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Le plaisir dans l'entreprise ?

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La question du plaisir n'est jamais abordée au sein de l'entreprise parce que celle-ci ne se sent pas légitime pour y répondre.  Le travail est perçu avant tout comme une obligation visant à respecter des normes et des règles contraignantes.  Et si nous étions capables de repenser une telle approche en prenant comme hypothèse que le plaisir représente un levier stratégique de la compétivité ?...


Dans un contexte économique difficile, il peut paraître incongru de parler de bien être au travail lorsque autant de personnes aimeraient tout simplement en avoir un. Indélicat de parler de plaisir au travail... lorsque l'on voit la précarité s'accroître et l'exigence de productivité produire autant de souffrance.

Mais le premier blocage concernant cette question du plaisir au travail n'est-il pas tout simplement culturel ?...  Sommes nous prêts à débattre de ce sujet sans a-priori et idées préconçues ?...

L'image du travail est- elle de nature à le valoriser ?

Etymologiquement, le mot travail vient de tripalium qui en latin peut se traduire par objet de torture. Ainsi, le décor est vite dressé. Le travail équivaut à une souffrance, et celui-ci doit être naturellement pénible et aliénant. Dans la grêce antique, le fait de travailler signifie  que l'on renonce au plaisir. Après avoir été une servitude, le travail devient un devoir. Dans la doctrine marxiste, les travailleurs consumment leur force de travail au bénéfice de ceux qui détiennent les moyens de production. Un ouvrier n'est même pas propriétaire de sa force de travail.

Avec un tel héritage culturel, il devient presque inconcevable d'imaginer que l'on puisse prendre du plaisir au travail... et plus difficile encore d'imaginer que cela puisse devenir une revendication.

Le travail est un moyen d'acquérir des compétences et il contribue à satisfaire le besoin de reconnaissance, et de cela on tire indirectement un certain plaisir... mais peut-on attendre du travail lui-même qu'il en soit une source ?..      

Cette approche nous aimerions l'aborder à travers l'anecdote suivante. Un entraîneur de football en charge du Centre de formation d'un grand club professionnel formulait récemment comme demande, dans son propre coaching,  le souhait de développer le sens de l'effort chez ses jeunes joueurs. Ils  n'étaient pas, à ses yeux, suffisamment conscients de leur chance et prêts à se faire "mal" pour progresser. Eux de leur côté, exprimaient sans retenue l'ennui ressenti à faire à l'entraînement, chaque semaine, les mêmes exercices et s'interrogeaient sur le fait de savoir s'il n'était pas possible d'atteindre la performance à travers des exercices plus ludiques. Faut-il fatalement avoir recours à des méthodes routinières et fastidieuses pour prétendre à l'excellence ?... Inutile de dire que cette approche était perçue comme inacceptable par l'entraîneur et qu'il s'agissait pour lui d'un comportement d'enfants gâtés. La possibilité d'exercer le plus beau métier du monde impose des sacrifices. Cet entraîneur ne peut comprendre une telle ingratitude vis à vis de lui qui n'a qu'une passion : celle de transmettre son expérience...

Dans cette anecdote, il est clairement repérable que le logiciel des jeunes n'est pas celui de leur éducateur et que le désaccord relève plus ici des valeurs et des croyances, que d'un différend pédagogique.

Le plaisir au travail est il une utopie ?

Dans l'entreprise, cette situation trouve de multiples raisonnances dans les pratiques vécues au quotidien : la recherche du plaisir est souvent perçue comme contre-productive. Les managers s'intéressent aux compétences et aptitudes d'un collaborateur mais accordent rarement de l'intérêt aux goûts et préférences. Lors d'un recrutement, la question de savoir ce que la recrue aime particulièrement faire n'est pas à l'ordre du jour.

Le management reste encore trop souvent impersonnel. Nous le voyons bien dans la manière d'aménager les locaux professionnels où le plus souvent rien n'est fait pour faciliter l'appropriation des lieux et faciliter les échanges. Bien au contraire, la démarche vise à réduire sans cesse le prix du mètre carré et cette préoccupation n'est d'ailleurs pas complétement étrangère au développement du télétravail. Il serait agréable de croire que c'est l'écoute des besoins des salariés qui explique aujourd'hui l'essor du télétravail mais ce n'est pas la raison première. 

