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Libérez les compétences (3/3)

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L’ubérisation à marche forcée de l’économie conduit inéluctablement à une consommation plus rationnelle et plus ciblée des compétences. A condition d’être anticipée, cette évolution pourrait permettre une utilisation plus intensive des savoir-faire disponibles. Un préalable : replacer la compétence au cœur du marché du travail.


L’ubérisation est la conséquence directe  de notre volonté grandissante de consommer ce que l’on souhaite à tout moment et en tout lieu. Cette perspective, appliquée aux entreprises, c’est un accès simplifié, direct et ciblé aux compétences.

Ceci pourrait révolutionner leur stratégie en matière de gestion de l’emploi.

On sait que pour tenir un poste déterminé, il est nécessaire de maîtriser un certain nombre de compétences. Pour un poste de niveau N, par exemple,  la plupart des compétences nécessaires sera bien sûr de niveau N (disons 80 %), mais il est souvent nécessaire de disposer de compétences de niveau supérieur (disons 20%), pour réaliser les activités les plus stratégiques du poste. Très souvent, c’est le niveau de compétences le plus élevé qui détermine le profil recherché. Résultat, l’entreprise doit rémunérer à 100% une compétence de niveau N+1 dans un poste qui requiert 80% de compétence de niveau N et le candidat retenu doit exercer la plupart du temps des fonctions sous-dimensionnées pour lui.

Travailler mieux pour gagner plus

Dans notre hypothèse, ne serait-il pas plus rationnel et pour l’entreprise et pour le titulaire du poste, de choisir un candidat de niveau N et de faire appel ponctuellement à une compétence de niveau N+1 ou N+2 pour accompagner l’entreprise, structurer le besoin  et former le titulaire du poste. Oui, mais ceci suppose que l’entreprise dispose d’un accès direct aux compétences dont elle a besoin au moment précis où elle le souhaite.

Pareillement, l’utilisation optimale de leurs compétences par le titulaire du poste et le travailleur temporaire devrait participer au développement de leur savoir-faire, de leur compétence et ce faisant, pourquoi pas, de leur salaire. Peut-être est-ce là le véritable sens de « travailler mieux pour gagner plus » !

Accepter et alimenter la transparence

Pour générer de la confiance sur le marché des compétences, leur évaluation est indispensable. Le candidat au covoiturage à travers une plateforme comme Bla-Bla-Car est évidemment curieux de savoir si le covoitureur envisagé est un conducteur prudent et s’il a été apprécié comme tel par les utilisateurs précédents. Pareillement, l’utilisateur de compétences doit pouvoir accéder à l’évaluation portée par les utilisateurs précédents. Pour cela, il doit lui-même réaliser une évaluation des compétences qu’il utilise de sorte que le marché génère la confiance nécessaire à son propre développement.

Ceci se pratique depuis bien longtemps en interne dans les entreprises. Il est courant qu’un manager demande à consulter les précédents entretiens annuels d’un salarié qui doit rejoindre son équipe.

A terme, la nécessaire  transparence du marché conduira à évaluer également les utilisateurs de compétences.

Le travail indépendant encore peu répandu

Le statut juridique des travailleurs n’a que peu d’importance.

De toute façon, le statut juridique n’est jamais définitif. Seuls la qualité des prestations, l’engagement et la motivation importent. Il est courant que les travailleurs les plus performants se voient proposer de meilleures conditions car l’entreprise a tout intérêt à fidéliser ceux qui contribuent le plus à son développement.

Les travailleurs indépendants représentent 34% de la population active aux États-Unis (1) contre 15% en moyenne en Europe (2). Même si le nombre de travailleurs indépendants a fortement augmenté ces dernières années en France, atteignant 11.5 % de la population active en 2014 (3), notre pays reste parmi les pays de l’union européenne où le travail indépendant est le moins répandu.

Libérez les compétences !

