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Jouons à gagnant-gagnant

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La théorie des jeux est une discipline de recherche appliquée qui traite des situations dans lesquelles plusieurs acteurs décisionnels ont à intervenir, simultanément ou successivement, en se trouvant en interdépendance. Ses champs d’applications sont nombreux en économie, en politique ou encore en diplomatie ; mais aussi dans les relations sociales, militaires et commerciales.

Trois types de jeux

Deux attitudes fondamentales – la coopération ou le conflit – permettent d’identifier trois types de jeux :

Des jeux de pure coopération, dans lesquels tous les joueurs trouvent leur intérêt dans celui des autres. La recherche d’un intérêt général, représentant pour chacun une certaine primauté, s’inscrit par exemple dans cette logique. Le fonctionnement démocratique, mais également les partenariats commerciaux ou les alliances militaires, etc., en relèvent.
Des jeux de pur conflit, où les intérêts des deux camps sont strictement irréductibles et incompatibles. L’un doit gagner et l’autre perdre. C’est l’état de guerre ouverte, de concurrence pure et dure sur un marché, de duel sportif ou intellectuel (le jeu d’échecs, par exemple).
Des jeux mixtes, dans lesquels certains intérêts s’opposent tandis que d’autres sont communs. En fonction des modalités de communications entres les joueurs, ces jeux peuvent prendre des configuration très complexes, plus représentatives de la vie réelle et quotidienne des entreprises. Les négociations conduites lors d’une fusion, ou d’un partenariat entre concurrents, par exemple, en sont une illustration.

De multiples modèles

La théorie des jeux a construit de multiples modèles permettant d’aborder chacune de ces situations de la meilleure façon, en fonctions des conditions, c'est-à-dire de la « règle » du jeu. Ces modèles définissent des stratégies, c'est-à-dire des lignes de conduite induisant certains types de choix d’ensemble et de décisions particulières.

La multiplicité de ces stratégies possibles conduisit certains scientifiques à imaginer et à réaliser un grand tournoi dans lequel s’affronteraient toutes les stratégies de décision concevables.

Le tournoi se déroula en deux manches. La première comprenait quatorze stratégies (sous forme de programmes informatiques) plus une stratégie aléatoire. Chacune des stratégies était confrontée à chacune des autres dans cinq parties de deux cents coups chacune. La seconde manche mit aux prises soixante trois participants, connaissant tous les résultats du premier tournoi, selon les mêmes règles ; les parties se jouant en moyenne sur cent cinquante coups.

La stratégie « donnant-donnant » gagna les deux manches du tournoi ; elle fut l’œuvre d’un psychologue – Anatole Rapoport – qui l’emporta sur les mathématiciens, économistes et autres spécialistes des sciences sociales et politiques venus l’affronter. Cette stratégie est d’une désarmante limpidité : elle commence toujours par coopérer puis fait systématiquement ce que l’autre joueur – l’autre acteur – a fait au coup précédent.

Gagnant-Gagnant : la meilleure stratégie à long terme !

Particulièrement efficace dans un contexte de jeux mixtes, cette stratégie a révélé l’importance de deux caractéristiques pour les stratégies de décision.

L’efficacité d’une stratégie dépend non seulement de ses propres caractéristiques mais aussi de la nature des stratégies avec lesquelles elle doit interagir.
Une stratégie doit être capable à tout moment de tenir compte de l’histoire de l’interaction jusqu’au coup en cours.

La simplicité de la stratégie donnant-donnant et son efficacité ont entraîné de nombreuses réflexions sur la meilleure façon de se comporter avec les autres, particulièrement dans un milieu professionnel.

Que le plus simple des programmes ait pu triompher des plus savants, au cours d’un tournoi représentatif de l’ensemble des grandes stratégies, a permis à la théorie de la décision et à la théorie des jeux qui la sous-tend de tirer quelques leçons importantes pour la compréhension des relations dans les entreprises et entre les entreprises :

  • Si l’avenir est à long terme, il n’existe pas de meilleure stratégie absolue, indépendante de celles utilisées par les autres joueurs et acteurs.
  • Donnant-donnant est une stratégie stable dans un rapport social si le poids de l’avenir est suffisamment important.
  • Pour qu’une stratégie bienveillante (prête à coopérer) soit stable dans une collectivité, elle doit réagir agressivement à la première défection – elle-même preuve d’agressivité – de l’autre joueur ou acteur. C’est l’application stricte de donnant-donnant.

Nous avons sans doute des leçons à en tirer pour la gestion de nos relations.

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018