Le management s'adresse aux individus mais pas aux personnes. L'individu représente l'élément basique d'un système. Il a pour vocation à s'adapter à l'organisation en place, aux procédures et normes en vigueur. Rappelons l'existence des quelques 20 000 normes de la certification qualité qui laissent peu de place à l'initiative individuelle. Sans oublier celles qui sont liées à la productivité ou la sécurité au travail. Cette centration sur la maîtrise des processus plutôt que sur la satisfaction du corps social rend délicat la prise en compte des besoins individuels.

Ainsi, un collaborateur souhaitant pouvoir écouter de la musique sur son poste de travail se verra subir un refus de sa hiérarchie sous prétexte d'un accroissement contestable de la dangerosité. Un autre investi dans le milieu associatif voit sa demande d'un aménagement de son temps de travail être refusé au nom de l'équité. La hiérarchie estimant de ne pas pouvoir répondre à un tel besoin sans se sentir dans l'obligation d'ouvrir ce droit à chacun.

Le management prône l'individualisation des mérites mais il ne veut pas franchir le pas de la personnalisation. Et pourtant, le plaisir dans le travail est une notion intime qui ne peut s'appréhender qu'à partir des centres d'intérêts et appétences d'une personne. Mes attentes ne sont pas forcément celle des autres.

Nous ne savons que raisonner en terme de système et une telle approche trouve rapidement ses limites dans un contexte où le besoin de personnalisation devient si essentiel. Dans l'entreprise, c'est le menu pour tous et pas la restauration à la carte. Un collaborateur n'a d'existence propre qu'au sein du collectif. En arrière plan, il y a aussi toujours dans l'esprit de l'encadrement le risque d'ouvrir la porte de Pandore et de s'exposer à une surenchère dans les revendications.

Le plaisir : une approche au service de la compétitivité...

Face à l'exigence de compétivité, il devient urgent pour l'entreprise de se poser les bonnes questions et de remettre en cause son ADN. Le travail n'est pas une valeur, mais c'est un lieu d'affirmation de soi et d'épanouissement. Nous savons notamment que les jeunes générations accordent une grande importante à l'ambiance de travail, la convivialité et la qualité des conditions de travail.

En la matière, il est indispensable de remettre en cause la frilosité avec laquelle on aborde les questions liées aux conditions de travail. Aborder la problématique du bien être par la prévention des risques psycho-sociaux est bien la preuve d'une incapacité à penser positivement la place de l'homme dans l'entreprise.

Toutefois, sous la poussée des nouvelles générations nous voyons poindre des initiatives intéressantes : crèche au sein de l'entreprise, conciergerie proposant des services : réservation de spectacles, pressing et autres services pour faciliter la vie au quotidien. Les salles de détente sont aménagées pour donner envie d'y venir. Les formations deviennent plus ludiques avec l'apport de la vidéo, les forums d'échanges, l'évaluation bienveillante par les pairs. Le travail collaboratif sous la base du volontariat se met doucement en place permettant un co-construction et le développement d'une intelligence collective.

Nous pourrions citer de nombreux micro-changements qui montrent un changement d'état d'esprit qui laisse de l'espoir même si tout cela ne se conçoit pas dans le cadre d'une stratégie volontariste. Les voyants sont au vert et peuvent laisser espérer l'émergence d'une autre vision du travail.  Une vision où l'ennui n'est pas une fatalité et dans laquelle le travail devient une activité que l'on a plaisir à faire... dans un environnement physique où il fait bon vivre. Là, se construit le fameux contrat gagnant-gagnant. Dans un monde ô combien anxiogène, le plaisir au travail s'impose comme un atout au service de la compétitivité.

Auteur

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Daniel Ollivier dirige depuis une vingtaine d’année THERA Conseil, cabinet spécialisé dans le domaine du conseil et de la formation auprès des...

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Daniel Ollivier

Daniel Ollivier dirige depuis une vingtaine d’année THERA Conseil, cabinet spécialisé dans le...

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