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D. Deschamps, champion du monde des DRH ?

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Le sport offre souvent de belles métaphores et analogies pour les organisations. Que ce soit en termes de management, de mental, de carrière ou d’implication, il y a beaucoup d’enseignements à tirer des règles de fonctionnement de cette discipline.

La France vient gagner la Coupe du Monde de football. Il nous a semblé intéressant d’étudier la manière dont Didier Deschamps a recruté et managé ces 23 joueurs qui ont su emporter le titre tant convoité.

« Je ne choisis pas les meilleurs joueurs, je choisis ceux qui, ensemble, constitueront la meilleure équipe ».

Déjà, Didier Deschamps affirme l’importance et la prévalence du collectif sur l’individuel. La fonction recrutement, quand elle est au service de l’opérationnel, doit souvent se soumettre à la dictature du clone. On recherche le même que celui qui est parti. Le même parce que ça a marché avec lui. Il est intéressant de noter que le sélectionneur de l’Équipe de France n’a pas recruté le clone de Zidane, ni celui de Thuram. Non, il a cherché à constituer une équipe, nouvelle, qui aurait le potentiel pour gagner.

De plus, il exprime le fait, bien connu des DRH, qu’une somme de talents individuels ne garantit absolument pas la performance collective. Des interactions de qualité entre les différents acteurs sont essentielles au bon fonctionnement du groupe. Là est sa clairvoyance. Quand ces conditions sont réunies, la valeur du groupe est supérieure à la somme des individualités.

« Je sais des choses que vous ne savez pas ».

C’est la réponse de Didier Deschamps à un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait fait ces choix. Cette réponse parle du mythe de la décision rationnelle et donc explicable. Dans la théorie de la décision, Simon et March ont démontré qu’une décision rationnelle est une utopie et, pour y pallier, ils ont introduit le concept de rationalité limitée. Par ailleurs, comme l’a écrit Antonio Damasio dans « l’erreur de Descartes », l’émotion et le sentiment ont un rôle essentiel dans la prise de décision. Le parcours même du sélectionneur lui permet des intuitions qu’il est sûrement le seul à avoir et qu’il ne peut rationnellement pas expliquer.

Combien de fois les DRH aimeraient répondre cette phrase quand il leur est demandé de justifier tous les choix, prises de position et décisions qu’ils ont à prendre dans l’exercice de leur fonction. Car, et Didier Deschamps, Herbert Simon et James March le savent, tout n’est pas explicable de manière entièrement rationnelle. Peut-être juste également parce qu’il y a cette part émotionnelle et intuitive dans l’humain.

Donner des responsabilités de leader au terrain et appliquer le principe de subsidiarité

Didier Deschamps a bien conscience de sa place et du périmètre de ses responsabilités. Lui et l’encadrement auront beau faire le maximum dans les préparations physique et mentale des joueurs, au final, ceux qui ont le pouvoir de gagner sont bien uniquement les joueurs. Et il a redonné cette responsabilité aux acteurs concernés. Il n’a absolument pas empiété, et il leur a dit, sur leurs espaces. 

De la même manière, un partage juste de responsabilité entre la fonction RH et les autres fonctions de l’entreprise doit permettre de laisser la place aux acteurs qui ont les commandes pour agir et qui pourront assumer leurs actions.

« On va commencer par dire tout ce qui n’a pas été, et il y en a, et on terminera par ce qui était bien »

Du grand art de coach ! Tout dire, ce qui sera à améliorer et ce qui a marché. Pour apprendre et évoluer. Cela est souvent difficile car le risque de tomber dans le triangle de Karpman Sauveur-Victime-Persécuteur est très présent. Didier Deschamps décortique, images à l’appui, les actions pour que chacun et le groupe en tirent des enseignements. Et personne ne peut réfuter le concret et l’objectif. Le rôle du sélectionneur a aussi été de leur permettre d’endosser le costume de la modestie pour évoluer.

Et terminer par le positif, par ce qui était bien. Parce que l’humain fonctionne toujours mieux ainsi. Il prend mieux le feedback s’il se termine sur une bonne note.

Nous aurions pu rajouter « toujours être solidaires », « unis autour d’un objectif commun » ou « ne jamais se satisfaire de ce qu’on a atteint et toujours viser plus haut »…

En conclusion, nous ne savons pas si Didier Deschamps pourrait être le champion du monde des DRH. Ce que nous pouvons noter, c’est qu’il a appliqué des principes que les acteurs de la fonction RH suivent au quotidien, que connaître et mettre en application ces principes est un vrai métier qui ne s’improvise pas et se respecte.

Il nous a fourni les preuves que ça marche ! La victoire du 15 juillet est là pour nous le rappeler.

Merci Didier Deschamps et merci les Bleus !

Auteur

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Responsable des Ressources Humaines

Bruno Wierzbicki est ingénieur en aéronautique et pilote de chasse dans l'armée de l'air. Dans sa...

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Bruno Wierzbicki

Responsable des Ressources Humaines Bruno Wierzbicki est ingénieur en aéronautique et pilote de...

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