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L’Agilité, un « remède symptomatique » ?

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Je vous propose dans ce bref article de tisser un lien entre 2 « écoles » qui, de mon point de vue, sont complémentaires sur de nombreux points : l’Agilité et la Systémique. L’Agilité bénéficie ces dernières années d’une attention toute particulière tant quasiment tous les domaines, elle semble être devenue la baguette magique pour répondre à la moindre difficulté… Au point que beaucoup ont oublié que l’Agilité n’est pas simplement un terme marketing ou un mot vidé de son sens qu’il est bon de placer dans tout discours ou présentation ! La Systémique quant à elle est bien moins populaire, peut-être parce qu’elle semble d’un abord plus difficile ou peut-être parce qu’elle se propose d’aborder nos écosystèmes professionnels sur un mode moins court-termiste et qu’elle nous incite aussi à une démarche introspective où nous sommes acteurs des systèmes dans lesquels nous évoluons.

Le remède symptomatique en Systémique

La Systémique nous invite à lire notre écosystème professionnel comme un tout, avec des éléments en interaction permanente et dont les résultantes sont visibles dans l’instant mais aussi dans le futur. Elle nous invite à lire et étudier nos environnements et nous-mêmes au travers des relations entretenues entre les parties d’un système. Ceci nous permet d’appréhender la complexité et la dynamique des systèmes dans une vision de changement et de transformation. J’aime dire que l’approche Systémique nous invite à dépasser le principe de causalité unidirectionnel et immédiat, mais aussi à appréhender le complexe en laissant de côté les simplifications auxquelles nous recourrons fréquemment.

Le rationalisme ayant eu, et ayant toujours, une influence importante dans nos sociétés occidentales, nous sommes éduqués et habitués à raisonner suivant des causalités linéaires :

« SI (A entraîne B) ET que (A est vrai), ALORS (B est vrai) ».
Par exemple : SI « un collaborateur travaillant une heure supplémentaire produit 5 unités supplémentaires » et que « ce collaborateur travaille une heure supplémentaire » ALORS « ce collaborateur a produit 5 unités supplémentaires ».

La Systémique et ses outils nous aident à briser ces schémas en introduisant des causalités en boucle et des rétroactions :

« SI (A entraîne B) ET que (A est vrai), ALORS ((B est vrai) ET (B diminue A)) ».
Reprenons l’exemple ci-dessus : SI « un collaborateur travaillant une heure supplémentaire produit 5 unités supplémentaires » ET que « ce collaborateur travaille une heure supplémentaire » ALORS « ce collaborateur a produit 5 unités supplémentaires » ET « ce collaborateur est davantage fatigué et donc moins efficient le lendemain ».

Venons-en maintenant à l’illustration du remède symptomatique dans l’approche Systémique. Avant d’avancer dans notre propos dans un contexte d’entreprise, définissons simplement ce terme qui semble bien compliqué… Vous avez un mal de crâne, il s’agit d’un symptôme, c’est-à-dire une vision subjective, ressentie par vous. Vous allez voir votre pharmacien qui vous prescrit un antalgique : après une heure ou deux, vous êtes soulagé, votre mal de crâne a disparu. Votre pharmacien vous a prescrit un remède symptomatique, c’est-à-dire un antalgique qui agit sur le symptôme, en l’occurrence la douleur, et non la cause de la douleur…et tout praticien de santé vous dira combien un mal de crâne peut être le symptôme d’un nombre impressionnant de pathologies ! Appliquer un remède symptomatique revient à traiter le symptôme sans s’intéresser aux causes sous-jacentes à l’origine du symptôme et donc sans traiter celles-ci…le symptôme a toutes les chances de se manifester à nouveau !

Dans notre exemple, une entreprise doit répondre rapidement à une hausse des commandes, ce qui lui arrive fréquemment. Elle a à sa disposition plusieurs options dont celle de recourir aux heures supplémentaires sur les collaborateurs. Il s’agit d’une action simple, rapide et efficace car le volume d’heures supplémentaires va permettre de satisfaire rapidement la hausse des commandes. Mais que se passe t’il puisque nous avons signalé qu’elle doit faire face à des pics de demandes régulièrement :

  • Les collaborateurs réalisant des heures supplémentaires voient une contrepartie directe en bas de leur fiche de paie mais l’augmentation des plages horaires travaillées les fait accumuler de la fatigue sur le court-terme…ce qui se ressent indirectement sur leur efficience !
  • A chaque nouveau pic de demande, le même schéma se met en place, c’est un cercle vicieux. Les collaborateurs fonctionnent « à l’énergie », enfin ce qu’il leur en reste car ce schéma est devenu habituel et la fatigue du court-terme se transforme peu à peu en fatigue au long cours.

C’est ce que j’appelle la solution de l’immédiat et du temps court : l’entreprise est dans la réactivité et non dans la proactivité. Il s’agit du remède symptomatique qui résout simplement et rapidement le problème mais qui peut masque de nombreux autres sujets tels qu’un manque d’anticipation des commandes, une politique de stocks ne permettant pas d’absorber des pics de la demande, etc. J’ai choisi dans cet exemple une approche centrée sur l’évolution des processus menée avec les collaborateurs afin d’améliorer les processus de production, l’efficience des collaborateurs et d’augmenter ainsi la production et les stocks de sécurité. C’est ce que j’appelle la solution du délai et du temps long : l’entreprise est dans la proactivité !

