogés affirment effectuer en moyenne 5 heures supplémentaires non rémunérées par semaine ! Ceci expliquant peut-être cela, ils ne sont que 5 % à mettre en cause un manque d’engagement dans le travail !

Du stress au bien-être… encore des progrès à faire

S’ils sont 17 % en moyenne à déclarer subir un stress quotidien au travail, ils ne sont que 12 % à s’en dire exempts, ce qui représente tout de même une baisse de 27 points par rapport à 2016. Plus inquiétant, 28 % des collaborateurs pensent que leur employeur ne s’intéresse pas du tout à leur bien-être psychologique et 38 % pensent que cet intérêt reste superficiel. Seuls 30 % parleraient de leur malaise à leur manager… et 13 % aux responsables des Ressources Humaines ! Signe encourageant : les jeunes générations auraient moins de pudeurs que leurs ainés à partager leurs difficultés. Il reste que les coûts associés à une mauvaise santé mentale au travail sont considérables ! L’Indice de Bien-Etre au Travail de 2018 évoque un montant de 13 340 € par an et par salarié ! Il y a là un véritable gisement d’économies à réaliser !

La discrimination au travail diminue peu à peu, mais la conscience redouble

30 % des salariés interrogés estiment avoir été victimes de discrimination, contre 34 % l’an dernier, l’âge arrivant en tête des motifs pour l’ensemble, et le genre pour 10 % des participantes. Là encore, les plus jeunes collaborateurs sont plus enclins à en faire part que leurs ainés, évolution sociétale aidant. Et si les femmes sont encore payées en moyenne 16 % de moins que les hommes, 27 % des salariés est favorable à un signalement explicite du phénomène, 60 % envisageraient de chercher un autre emploi s’ils découvraient que leur entreprise pratiquait un écart de rémunération entre hommes et femmes !

De vrais défis pour la fonction Ressources Humaines

La question de l’automatisation semble bien représenter la toile de fond des évolutions du monde du travail : 56 % des répondants en sont conscient, bien qu’ils ne soient que 15 % à penser que des robots pourront les remplacer dans les 5 ans à venir. Il reste que l’anticipation soit de mise – et cruciale – dans la gestion des compétences et des emplois.

Les évolutions sociétales pèsent également dans la balance : le rapport au management et à ses conditions devient sensible. La nature de la relation contractuelle, de la qualité du travail et de la juste rémunération des heures effectivement effectuées va devenir critique dans la motivation des talents, sur fond d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

La conclusion de l’enquête est explicite et encourageante : « Les responsables RH et les chefs d’entreprise ont donc de quoi réfléchir au vu des nombreux changements se profilant à l’horizon. Avec une force de travail optimiste et progressiste, les possibilités sont infinies. La clé est de continuer d’écouter, d’innover et de former l’entreprise sur les besoins et demandes des salariés. En faisant cela, les dirigeants pourront pérenniser leurs entreprises ».


Pour accéder aux résultats complets, vous pouvez télécharger l’étude en CLIQUANT ICI.

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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