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Et toi, combien d'heures tu travailles ?

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Combien d’heures travaille-t-on ? Quelle est la productivité horaire des salariés ? Est-ce qu’être productif est lié au nombre d’heures travaillées ? Le sujet peut paraître anodin, mais est au cœur de la politique RH d’une entreprise. Moritz Erhardt a fait les frais de cette politique chez Bank Of America : il est décédé après 72 heures de travail en continu, à 21 ans. Epileptique, une fatigue aussi grande lui fut fatale. A l’extrême opposé, certains employeurs laissent volontiers les employés dormir durant la journée.

Il existe donc des pratiques très différentes. Nous allons voir le cas de la France puis quelques pratiques novatrices, et enfin parler du fond du sujet : quels facteurs dictent le volume horaire journalier ?

Mais au fond, est-ce qu’au travail, on travaille ?

Les principes sont simples : la durée du travail est fixée par la loi ou par la culture d’entreprise. On considère qu’à partir du moment où l’employé est à disposition de l’employeur, sans possibilité de vaquer à ses occupations personnelles, il travaille. Rien n’est moins vrai. A tous les échelons, nous consultons Facebook, Instagram, plusieurs fois par heures. Nous consultons frénétiquement notre téléphone plusieurs centaines de fois par jour, pour échanger avec nos proches, durée pendant laquelle nous ne travaillons pas. Le cas du télétravail montre bien que la frontière entre temps de travail et temps personnel est très poreuse.

L’automatisation des tâches à déjà et va continuer à bouleverser le travail humain. En effet, l’autonomisation est la suite de l’outil. Le premier outil, c’est la main. S’occuper d’un champ à la main et avec des outils prend moins de temps et permet une meilleure productivité. Aujourd’hui, il existe des tracteurs intelligents. Dans ce contexte, pourquoi attendre beaucoup d’heures d’employés dont on remplace progressivement le travail ? Récemment, Google a montré au grand public les capacités d’assistance de l’agenda. Conséquence induite : le poste d’assistante, déjà profondément modifié par l’invention d’Outlook et sa fonction calendrier, est voué à prendre de moins en moins de temps.

Que fait la France concernant le temps de travail ?

Le premier temps de travail réglementé en France concerne les enfants : le 22 mars 1841, le travail des enfants de moins de 8 ans est interdit, et limité à 8 heures entre 8 et 12 ans. 

Avant le 2 Mars 1848, la journée de travail n’était pas bornée temporellement par la loi. Le nombre d’heures variait donc chaque jour, pour chaque personne. Entre le 02 Mars et le 09 Septembre de la même année, la loi de 10 heures propose que le temps de travail soit de 10 heures à Paris, et 11 heures dans le reste de la France. Après le 09 Septembre, elle passe à 12 heures pour tout le monde. Le 03 Juillet 1916, le travail des femmes de moins de 18 ans de nuit est interdit. L’histoire récente modifie encore le temps de travail : la semaine de quarante heures du Front Populaire, le passage à 39 heures sous Mitterrand, puis les 35 heures de Martine Aubry depuis 2002.

Mais pourquoi changer les heures de travail : but citoyen contre but étatique

La genèse de la loi de 1848 est bien sûr de calmer la révolte. Les motifs officiels sont le risque de ‘se ruiner la santé’ et d’ ‘empêcher de cultiver son intelligence’. (Carrey 1848 :47). A l’époque, pas de contrat de travail, encore moins de Code du Travail. C’est donc une des premières règles établies pour tous.

Mais alors, comment mesurer que tout le monde fait bien le bon horaire, ni trop ni trop peu ? Le 25 Mai 1848, une enquête nationale est lancée, dont les résultats ne sont pas exploitables : les réalités du travail en France sont encore trop hétérogènes. Les raisons plus contemporaines de la diminution du temps de travail sont très différentes : il s’agit de travailler moins pour être plus nombreux à travailler, le but est donc de diminuer le chômage. 

De nouvelles pratiques : réduction des heures pour tous, pouvoir s’inspirer des autres, et même faire la sieste au travail !

1 : Le ‘Five-hours workday’ de Jonathan Elliot est une expérience : il a proposé à ses employés de faire des journées de 5 heures, sans changer leur rémunération. Conséquences principales : les jours d’absences posés ont très largement diminué, et le chiffre d’affaires reste stable. La conséquence se ressent également sur le recrutement : avec des journées de 5 heures, il est impossible de se cacher, ou de ne rien faire de productif pendant des heures. Cela permet également de supprimer le besoin de rester tard au travail, pour éviter une perception négative de la part de ses collègues.

Faire ce choix, c’est donc entrer dans un monde plus calme, où il n’est pas grave d’attendre, et c’est dire non à l’instantanéité. Cela s’appuie également sur le fait que diminuer le temps de travail va venir effacer le temps sans productivité (à relire ses mails, à aller sur Facebook…). 

