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Libérez les compétences (1/3)

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L’ubérisation à marche forcée de l’économie conduit inéluctablement à une consommation plus rationnelle et plus ciblée des compétences. A condition d’être anticipée, cette évolution pourrait permettre une utilisation plus intensive des savoir-faire disponibles. Encore faut-il créer et rationnaliser ce marché !

Bruno Teboul (1) décrit l'ubérisation  comme un phénomène récent dont la société de technologie californienne Uber est l'inspiratrice directe : « C'est un néologisme qui peut s'utiliser et se conjuguer pour décrire comment une start-up à travers une plateforme numérique permet de mettre en relation les entreprises et leurs clients. »

J’assistais récemment à une conférence de Philippe Chalmin dont la grande spécialité est l’analyse du marché des matières premières. Si je dois retenir un seul élément de cette conférence, c’est l’idée que l’ubérisation de l’économie est sous-tendue par l’intensification de l’utilisation de la matière.

Uber a du bon

On perçoit bien que la digitalisation des activités rationnalise et intensifie l’usage des objets (logements, voitures, chambres d’hôtel, avions etc.) à travers des plateformes toujours plus nombreuses et plus sophistiquées incitant à l’échange, au partage ou à la location plutôt qu’à l’appropriation. On peut penser que cette idée d’intensification de la matière est une évidence mais la formuler, c’est donner du sens à un mouvement qui nous submerge. C’est lui donner paradoxalement un sens progressiste avec cette idée qu’on utiliserait plus, et donc mieux, la matière première consommée.  Ainsi donc, ce qui déstabilise actuellement des pans entiers de l’économie recèlerait un fondement positif.

Ce monde ne tourne pas rond 

On a mis par exemple en lumière l’été dernier que des particuliers louaient leur yacht, souvent très impressionnant, au motif que ces objets nécessitent une maintenance ruineuse (vraiment ?), et que les utilisateurs privilégient la location directe auprès de ces particuliers au motif que ceux-ci proposent des tarifs plus intéressants que les loueurs professionnels. Depuis quand l’utilisateur de Yacht s’arrête-t-il à ce genre détail ? Ce monde ne tourne pas rond ! Jusqu’où ira-t-on ?

On est probablement au tout début de ce mouvement qui est le moteur du changement de nos sociétés modernes, un moteur alimenté selon Philippe Chalmin par 3 carburants : le développement technologique, l’intensification de la matière et le développement durable.

J’y ajouterai personnellement un 4ème carburant : l’exploitation de l’information.

Halte au gâchis

S’il est une matière dont il est non seulement possible mais fortement souhaitable d’intensifier l’utilisation, c’est bien la compétence.

Combien d’entreprises recherchent actuellement une compétence spécifique pour une durée précise, et combien de personnes disposant précisément de cette compétence sont dans le même temps disponibles ?

Que ces personnes soient :

  • des demandeurs d’emploi désireux de rester connectés au marché du travail [2.9 millions (2)],
  • des travailleurs indépendants à la recherche d’une mission [2.8 millions de travailleurs non-salariés dont 1 million d’autoentrepreneurs (3)],
  • des salariés en sous-activité à la recherche d’un complément d’emploi [1,64 million de personnes sont en situation de sous-activité (4)],
  • des retraités désireux de partager leurs compétences, des séniors placés en marge du marché du travail, des primo-demandeurs d’emploi priés de rejoindre la file d’attente de l’expérience etc.

Ceci est à l’évidence un gâchis humain épouvantable. C’est également un gâchis économique considérable.

Créer, qualifier et rationnaliser le marché des compétences

On me dira que ce marché des compétences existe déjà. Que c’est le lot quotidien des canaux traditionnels de recrutement, que ce soit le recrutement direct des entreprises, le recrutement opéré par les cabinets spécialisés, ou les missions confiées aux sociétés de travail temporaire et de management de  transition. C’est vrai ! Mais ce marché est ainsi constitué qu’il se concentre exclusivement sur les offres suffisamment significatives pour générer un contrat de travail car celui-ci reste aujourd’hui la martingale absolue du marché (88% des personnes actives en France sont salariés)

Le marché traditionnel est aujourd’hui concentré sur le statut de salarié et ignore totalement certaines offres et certains besoins de compétences.

Qu’en est-il par exemple des compétences disponibles actuellement chez les demandeurs d’emploi. Si pour la plupart,  ils ne peuvent pas aujourd’hui retrouver un emploi durable (un contrat), il n’en demeure pas moins qu’ils disposent souvent de compétences éprouvées et de surcroît disponibles immédiatement. Pareillement, de nombreux travailleurs indépendants piétinent à trouver des missions dans des domaines qu’ils maîtrisent en général parfaitement. En parallèle, beaucoup d’entreprises n’ont ni les moyens ni le souhait de créer un poste mais seraient pourtant heureuses de bénéficier des conseils et de l’expérience de ces professionnels expérimentés pour quelques heures ou quelques jours.

Entreprises, vous n’avez besoin de rien !

Le marché de la compétence n’existe pas en tant que tel. Si l’entreprise a besoin d’une compétence, elle doit d’abord se justifier : Pourquoi ne pas embaucher ? Êtes-vous sûr que ce besoin ne sera pas récurrent ? Quel sera votre motif de recours à un contrat précaire ? Et puis, comment trouver cette compétence spécifique sans passer par un professionnel du recrutement qui risque de facturer le service de manière prohibitive ? Bien avant la 5ème question, l’entreprise n’a qu’une envie, oublier son besoin si elle le peut et passer à autre chose, besoin qui ne sera pas satisfait et qui restera comme une opportunité de progression perdue.

Quant à la personne disponible susceptible de répondre à ce besoin, et bien qu’elle attende !


  1. Bruno Teboul, directeur scientifique, R&D et Innovation du groupe Keyrus, auteur de l'ouvrage «Ubérisation = économie déchirée?» (Editions Kawa, 2015)
  2. http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=14
  3. http://www.lesechos.fr/30/07/2015/lesechos.fr/021235711834_le-nombre-d-autoentrepreneurs-proche-de-la-barre-du-million.htm
  4. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1569#inter2

 Pour en savoir plus : http://www.acerrh.com/blog/reflexion-sur-un-projet-de-plateforme-de-competences-rh

 

 

 

 

 

 

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Jean-Marc Fonteyne est le créateur et dirigeant du cabinet ACER RH, spécialisé dans le management opérationnel des Ressources Humaines. Il a...

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Jean-Marc Fonteyne

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