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La diversité suppose le respect de l'altérité

Depuis que la notion de « diversité » -- avec la « discrimination positive » qui l’accompagne -- connaît un succès croissant dans l’entreprise, il n’est pas rare que l’on voit se développer, vis à vis des personnes « différentes », à quelque titre que ce soit, des attitudes qui, pour vouloir être empathiques, n’en sont pas moins irrespectueuses sur le fond.

En fait, la notion d’empathie recouvre deux comportements extrêmement différents, et il n’est pas inutile de lever ici cette équivocité pour avoir souci d’autrui non pas dans un sens captatif et aliénant, mais au contraire respectueux et créatif.

Le tort consiste à entendre l’empathie comme la capacité à se mettre à la place de l’autre pour faire sien, de manière viscérale, ses éprouvés, sentiments et états d’âme. Il s’agit alors, au sens psychologique du terme, d’une identification qui finit même par interdire à l’autre d’évoluer, sous peine d’être accusé de trahison. Sous le prétexte fallacieux d’une « communication affective intense, fusionnelle, symbiotique », ce genre de comportement ne révèle en fait que le refus de l’altérité : l’autre est tout simplement lui-même et il m’échappe ; c’est insupportable. Les grands empathiques, en ce sens, sont habituellement des hommes ou des femmes de pouvoir. Cette fausse piste se construit toujours en deux temps distincts : une première phase dans laquelle l’empathique communie littéralement à vos états d’âme et vous comprend « de l’intérieur » presque mieux que vous n’en êtes vous-même capable ; une deuxième phase dans laquelle vous êtes pour lui caractérisé et stéréotypé et où c’est lui qui vous dit même ce que vous ressentez, sans que vous n’ayez plus la liberté d’y échapper. Vous ayant ainsi classé, il ne s’intéresse plus à vous qu’à travers ses propres décrets, et ce que vous êtes ou devenez vraiment lui est finalement très indifférent, voire très désagréable. Toutes les formes de paternalisme abusent généralement de ce type d’empathie.

Une vision constructive consiste plutôt à entendre l’empathie comme une capacité à écouter véritablement l’autre, dans « une attitude de non jugement, de soutien à l’expression, de clarification, de compréhension bienveillante. » Au lieu de se mettre à la place de l’autre, elle consiste plutôt à intégrer son point de vue, à être capable de voir les choses de son point de vue, à comprendre de l’intérieur ce qu’il est et ce qu’il devient. Nous nous interdisons alors d’interpréter et de figer l’autre dans une image qui nous satisfait : c’est plutôt le sens d’une découverte, d’un respect de l’altérité, d’une participation à une réflexion commune, d’un appel à être et à devenir lui-même ou elle-même. En ce sens, l’empathie est l’opposé de l’attitude du spectateur ; et si elle révèle une capacité de sentir par l’intérieur qui dépasse la simple compréhension objective, c’est au sens où l’on peut mettre en œuvre un degré d’acuité perceptive qui favorise l’adéquation de notre compréhension aux perspectives de l’autre. Etant attentifs à l’ensemble des signaux verbaux et non verbaux (attitudes, gestes, regards, comportements avec les autres, etc.), nous pouvons effectivement voir et prendre en compte un certain nombre d’éléments qui nous donnent une perception plus complète et plus profonde de nos vis-à-vis, sans que l’indifférence ne finisse par l’emporter. C’est même le contraire : l’empathique, en ce second sens, est celui qui est toujours prêt à la surprise, à un pas de plus, à une variété d’images dont il sait qu’aucune ne résume ni n’identifie définitivement l’autre. Ce faisant, il laisse l’autre à sa place… et il lui laisse toute sa place.

La diversité devient alors véritablement un enrichissement mutuel.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018