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L'émulation de l'intelligence

"Il y a plus d'idées dans plusieurs têtes que dans une seule", dit un dicton. Ce qui semble réduire la créativité à une notion de cumul quantitatif? et l'intelligence à un enrichissement culturel. Et de fait nombreux sont ceux qui confondent l'érudition avec la culture, et la culture avec l'intelligence. Nombreux sont ceux - même parfois du haut de chaires illustres - qui compensent la faiblesse de leur compréhension par une certaine extension de leur savoir ou par une bonne maîtrise de leur mémoire.

L'érudition repose sur la multiplication des éléments de connaissance possédés par un individu ou par un cercle d'individus ; enrichissante en termes d'extension et de précision, elle présente néanmoins l'inconvénient de ne pas savoir proportionner le niveau d'exigence de sa restitution à un problème donné et circonstancié. C'est habituellement le défaut des purs experts. Transposé aux problématiques de Knowledge Management, cela revient à encombrer une base de données partagées de la totalité des informations possibles dans tous les domaines ; ce qui fait que le moindre traitement oblige à faire face à une foule d'informations dont l'intérêt est très variable et dont le tri et le classement est dès lors hautement chronophage.

La culture est la capacité à combiner judicieusement ces éléments, comme on agrège ou désagrège un ensemble ordonné (évènements, mécanisme, jeu de cube, molécule, théorie?) pour découvrir toutes les combinatoires possibles. Elle permet d'attribuer à chaque information ou à chaque connaissance le degré de certitude et d'opportunité qui lui convient ; elle fournit par conséquent des principes taxonomiques efficaces. " Mieux vaut, dit-on, une tête bien faite qu'une tête bien pleine ". Sa limite est qu'elle n'invente rien, elle ne fait que restituer dans " le bon ordre " des solutions déjà contenues dans les données acquises. Elle présente néanmoins ainsi une fécondité réelle et une capacité à inventer des arrangements originaux de données cognitives, esthétiques, affectives, historiques, scientifiques, techniques? Le système de Knowledge Management doit s'appuyer sur une taxonomie de cette sorte pour permettre un accès orienté et rapidement utile aux connaissances et savoirs nécessaires dans telle ou telle situation professionnelle.

L'intelligence " saisit ", en deçà et au delà des éléments possédés et de leurs configurations de relations possibles, un ou plusieurs sens non caractérisés à priori, et qui pourront présider à une véritable création.
Précisons un peu ces notions délicates : un élément de connaissance est toujours partie prenante d'un système de représentations, ainsi que nous l'avons déjà dit. Ce qui signifie qu'il y acquiert une " signification " - c'est à dire un système de liens ontologiques, épistémologiques et linguistiques qui détermine ses possibilités de positionnement et de combinaisons au sein du système de représentation. Mais aucune signification ou valeur n'épuise le sens profond de l'élément considéré. Celui-ci recèle toujours des potentialités plus larges que celles que lui attribue le système culturel, de quelque nature qu'il soit.

Ainsi, si l'on en reste à la seule culture, aussi approfondie soit-elle, on ne produira jamais que de la combinatoire : dans le meilleur des cas on se livrera à un pillage malin dont le caractère novateur ne tiendra qu'à un arrangement inédit des éléments possédés ; et la gestion de la connaissance se ramènera grosso-modo à un jeu de lego.

Bien entendu, la culture nourrit l'intelligence ; elle lui fournit une certaine ouverture et surtout une certaine expérience en matière de connaissance. Mais la vertu de l'intelligence est précisément de pouvoir s'affranchir des déterminations du système pour créer de nouvelles perspectives. Ce n'est pas d'abord le caractère inédit ou original du résultat qui manifeste la créativité de l'intelligence ; c'est sa capacité à faire naître ce qui, aux yeux du système et de toutes ses combinatoires autorisées, est à ce moment là inexistant ou impossible. Un proverbe américain dit : " il y avait quelque chose d'impossible à faire. Quelqu'un est arrivé qui ne savait pas que c'était impossible? et il l'a fait. "

Penser qu'il suffit de collecter et de rendre accessible une grande quantité d'information avec un bon moteur de combinatoire pour créer du développement dans l'entreprise relève d'une mauvaise compréhension de toutes ces notions. Certes, cela permet déjà un gain de temps, une mémoire et une ouverture d'esprit ; ce qui est toujours utile? mais qui demeure très en deçà de l'ambition la plus profonde contenue dans une démarche complète de Knowledge Management.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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