ADP

RH info : site d'actu et d'information sur les ressources humaines.

RSS

KM, management et approche système

Nous avons vu qu'un système de Knowledge Management ne saurait se construire en emmagasinant purement et simplement, à grand renforts d'outils technologiques, la mémoire des individus d'une entreprise. Nous ne le répèterons jamais assez : la technologie n'a pas d'intérêt en soi, c'est ce que l'on en fait qui importe. Ce n'est pas la gestion quantitative des connaissances qui assure le moindre développement pour une entreprise, c'est le sens qui préside à cette gestion. Or la tentation est grande, en raison de la difficulté conceptuelle de l'opération et du développement technique et fonctionnel adapté qu'elle nécessite, de réduire le KM à un stock statique d'objets, d'expertises, de compétences, d'idées intéressantes dont les liens sont laissés au hasard des circonstances? ou des différentes écoles qui se disputent "la vérité" sur le sujet : le résultat en est généralement un système fermé incapable d'adaptation ni de créativité.

Rappelons que la notion de système ouvert repose sur une intuition que l'on peut énoncer ainsi : il est aussi important, dans l'étude de n'importe quelle réalité, d'identifier l'ensemble, la totalité des éléments et les relations entre les éléments, que d'analyser et collectionner indépendamment les propriétés et particularités de chacun d'eux.

Le KM, si l'on veut qu'il soit générateur de développement durable, doit être conçu comme un système ouvert, ce qui peut se comprendre par les quatre exigences suivantes :

  • Il doit être un ensemble structuré de connaissances en rapport réciproque avec ses environnements : environnements internes à l'entreprise, lui permettant de recenser et classer ses objets : expertises, compétences, idées créatrices, projets d'innovation?etc. ; mais aussi environnements externes, lui permettant d'échanger certains de ces objets, selon un accès contrôlé et protégé, avec ses clients et ses fournisseurs, les incitant ainsi eux-mêmes à donner des informations, connaissances et savoirs. Tous ces échanges permettent de donner à cet ensemble une certaine autonomie.
  • Dans cet ensemble, il existe des sous-systèmes qui agissent les uns sur les autres. L'expérience montre que le recueil d'une expertise, par exemple, n'est développé que de façon sous-optimale par un acteur qui ne l'établit pas en relation contradictoire (c'est à dire par du questionnement, du retour d'expérience, de la reformulation, de l'objection, de la collaboration, de la validation, de la formalisation?etc.) avec ses clients et fournisseurs internes, ses interlocuteurs opérationnels et fonctionnels. Ce faisant, le système de KM se construit sur la base méthodologique d'échange constructifs entre les sous systèmes, ce qui permet de lui donner une certaine cohérence.
  • L'ensemble développe une gestion des connaissances actuelles et des projets de développement pour atteindre quelque chose. Ces orientations sont les buts et les finalités qui lui donnent son sens. C'est pourquoi l'intégration stratégique est une des clés de performance d'un système de KM ; dans cet ensemble doivent pouvoir se boucler, à terme : de l'aide à la décision, de la formation, de la prospective, de la stratégie et de l'approche système opérationnelle, ce qui suppose une structure matricielle à "n" dimensions, où "n" dépend directement de la finalité clairement définie de l'ensemble (inutile, par exemple, de se doter d'une usine à gaz, aux potentialités certes merveilleuses, mais dont la lourdeur même interdit toute opérationalisation auprès des acteurs concernés). Ce que l'on rassemble ainsi sous la dénomination si générale et floue de "système de KM" peut représenter, techniquement et fonctionnellement, des réalités très diverses, selon la finalité identifiée. On ne peut faire en cette matière que du sur mesure.
  • L'ensemble subit des modifications plus ou moins profondes dans le temps, tel un organisme vivant, tout en conservant une certaine permanence. Ce qui reste ainsi permanent, tant sur le plan des entrées dans le système et des niveaux de restitutions, que sur celui des relations et interactions possible, sert à concevoir la structure du système de KM. Là encore, c'est la solution technique adoptée qui doit faire ce qu'on lui demande, et pas le contraire. Il faut se méfier des solutions techniques déconnectées des contenus (en genre, nombre, taxinomie?etc.) qu'elles vont être amenées à traiter.

Auteur

patrick_bouvard.jpg

Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

patrick_bouvard.jpg

Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

Du même auteur

visuel_chronique_radio_rh_info_1_shutterstock.jpg

Vous avez dit ambition ?

visuel_chronique_radio_rh_info_1_shutterstock.jpg

Vous avez dit ambition ?

Vous pouvez écouter cette chronique en cliquant sur play ci-dessus. L’ambition, dans le business...

Par Patrick Bouvard, le 01/11/2019