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La valeur de l'information

Qu'est-ce que la " valeur " ? Il importe ici d'élargir notre champ d'analyse par rapport à l'acception économique qui est aujourd'hui prédominante. Car s'il existe bel et bien un marché du savoir, la problématique qui nous occupe recouvre des réalités qualitatives qui sont loin de pouvoir s'y réduire, en tous les cas directement. La valeur d'une information peut prendre des formes extrêmement variées et ses implications ne sont pas toujours aisées à mesurer. Elle requiert analyse et discernement, mais aussi regroupement, concaténation et synthèse, ce qui en rend l'exploitation fort délicate et parfois paradoxale.
 
Etymologiquement, la notion est très riche et d'une grande extension : l'efficacité, la puissance, la vigueur, l'influence, la force, le sens et la signification, la comparaison monétaire ne venant qu'en dernier.
 
La notion de valeur est donc très commune et très analogue, ce qui a pour effet de lui conférer, en matière de savoir ou de connaissance, une réalité beaucoup plus empirique que rationnelle, et le knowledge management rencontre là une de ses pierres d'achoppement. Approfondissons donc la question en commençant par discerner les multiples acceptions du mot dans la langue française.
 

C'est ce qui est digne d'estime ou d'attention, au regard de qualités clairement identifiées ou recherchées. Ce qui suppose un a-priori qualitatif à la recherche, comme le fait par exemple un recruteur à l'aide d'un profil de poste.
Le caractère mesurable d'un bien, d'un service ou d'une personne (jugée sur son expertise, par exemple) en tant que susceptible d'être échangé ou désiré. On estimera ainsi la valeur d'un savoir-faire ou d'une œuvre d'art.
En prolongement , on appellera valeur la qualité d'une chose fondée sur son utilité objective ou subjective (valeur d'usage), sur le rapport de l'offre à la demande (valeur d'échange), sur la quantité de travail nécessaire à sa production (valeur économique). On distingue ainsi la valeur vénale et la valeur marchande d'une maison.
Ce qui répond, selon Foulquié, aux " normes idéales de son type ", que ce soit par la conformité à un système de représentations, par l'importance accordée à un thème par un acteur, par la satisfaction d'un intérêt ou d'une efficacité particulière. On appréciera ainsi la valeur d'un comportement ou d'un résultat.
Caractère des choses consistant en ce qu'elles sont plus ou moins estimées ou désirées, subjectivement ou objectivement, par un individu ou par un groupe. En ce sens, on " fait cas " de la dernière déclaration de Bill Gates.
Mesure d'une grandeur ou d'une quantité variable, notamment au point de vue économique ; c'est à dire un caractère des choses consistant dans le fait que, dans tel groupe social et à tel moment, elles sont échangées contre telle quantité d'une marchandise ou d'une monnaie prise pour unité. Nous estimerons par exemple la capitalisation de telle start-up.

Dans toutes ces acceptions, la problématique de la valeur se dégage comme " la signification que l'on attribue au sens d'une chose ".

La valeur de l'information, lit-on dans de nombreux ouvrages, réside dans son utilité opérationnelle. Certes, puisque c'est pour cela qu'on en cherche et construit la " signification " ! Mais lorsqu'on parle de knowledge management, ce n'est que repousser la difficulté d'un cran ! Sur quoi se fonde donc la détermination de ce qui est utile et de ce qui ne l'est pas ? Et à quel terme ? Sans aucun doute, répondent ces mêmes ouvrages, sur la considération du problème à résoudre, et non sur l'analyse du stock d'informations disponibles ; ce qui suppose l'accès à des sources multiples et variées de connaissance. Cette position a le mérite d'avoir pris en compte l'arrivée des NTIC, mais elle nous semble encore trop timide, ne faisant qu'enfoncer des portes ouvertes.
 
Plusieurs difficultés se posent en effet :  
 

  • Il est fréquent que ce soit la veille pure et simple, de quelque nature qu'elle soit (Technologique, juridique, stratégique, économique…etc.) qui révèle un problème et permette de l'anticiper ; et dans ce cas il est délicat de définir à priori une fonction d'utilité. Il faut développer une conception du " problème " comme opportunité nouvelle à rechercher et non seulement comme risque connu à résoudre.
  • Dans une large mesure, avec cette conception des choses, on ne trouve que ce qu'on cherche, comme dans l'expérimentation scientifique. Sir Arthur Eddington l'affirmait avec force : " Nous ne croyons nos yeux qu'autant que nous avons la conviction préalable que ce qu'ils semblent nous apprendre est croyable2". Comment concevoir des modèles qui, tout comme une théorie scientifique, peuvent avoir une véritable fécondité de recherche d'information ?
  • L'unité de temps, de lieu et d'action qui permettait de cristalliser, auparavant, la valeur d'une information, est sérieusement compromise ; ou plutôt, elle est à entendre aujourd'hui, avec l'avènement des NTIC, sur une toute autre échelle et une toute autre dimension. L'analyse factorielle traditionnelle ne suffit plus. Une approche méthodologique nouvelle s'impose ; nous y reviendrons évidement par la suite.
  • Une information n'acquiert une valeur qu'en raison de ses relations avec d'autres. Nous disposons parfois déjà d'informations clés sans en prendre conscience ; ou parfois encore nous manque-t-il très peu de choses, et très accessibles… Mais elles nous échappent, car nous avons encore tendance à travailler sur les données et non sur les liens et les moteurs systémiques. Nous recherchons de la valeur sans oser ni penser à en créer.

L'utilité opérationnelle d'une information est plus souvent à inventer et générer qu'à découvrir et exploiter. Il faut donc une fonction prospective. Dans ce cadre là, les moyens phénoménaux mis à notre disposition par les NTIC ouvrent des possibilités sans précédent. Très rares sont encore ceux qui savent les utiliser de manière cohérente et constructive.
 

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018