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Capital humain ou accessoire humain ?

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La fameuse enquête de la CFDT, « Parlons travail », publiée au début de cette année, fait état du fait que plus de trois quart des salariés aiment leur travail… mais pas les organisations dans lesquelles ils sont contraints d’exercer. Manque de confiance, d’autonomie et de collaboration semblent en représenter une navrante constante.

Une nature humaine complexe

Certes, la responsabilité de chaque individu ne saurait être écartée de ce constat. Nous savons que les processus de cristallisation des caractères sont toujours les mêmes, parce qu’ils sont inhérents à la nature humaine. Comme l’écrivait Patrick Tudoret dans nos pages, nous savons que toute forme de savoir-vivre procède de quelque savoir-feindre ou au moins d’un savoir-paraître. Un lent apprentissage de la navigation sociale et tant d’années passées au cœur de l’entreprise nous ont confirmé que - plus que jamais - y règnent les lois informelles d’une puissante féodalité. Suzerains et vassaux y orchestrent une liturgie où le favori d’un jour encourt, à tout moment, bannissement ou disgrâce ; où, souvent, le contrat social est un jeu d’allégeances. On sait, depuis Aristote, que toute organisation est voluptueusement politique. Vaste entrelacs d’intérêts, collectifs et privés, d’affects vaguement policés, de non-dits, d’enthousiasmes violents, de vanités blessées, l’entreprise est un formidable réseau de langage, de rites. De quoi, en tout cas, laisser perplexe un ethnologue du CNRS, rompu aux pires complexités des sociétés tribales…

La violence des organisations

Mais d’un autre coté, il est patent que la violence des organisations, fortement croissante avec la globalisation de l’économie, rigidifie encore le phénomène naturel et semble le précipiter, au sens chimique du terme. Et s’il est vrai que l’accessoire s’oppose au capital, alors nous ne pouvons que constater que très souvent, dans nombre de grandes entreprises, « l’accessoire humain » a remplacé le « capital humain ».

Restaurer l’entreprise dans les relations humaines

Soyons très clairs : il ne s’agit pas pour nous de chercher à "réhabiliter l’humain dans l’entreprise" à grands coups d’élans lyriques. Nous savons trop que les enjeux financiers, l’accélération du temps et le besoin de résultats tangibles interdisent tout sentimentalisme. Le problème est plutôt aujourd’hui de réhabiliter l’entreprise dans les relations humaines ; car c’est d’abord avec des personnes que nous travaillons ; et les relations entre ces personnes sont premièrement déterminantes dans les décisions qui sont prises, les orientations qui sont adoptées, les modes d’organisation qui sont mis en place !

Une philosophie du professionnalisme

S’il est donc vrai que le professionnalisme vise une véritable gestion globale de tous les aspects d’une action, en mesurant avec justesse la proportion qui convient à chacun, comme un grand cuisinier pèse et apprête chacun des ingrédients pour réussir un plat… alors la connaissance de la nature humaine, dans ses grandeurs exemplaires et dans ses faiblesses congénitales, dans ses préoccupations banales comme dans sa fragilité la plus constante, est le premier facteur d’une réussite réelle.

A négliger ce facteur, l’entreprise perd son âme et n’est pas prête de sortir de la crise réelle qui l’atteint : ne plus représenter, pour ses salariés, un lieu de vie possible. Les conséquences en seront, avec le temps, incommensurables.

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 22/09/2017