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Recrutement : pourquoi un ancien sportif ?

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Souvent, le recruteur regarde le bas du CV et s’il y voit la mention d’une pratique sportive, il pourra se dire que le candidat doit être quelqu’un de dynamique, qui a le gout du challenge et qui peut-être sait gérer le stress... Si le sportif est connu, il se dit qu’il pourrait aussi se servir de son image. Mais sans expérience professionnelle dans le métier, et surtout sans tous les diplômes requis, il passera au candidat suivant. Et s’il venait à le recruter, ce sera en souvenir de la carrière passée, pour ne pas laisser l’ancien champion sur le carreau.

Pourquoi est-ce une erreur ? 3 raisons :

La question des diplômes tout d’abord.

Certains sportifs sont parfaitement diplômés (beaucoup de grands champions ont une tête bien faite), ceux-là sont alors ciblés par les entreprises qui voient la richesse du double parcours. Mais beaucoup des sportifs qui ont évolué à haut niveau ou qui ont été professionnels ont parfois eu du mal à s’engager en parallèle dans un projet de formation. Difficulté d’orientation, de choix d’une filière alors qu’ils sont isolés dans une filière d’excellence sportive qui les coupe du monde non sportif, d’où un manque de motivation qui n’aide pas à s’engager, à l’aveugle, dans une filière de formation ; difficulté d’organisation, liée à des horaires d’entrainements biquotidiens qui laissent peu de marge de manœuvre pour s’engager dans une formation diplômante ; difficulté aussi à faire accepter à leur club, leur employeur, leur entraineur, qu’ils ont envie d’autre chose, et pourraient même passer du temps à penser à autre chose que leur sport...[1]

Or ce qui caractérise le sportif, c’est sa capacité à apprendre. Souvent les grands champions sont des éponges qui ont été très attentifs aux messages de leurs entraineurs, qui ont fait l’effort de comprendre ce qu’on leur disait, et qui recommençaient tant que le message, le geste, la technique n’étaient pas acquis.

Si le sportif est motivé par un métier, une technique, il aura la capacité à apprendre, à passer le diplôme si c’est nécessaire. Ce qui lui manque le plus souvent à la fin de sa carrière c’est le temps et les moyens de financer une formation. Il est déjà adulte, engagé familialement, se retrouver sans ressources le temps de se former n’est pas envisageable. Les systèmes d’alternance pourraient tout à fait permettre à l’ancien sportif d’acquérir les diplômes indispensables, encore l’entreprise doit-elle le vouloir...

Son manque d’expérience ensuite.

Certes, il n’a jamais travaillé dans le métier pour lequel il postule à l’issue de sa carrière. Mais il a déjà eu une pratique professionnelle. Prenons une volleyeuse professionnelle, un rugbyman ou un handballeur qui ont évolué en championnat professionnel pendant 15 ou 20 ans, pourquoi cela ne peut-il pas compter ? Il a eu un patron, une hiérarchie, il a évolué au sein d’une équipe de travail, avec des collègues, des résultats à produire (et reproduire toutes les semaines) avec un haut degré d’exigence, des clients (sponsors et public) à satisfaire, des engagements à tenir (être en forme, porter l’image du club, parler en public et face aux médias, respecter le règlement du club, apporter sa meilleure contribution à l’équipe et soutenir ses partenaires..). Il a évolué sur un marché où il a dû sans cesse rester compétitif, tenir compte de la concurrence, analyser ses adversaires. Il a dû communiquer avec ses partenaires et ses entraineurs, il a parfois été le capitaine et il a su mobiliser ses partenaires. Il a su mettre en place des stratégies, planifier sa saison, gérer la compétition, évaluer ses résultats. Tout cela n’est-il pas comparable à une expérience professionnelle plus classique ? Demandez à un capitaine d’une équipe de rugby comment il motive ses troupes avant et pendant un match, vous y verrez une expérience significative de management....

Troisième raison enfin : le potentiel hors du commun du sportif qui, même s’il n’a pas évolué concrètement au plus haut niveau, en a l’état d’esprit, par une pratique intensive et ambitieuse.

Pour illustrer ce dernier point je vais prendre l’exemple d’un cycliste semi-professionnel qui était capitaine de route au sein de son équipe.

