ADP

RH info : site d'actu et d'information sur les ressources humaines.

RSS

Audace, philosophie et entreprise

visuel_approche_globale_de_lentreprise_14_shtturstock.jpg

Réflexion conçue à partir des propos de Charles Pépin, philosophe, écrivain, journaliste et de Frédéric Mériaux, Pdg Presses Universitaires de France (PUF), exprimés lors d’une conférence organisée par LEE HECHT HARRISON /ALTEDIA le 18 juin 2015.


Les premières idées qui viennent à l’esprit quand on évoque l’audace tournent autour de différentes notions : sortir du cadre, changer les règles, désobéir, réinventer, prendre des risques, avoir du courage… Qu’en pensent le philosophe et le dirigeant d’entreprise ?

L’audace et la philosophie

Selon Charles Pépin, l’audace n’est pas un caractère de personnalité, ni un don ; c’est une conquête, le produit d’une expérience, une manière d’apprendre à oser… Ce qui n’est pas si simple car normalement on apprend des normes et des règles ; cependant, en osant, nous apprenons ; et nous avons besoin d’audace pour savoir de quoi nous sommes, capables.

Avoir de l’audace est un problème dans une société normative, qui fonctionne avec des règles et où chacun doit trouver sa place. Cependant, l’expérience rend audacieux car alors nous nous apprenons à nous faire confiance. Il faut aller au-delà de sa zone de confort et franchir la limite de « l’immaîtrise ». Pour oser, il faut pouvoir se rassurer dans la maîtrise de ses connaissances et de ses expériences. La confiance en soi permet d’aller au-delà de ce que l’on sait. Ce qui suppose une bonne connaissance de soi, telle que l’évoque la formule de l’oracle de Delphes : « connais-toi toi-même ».

L’expérience, moteur de l’audace

Ainsi l’audace n’est-elle pas un saut dans l’inconnu ; il y a toujours une maitrise de compétences, une expérience, une confiance en soi, qui sont les conditions requises pour être audacieux. Aristote, au travers du kaeros (opportunité favorable) avait déjà souligné que très souvent on ne saisit pas les opportunités qui se présentent et que, face à la mort, on est angoissé de ne pas s’être réalisé. Plus tard, Nietzche a mis en avant l’audace de l’identité avec son expression : « deviens ce que tu es ».

Certains soutiennent qu’avec la rapidité de changement du monde et l’accélération des progrès technologiques, il est difficile d’acquérir une grande expérience ; il n’est pas juste de dire que l’expérience est menacée car l’essentiel est l’expérience de soi : se connaitre, se reconnaitre, écouter son intuition. « Connais- toi toi-même avant de connaitre le monde » en quelque sorte…

Ce n’est pas aisé car on est toujours étranger à soi-même et accéder à sa part obscure n’est pas facile. La part d’audace est la part de soi qu’on maitrise le moins ; il est donc utile d’agrandir sa zone de confort pour se rapprocher de soi.

Intuition et émotion dans la prise de risque

Bergson, philosophe de l’intuition, a posé que pour être intuitif, il faut être tout entier dans le présent avec ses réussites et ses échecs. L’audacieux ne se coupe pas des différentes parts de soi : échecs/réussites, corps/intellect, expériences/compétences… et prend tout en même temps. L’audace, c’est oser prendre le risque : l’intelligence servira à le minimiser, l’anticiper, le prévoir. L’audace implique de prendre le risque lorsqu’on a tout fait pour le réduire ; cela suppose d’analyser le risque pour agir en connaissance de cause, ce qui nécessite du courage.

Dans un contexte (famille, école, société) où « oser » est réellement difficile, le combustible indispensable pour l’audace est l’admiration. Si on côtoie quelqu’un qui a été capable d’audace, cela devient aussi possible pour soi. L’histoire en donne de nombreux exemples : Aristote, Newton, Picasso...