Pour autant, nous ne plaidons pas pour une déréglementation sauvage du marché du travail. L’objectif n’est pas de révolutionner un marché déjà fortement fragilisé, d’autant que tout le monde ne peut pas  objectivement devenir travailleur indépendant.

Nous appelons simplement de nos vœux un assouplissement de la réglementation sur les contrats précaires qui replacerait la compétence au cœur du marché du travail, sécuriserait les relations contractuelles, fluidifierait le nombre de missions et intensifierait l’usage des compétences.  Il est préférable de multiplier les contrats à durée déterminée ou les missions plutôt que de s’exclure du marché du travail.

Personne ne peut contester qu’il soit préférable de travailler plutôt que de rester inactif.

Et l’humain dans tout ça ?

On ne manquera pas de me faire observer que derrière les compétences, il y a des hommes et des femmes et que gérer des compétences c’est bien, mais que fournir des emplois et des contrats de travail, c’est mieux. Oui merci !

Mais la réflexion ne peut pas être limitée à ce prisme qui a conduit à ignorer le sens de la compétence au point de la confondre avec un statut.

Si l’on veut aborder la dimension humaine de cette analyse, allons plus loin ! On s’alarme des chiffres grandissants du chômage en attendant passivement une hypothétique reprise de l’activité économique qui conduirait enfin les entreprises à embaucher. Mais au même instant, on ignore totalement la souffrance des personnes en recherche d’emploi qui seraient bien heureuses d’entretenir leurs compétences à travers des missions intelligemment sélectionnées, celle des jeunes découragés par l’insuffisance des offres d’emploi, celle des séniors priés de céder leur place à des salariés « meilleur marché » ou encore celle de la masse silencieuse des autoentrepreneurs.

Regardez mon travail, pas mon contrat

Il est temps de prendre conscience que le marché du travail est déjà totalement protéiforme, qu’il ne ressemble plus à la projection classique que l’on s’en fait. Les syndicats qui refusent encore le contrat de travail unique et la souplesse des contrats temporaires ignorent probablement que seulement 25% des CDI travaillent encore suivant le schéma classique des 5 jours travaillés du lundi au vendredi, et que plus de 2,3 millions de personnes cumulent en France plusieurs activités (4), brouillant ainsi un peu plus la stricte frontière entre le salariat et le travail indépendant.

Il restera, car c’est un obstacle majeur, à régler le comportement frileux des banques qui, tout en prenant des risques insensés sur le marché des capitaux, répugnent à prêter l’épargne collective  aux travailleurs précaires ou non-salariés. C’est la capacité  et la volonté de travailler, la constance de l’effort dans la durée et l’honnêteté qui doivent être appréciées et non pas la nature du contrat de travail ou la solidité financière de l’employeur.

Dans le contexte actuel d’ubérisation de l’économie, Maurice Thévenet invite les professionnels de la fonction RH à se remettre en cause et leur souffle trois pistes : « se situer au cœur du business, faire la preuve permanente de leur efficacité et laisser tomber les faux problèmes » (5).

Dont acte !

  1. http://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/021284708157-les-travailleurs-freelance-vont-ils-transformer-leconomie-1148679.php
  2. http://www.lepoint.fr/economie/france-les-travailleurs-independants-sont-de-plus-en-plus-nombreux-11-02-2015-1904034_28.php
  3. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1569#inter2
  4. http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/021374332576-oui-nous-devons-changer-notre-vision-du-marche-du-travail-1163453.php
  5. http://www.rhinfo.com/thematiques/strategie-rh/ube-rh

 Pour en savoir plus : http://www.acerrh.com/blog/reflexion-sur-un-projet-de-plateforme-de-competences-rh

 

 

 

 

Auteur

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Jean-Marc Fonteyne est le créateur et dirigeant du cabinet ACER RH, spécialisé dans le management opérationnel des Ressources Humaines. Il a...

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Jean-Marc Fonteyne

Jean-Marc Fonteyne est le créateur et dirigeant du cabinet ACER RH, spécialisé dans le management...

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Par Jean-Marc Fonteyne, le 22/06/2015