En quoi consiste le métier de cycliste ? Il s’entraine seul une partie de l’année et fait des courses, souvent en équipe. Cela signifie planifier ses entrainements, se fixer des objectifs pour chaque sortie, travailler en autonomie, évaluer la séance, analyser sa performance, chercher les voies d’amélioration pour « rentabiliser » ses sorties. Cela lui demande de bien se connaître, connaître ses limites, apprendre à gérer son effort, dans l’instant et dans la durée. Il développe ainsi des qualités d’endurance, de dépassement de soi, mais aussi des compétences d’analyse, d’organisation, d’évaluation, il est capable de se définir une démarche de progrès.

Détaillons maintenant la dimension Capitaine de route : c’est  le leader et l’interlocuteur du directeur sportif. Cela veut dire planifier la saison, choisir les courses, en définir les objectifs ; puis décliner les objectifs au niveau des coéquipiers, préciser les rôles et les contributions de chacun à la performance de l’équipe, y faire adhérer chacun, y compris le porteur de bidon.

Et puis vient la course et là, tout en pédalant, il va devoir adapter la stratégie aux faits de course, réagir, voire négocier les changements de tactique avec le directeur sportif au bout de l’oreillette... Il va aussi être amené à rappeler son rôle à chacun des coéquipiers, motiver, qu’il pleuve, vente, neige ou qu’il fasse 35° dans l’ascension d’un col, tout cela en observant les adversaires. Et à la fin de la journée, de l’étape ou de la course, faire le bilan avec le directeur sportif puis avec les autres coureurs, distribuer ou pas les primes et s’expliquer sur ses décisions, parfois même recruter des adversaires pour l’étape du lendemain...

Alors, n’est-ce qu’un robot qui pédale ?

Pour finir l’histoire le cycliste en question est maintenant chef d’entreprise dans un secteur très concurrentiel et son entreprise connaît une belle progression.

Pourquoi ? Parce qu’il est dans la même démarche d’excellence que quand il était sportif.

Son atelier ? Chaque chose a une place rationnelle pour voir rapidement si elle est là et en bon état et pour y accéder selon la fréquence des usages.

Ses camions ? Chaque outil a sa place et le matin chaque ouvrier a sa fiche de travail pour la journée, il peut ainsi vite vérifier qu’il a tout le matériel nécessaire.

Son management ? Exigeant et transparent : chacun sait ce qu’il attend de lui, pourquoi, comment, et il sait qu’il aura le retour sur son travail, bien ou pas bien fait.

Même chose pour la gestion de l’entreprise : améliorer les process, rentabiliser le temps des ouvriers tout en visant la meilleure satisfaction de ses clients, faire la chasse aux gaspillages,... Dans tous les secteurs on est dans une démarche d’optimisation permanente et dans une vision globale de l’activité.

On voit à travers cet exemple que si l’on ne cherche pas à voir de quoi a été fait le passé du sportif, on risque de passer à côté de richesses insoupçonnées, que le sportif lui-même a d’ailleurs le plus souvent un très grand mal à décrire, ayant été depuis très jeune isolé dans son monde sportif.

Et il y a là pour le recruteur une évidence qui lui sautera aux yeux : le cycliste n’est pas porteur des mêmes compétences que la judokate, le rugbyman demi d’ouverture  ou le basketteur qui joue au poste d’ailier. Chaque discipline développe ses compétences spécifiques que le sportif finit par faire siennes, chaque poste de jeu même pour les sportifs collectifs construit des réflexes singuliers.

Alors si on veut vraiment apporter de la diversité dans nos entreprises il y a là de bonnes raisons de parier sur ces sportifs qui ont aussi, et ça on sait  le reconnaître, des savoirs–être  utiles à l’entreprise.


[1] Tous ces obstacles et cette réflexion sont décrits dans mon livre « le sport, des médailles, et après ? Les atouts des sportifs pour l’entreprise », éditions Descartes & Cie, Paris, 2016.

Auteur

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Fondatrice de Trajectoires performance, Directrice de Collectif Sports

Après 15 ans de conseil en développement...

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Véronique Barré

Fondatrice de Trajectoires performance, Directrice de Collectif Sports Après 15 ans de conseil en...

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