La matière de l’audace, c’est l’action au delà de l’échec

L’audace suppose une décision ; elle n’existe pas sans action. La décision est issue d’une analyse sachant qu’il reste une incertitude qu’il faut trancher et y aller dans le doute. Selon Alain, philosophe du doute, « le secret de l’action, c’est d’y aller ».

Il y a bien sûr la possibilité de l’échec : il est impossible d’avoir de l’audace constamment. A cet égard, le rapport à l’échec doit être repensé, car l’échec fait apprendre : la réussite est agréable, elle enivre mais n’est pas réellement apprenante. On citera volontiers la formule de Bachelard « les savants trouvent quand ils se sont trompés ». Le problème en France est qu’échouer est négativement étiqueté ; il faut donc faire comprendre que les échecs font grandir car ils permettent d’identifier où on doit réussir.

L’audace suppose donc quelques conditions pour réussir : l’expérience, l’intuition, le sens du risque, l’admiration, l’apprentissage par l’échec .La peur d’échouer constitue souvent un frein : en osant, on apprend sur le monde et sur soi. L’échec est utile pour conquérir la réussite possible.

L’audace dans l’entreprise

Pour Frédéric Mériaux , PDG de P.U.F., la formule d’Alain « le secret de l’action, c’est de s’y mettre » est très adaptée à l’audace ; de même que celle des Shadocks : « quand on ne sait pas où on va, il faut y aller le plus vite possible ».

La notion de risque est essentielle. L’audace dans l’action est une prise de risque maitrisée : on accepte le risque après l’avoir mesuré.

L’admiration est également un élément déterminant avec, à titre personnel, une figure marquante : Jean-Luc Lagardère, qui a construit son groupe sur un échec (La 5), qui a géré son entreprise comme une écurie de chevaux de courses et qui a toujours pratiqué la prise de risque mesurée.

A l’origine de l’entreprise, il y a de l’audace ; mais en réalité l’entreprise n’est pas faite pour développer l’audace car il y a une volonté d’une maitrise du risque à l’extrême.

2 Questions au dirigeant d’entreprise Frédéric Mériaux, Pdg Presses Universitaires de France (PUF)

Comment encourager l’audace au sein d’une entreprise comme PUF ?

Un éditeur prend par nature des risques dans le choix d’éditer tel ou tel ouvrage, c’est donc à priori un terreau favorable, mais cela ne suffit pas : l’audace n’est pas une folie, mais une décision maitrisée ;
l’audace peut se développer par une réflexion sur le processus de décision ; ainsi l’approche par « le scénario du pire » permet d’approfondir toutes les options possibles, en évaluant chacune d’elles pour retenir celle qui offre la plus grand chance de réussite.
l’attention doit être portés sur les «frileux » pour les mettre en mouvement ; 2 voies peuvent être exploitées : utiliser l’exemplarité des réussites et aider à apprendre de ses échecs, voire les valoriser.
le pragmatisme doit primer en toutes circonstances ; avancer par de petites victoires produit de l’efficacité à moyen/long terme.

Dans le processus de prise de décision, quel est l’équilibre entre choisir et décider ?

Pour mémoire, choisir et décider recouvrent des réalités différentes : choisir est de l’ordre du rationnel à partir de données objectives avec un facteur risque très réduit; cela ne demande pas de courage. Décider procède aussi de l’analyse, mais toujours avec une part d’incertitude qu’il faudra trancher ; cela demande de dépasser la part de doute. A titre personnel, l’évaluation se situerait à 80% pour le choix et 20% pour la décision.

Des réflexions à méditer pour inciter à l’audace au sein de l’entreprise …

Auteur

visuel_expert_evelyne-philippon-new.jpg

Evelyne Philippon a évolué dans différents domaines RH  – Juriste, Responsable des Relations Sociales, DRH à la tête d’une équipe...

visuel_expert_evelyne-philippon-new.jpg

Évelyne Philippon

Evelyne Philippon a évolué dans différents domaines RH  – Juriste, Responsable des Relations...

Du même auteur