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Se libérer des croyances de l'Entreprise libérée #1

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On ne présente plus ou presque l’entreprise libérée avec ses salariés libres de décider par eux-mêmes des actions à engager sans hiérarchie apparente. Ce courant, découvert par le grand public suite au reportage le bonheur au travail, a déferlé puis c’est solidement ancré dans tout ce qui touche de près ou de loin les entreprises à travers les réseaux sociaux, les médias et les diverses associations. En a t-il pour autant vraiment franchi les portes?  On évoquait une vague irrésistible conjuguant performance puis bonheur, à laquelle seuls des dirigeants d’un autre siècle pourraient résister. Qu’en est-il vraiment 4 ans après, alors même que ce concept a suscité un temps une forte passion et fait couler beaucoup d’encre entre convertis et contradicteurs ? Comment a-t-il évolué ? Dans un monde où désormais information et communication se mêlent, quelles croyances d’un autre type, celles issues des réseaux sociaux, ont pu se développer ? Et comme pour ces croyances limitantes que l’on trouve dans nos entreprises, ne serait-il pas urgent alors de s’en libérer ?

Ce dossier  est publié en 4 étapes.

Chronique 1 : Le changement de business model de l'entreprise libérée ? *        

En 2016, Isaac Getz, coauteur du best-seller liberté et cie précisait (1) :« Libérer l’entreprise ne requiert ni modèle ni méthode »…« L’entreprise libérée est une philosophie qui se fonde sur la conviction que l’homme est digne de confiance ». Or, il y a bien eu un concept. Un enseignant chercheur de Dauphine l’a décrit en analysant son business model (2).On peut aussi lire le livre fondateur (3) où l’auteur écrit :« Liberté et cie les a conforté (des patrons) et leur a montré qu’il existe des principes et des étapes - une méthode -  pour libérer l’entreprise »…« Cela étant dit, ce livre -même s’il semble être le 1erà avoir présenté une méthode-ne peut rien seul ». Ce courant a bien eu une méthode d’après son auteur, avec un business model décrit par un de ses homologues. Son fondement aura été cette performance supérieure citée 26 fois dans le livre à succès dont 12 fois avec le terme « performance mondiale ».

Le concept oppose les entreprises « pourquoi » (libérées) aux entreprises « comment » (classiques). Les 1ères génèrent une croissance organique supérieure grâce à une capacité d’innovation issue d’un fort engagement des salariés. Cette performance hors norme inscrite aujourd’hui dans la conscience des réseaux sociaux et de médias, relève plutôtde la croyance. Jamais ne sera vraiment montré un lien entre liberté des salariés et innovation produit (4). De plus, aucune des entreprises ambassadrices françaises de ce courant (Favi, Poult, Chronoflex) n’aura eu d’innovation produit issue des salariés. L’existence même de la performance est parfois questionnée. Alors que le reportage « Le bonheur au travail » (5) présentait Poult avec une « une croissance insolente de 12% (6) », celle-ci se séparait pourtant quelques mois plus tard de son CEO avec une réalité de chiffre d’affaires en baisse de plus de 14% entre 2010 et 2015 (7). Aucun indicateur de performance n’étant publié par les autres ambassadeurs, difficile de savoir s’ils ne bénéficieraient plus qu’ils ne le démontreraient, du préjugé favorable de performance exceptionnelle attaché à ce courant.

En janvier dernier, Isaac Getz précisait (8) : « Ceux qui pensent que l’entreprise libérée est un moyen de réduire la masse salariale ou même d’améliorer radicalement la performance économique n’ont pas vraiment saisi cette philosophie »… « Et s’il y a des bénéfices collatéraux à savoir la performance économique exceptionnelle c’est tant mieux, mais ce n’est pas le but 1er ». Ceci montre bien l’évolution de ce courant. On pourrait penser que l’entreprise libérée aurait pivoté comme une start-up, changé de business model. Et même si l’auteur ne semble pas vouloir laisser derrière lui cette performance exceptionnelle issue de son concept initial, difficile de ne pas la ranger au statut de croyance sans en redéfinir les nouveaux leviers et en constater les résultats. Surtout, ceci pose clairement cette question : Quel modèle de performance incluant l’Homme au XXIème siècle se substituera à l’efficacité taylorienne du XXème, puisque ce courant semble s’en être de fait libéré ?


*Article paru initialement le 19/04/2018 dans Les Echos Executive sous le titre : « Quelle évolution pour l’entreprise libérée ? »

(1) Les Echos Executives12/09/2016
(2) Le business model des entreprises libérées Le Cercle Les Echos 02/04/2015 Jean-François Gagne enseignant chercheur en management Université Paris Dauphine
(3) Liberté et cie édition de poche champs essai chez Flammarion pages 8 et 9
(4)Entreprise libérée et innovation le Cercle Les Echos 01/06/2015 Loïc Le Morlec
(5) Le bonheur au travail reportage sur ARTE 24 février 2015
(6) Exclu reportage Poult Arte à 7’34 ‘’ https://www.youtube.com/watch?v=S8oi1meqUDo
(7) La tribune Toulouse 11 avril 2016 de  210 millions en 2010 à 180 millions fin 2015
(8) Interview l’usine nouvelle 19/01/201

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Spécialiste en organisation

Fondateur de LLM Conseil.

Ancien cadre supérieur de Grands Groupes (Danone, Diageo,...

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Loïc Le Morlec

Spécialiste en organisation Fondateur de LLM Conseil. Ancien cadre supérieur de Grands Groupes (...

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