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Et l’Agilité… ?

Le terme d’Agilité a émergé durant les années 2000 par l’essor qu’elle a pris dans le domaine de la conception logicielle, sur la base du « Manifeste Agile », un document réalisé par plusieurs experts de ce domaine afin de faire évoluer les pratiques dans leur domaine. Il s’agit là d’un apport important mais qui ne doit pas occuper tout l’espace : j’entends par là que l’Agilité ne se limite pas au développement logiciel et qu’il n’a pas fallu attendre le « Manifeste Agile » pour qu’elle existe !

L'Agilité n'est pas récente…et heureusement pour nous ! Elle consiste notamment à s'adapter au mieux à l'environnement dans lequel nous évoluons. Si les entreprises dans lesquelles nous évoluons existent, c’est qu’elles ont su s’intégrer dans le marché et s’y maintenir en s'adaptant en permanence aux changements, tant exogènes qu’endogènes. L'écosystème (collaborateurs, clients, fournisseurs, etc.) livre ses feedbacks rapidement et l'entreprise peut ainsi adapter ou non chacun de ses dispositifs.

Par exemple, la mise en vente d'un produit ne convenant pas aux attentes de la clientèle est rapidement sanctionnée par des ventes décevantes. Une entreprise agile intègre alors rapidement ces informations pour mener des actions immédiates (par exemple, baisser le prix du produit en question) ou différée (par exemple, en cherchant comment et pourquoi le produit n'a pas répondu aux attentes afin d'intégrer ces données pour les prochains produits à concevoir).

L’Agilité repose avant tout sur les individus et les interrelations qui existent entre eux dans une vision résolument optimiste de l’être humain où celui-ci où chacun souhaite collaborer au sein de son écosystème. Elle s’appuie aussi sur la responsabilité et l’autonomie des individus afin de travailler ensemble pour atteindre un but. Avant d’être une méthode ou bien un terme à la mode (qui en devient vidé parfois de sons sens…), l’Agilité est avant toute philosophie qui remet l’être humain au cœur des systèmes.

Et notre question initiale…

Nous avons fait ensemble une rapide découverte de la Systémique et de l’Agilité. Dans un précédent article (http://www.atout-dsi.com/agilite-tactique-ou-strategie/) , je m’interrogeais sur la nature tactique ou stratégique de l’Agilité en entreprise et au fil du temps, j’ai fait le lien avec l’archétype systémique qu’est le « remède symptomatique ». J’y soulignais que l’Agilité peut sembler tactique (ou en tout cas espérée comme telle par ceux qui pensent qu’il suffit de la décréter pour qu’elle fonctionne immédiatement dans un temps court) mais c’est oublier les pré-requis nécessaires au développement de l’Agilité : autonomie des équipes, capacité à décider, volonté de travailler ensemble, focus sur les interrelations, etc.

Vous en conviendrez, ces points, s’ils ne sont pas présents dans l’écosystème, demandent du temps pour se mettre en place, c’est un véritable changement qui se décide, s’accompagne et prend du temps avant de livrer ses fruits… C’est en cela que j’avais conclu que l’Agilité est une stratégie d’entreprise à part entière car elle nous invite à raisonner sur un temps long.

La boucle est bouclée si j’ose dire : nous avons vu que l’archétype de « remède symptomatique » privilégie une solution immédiate sur un temps court sans s’attaquer aux sujets de fonds dont l’horizon est un temps long. Alors, l’Agilité peut-elle être un remède symptomatique ? Dans certaines situations, notamment dans le cadre du développement logiciel et sur des périmètres restreints, l’Agilité et ses méthodes peut être un remède symptomatique. Par exemple, face à un développement logiciel qui piétine, l’intervention d’un coach agile peut redresser la barre et aider l’équipe à venir à bout du sujet qui l’occupe.

Mais un véritable coach agile soulignera son action court-terme, ponctuelle et locale, il devra mettre le doigt sur les sujets de fonds qui ont amené à son intervention : manque d’autonomie des équipes, structures pyramidales déresponsabilisant les individus, centralisation du pouvoir de décision, vision en silos, etc.

En conclusion, l’Agilité peut être tentée comme un remède symptomatique dans de nombreuses situations, mais ses résultats risquent fort de demeurer provisoires et hélas éphémères. L’Agilité doit s’inscrire dans un temps long pour que les entreprises développent leur compétitivité de demain… Agilité et Systémique sont indiscutablement complémentaires : la Systémique met à disposition de l’entreprise et de ses parties prenantes les outils nécessaires à la compréhension de la complexité intrinsèque de son écosystème et des interrelations en son sein, ce qui n’est pas le cas de l’Agilité.

Auteur

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Diplômé en informatique, actuellement Consultant Freelance en Management des Systèmes d’Informations, Jérôme HABRANT a évolué ces 15 dernières...

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Jérôme Habrant

Diplômé en informatique, actuellement Consultant Freelance en Management des Systèmes d’...

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