2 : Mais faire ça dans son entreprise reste compliqué. Ne vous en faites pas : la France a la solution. Il existe un répertoire des bonnes pratiques françaises sur le temps de travail. Nous pouvons évoquer quelques entreprises : Cap Gemini a signé un accord en 2011 concernant la possibilité de télétravail. L’objectif était de réduire le temps de trajet et que les employés puissent organiser eux-mêmes leur travail dans la semaine. La Poste a signé un accord similaire, avec des objectifs différents : réduire la durée des transports, donc diminuer les dépenses et la fatigue des personnes, donc améliorer la qualité de vie au travail.

Le bilan de ces exemples est qu’il faut non seulement prendre une décision sur ces thèmes, mais également avec les bons motifs, et non pas pour suivre une tendance générale.

3 : La possibilité de faire des siestes au travail est également en vogue en ce moment, bien qu’elle soit par exemple inscrite dans la Constitution Chinoise depuis 2004 : article 43 Working people in the People’s Republic of China have the right to rest.

La sieste au travail est donc controversée dans certains pays Occidentaux, comme les Etats-Unis, quand elle est normale en Espagne, ou en Chine. 

Attention toutefois à ne pas succomber à l’attrait marketing du nouveau. Ainsi, Tim Ferris est très connu pour avoir proposé "une semaine de 4 heures". Même si l’engouement marketing était au rendez-vous, rien ne prouve l’efficacité réelle d’un modèle si extrême en entreprise.

Mais alors, qu’est ce qui dicte le nombre d’heures travaillées ?

Au Moyen-Age, le temps de travail d’un agriculteur et d’un artisan n’était pas le même. Le travail du premier était rythmé par le nombre d’heures d’ensoleillement, et le deuxième par le nombre de commandes. De plus, les journées n’étaient pas rythmées de la même manière : l’agriculteur avait plus de pauses, car son travail était physique, et dur, et perdre un travailleur signifie alors moins de productivité donc de rentabilité pour le propriétaire. Les facteurs sont cohérents, et le nombre d’heures total est simplement indexé à la réalisation totale de la tâche à la faire, qu’importe le nombre de journées.

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Le graphique ci-dessus montre le nombre d’heures travaillées dans l’année pour les pays de l’OCDE en 2016. On y remarque le pays travaillant le moins, quantitativement, est l’Allemagne, suivie par la France, avec un décalage d’une centaine d’heures annuelles. Les USA sont quasiment à 400 heures de plus que l’Allemagne, tandis que la Russie atteint presque les 2 000 heures annuelles. Bien évidemment, ces courbes varient en fonction de la structure de l’emploi et de leur qualification, mais elles montrent aussi que la productivité d’un pays est décorrélée du nombre d’heures effectuées par les employés le composant. 

Ainsi, en entreprise, il est facile d’endiguer une augmentation de masse salariale, en demandant plus aux salariés présents. Cette vue néanmoins ne présente pas une vue exhaustive des dépenses de l’entreprise, car elle ne comptabilise pas les coûts induits : le nombre de journées maladies posées, le nombre de démissions suite à une baisse de la qualité de vie au travail (QVT), le stress et la pression supplémentaires, et enfin ne favorise pas un équilibre vie privée / vie professionnelle optimal.

Rappelons que les heures de travail d’un cadre se limite rarement aux heures de bureaux : on vérifie nos mails avant de sortir du lit et avant de dormir. C’est d’ailleurs pour cela qu’un droit à la déconnexion fut créé, suivant le rapport de Monsieur Mettling, alors DRH d’Orange. 

L’Université Nationale Australienne a trouvé en 2017 qu’une semaine de 39 heures, au lieu d’une semaine de 48 heures, était préférable pour rester en bonne santé plus longtemps. L’enjeu est donc plus qu’économique, il est culturel : il est nécessaire de dissocier la qualité du travail et le nombre d’heures passées pour le réaliser. En outre, être productif, ce n’est pas travailler beaucoup quantitativement. L’enjeu réel est donc de compresser la journée pour enlever les éléments superflus, qui sont en train de faire penser à toute une génération que son travail est inutile. 

Ne garder que les heures nécessaires pour faire le travail, pour laisser du temps aux citoyens, tout en produisant pour participer à la vie économique de l’entreprise.


Sources : 

https://www.cairn.info/revue-geneses-2011-4-page-70.htm

https://data.oecd.org/emp/hours-worked.htm

https://www.ft.com/content/63f07438-4e12-11e8-9471-a083af05aea7

http://www.anu.edu.au/news/all-news/a-healthy-work-limit-is-39-hours-per-week

Auteur

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Analyste RH

Alexis est en Master 2 en double diplôme Grenoble Ecole de Management et l’IRIS.

Il  a travaillé pour AXA en Strategic...

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Alexis Noroy

Analyste RH Alexis est en Master 2 en double diplôme Grenoble Ecole de Management et l’IRIS. Il  a...

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