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Comment repenser aujourd’hui l’organisation ?

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L’organisation à travers les âges : comment repenser aujourd’hui l’organisation ?

« Organisation » un sujet clé dans l’histoire des entreprises  

Dans son livre sur l’histoire de l’entreprise, Michel Drancourt associe explicitement l’entreprise organisée à la seconde révolution industrielle à partir du début du siècle précédent[1]. La question de l’organisation devient un sujet central dans l’entreprise au même moment qu’apparaissent le management, les MBA américains et les cabinets de conseil. Les influences de Frédéric W. Taylor, d’Henry Ford et surtout d’Alfred P. Sloan sont essentielles. Ce dernier décrit sa double action à la tête de General Motors à la fois dans le développement du marketing et la rationalisation de l’organisation[2]. Si à la fin de son analyse Drancourt met en avant la déstabilisation des modes de managements classiques (changements de politiques depuis les années 70, impact du digital, nouveaux modes de management), il rappelle aussi que sur le long terme, trois invariants ont toujours dictés le développement des entreprises : être rentable, vendre et s’organiser

L’organisation est ainsi une dimension incontournable des entreprises. A compter du XIIème siècle et pour 600 ans, c’est un nouveau modèle d’organisation qui se développe – nous pourrions l’appeler corporatiste – qui domine tant dans les campagnes que dans les villes qui prennent de l’importance. C’est le développement des artisans, des corporations autour de la construction des cathédrales. Plus tard, ces principes sont appliqués au développement commercial international avec les comptoirs avec dans certaines parties du monde (Inde, Amérique Latine). Force est de constater que ce modèle d’organisation cohabite avec l’ancien modèle (exploitation) qui hélas aura durant des siècles une triste prolongation.

3 grandes vagues de refonte des organisations depuis deux siècles

C’est dans le courant du XIXème siècle que les entreprises prennent une forme moderne avec une organisation par direction. Ce qui nous parait une évidence de nos jours a en fait moins de deux siècles. Il s’agit en soit d’une phase de transition avec la création d’une entité au sein des entreprises chargée de planifier, anticiper, consolider, structurer … bref une direction d’entreprise. Cette phase est marquée par une rationalisation sans précédents dans les entreprises, rationalisation associée à la création des directions et même des directions générales distinguant ainsi les tâches courantes, opérationnelles de celles de planification et d’organisation.[3] Avec la 2nde révolution industrielle se développe l’organisation hiérarchique qui se construit à la fin du XIXème siècle et va être le modèle de presque tout le XXème siècle avec le développement des organigrammes, des titres, du contrôle de gestion, etc. Ce modèle est depuis les années 90 progressivement remis en cause, en réponse aux lourdeurs administratives liées au développement des technostructures. Le modèle du XXIème siècle est en train de se créer. Il n’a pas encore de nom a proprement parlé mais dans un premier temps nous pourrions l’appeler une organisation antibureaucratique. Depuis 30 ans, plusieurs mots-valises sont apparus pour indiquer cette volonté de changement : l’organisation doit être apprenante, flexible, agile, par projet, transversale, collaborative, virtuelle, partagée, etc. sans qu’aucun de ces mots n’apporte la synthèse globale.

Une convergence de la réflexion de l’organisation pour les entreprises

Face à ces défis pour appréhender l’organisation des entreprises, nous assistons au développement d’une production intellectuelle riche sur le sujet, un foisonnement rare qui sert les entreprises. Trois types d’acteurs réfléchissent aux changements des organisations : les chercheurs des grandes écoles, les chercheurs des think tanks et les consultants. Ces acteurs disposent de quelques grands points communs. D’une part au travers de leur production intellectuelle (ce sont des « professionnels du savoir »[4]); ensuite dans leur mode de financement; et enfin, une orientation du travail autour de la résolution de problèmes (le concept de « courtage stratégique » de Thomas Davenport).

Ainsi chacun de ces producteurs « intellectuels » s’inscrit dans une dimension temporelle et spatiale différente. Ils sont amenés à se rencontrer voire à travailler ensemble car au final, ils sont là pour aider leur client (ou partenaire ou membre) à prendre les bonnes décisions en fonction de leur connaissance des différents univers (société, management, entreprises, organisation). La force de ces acteurs est de pouvoir apporter cet éclairage varié. Entre complémentarité et diversité. Il devient de plus en plus fréquent, de trouver des espaces communs de travail, de partage des réflexions entre ces acteurs notamment sur l’organisation des entreprises. Ainsi, se développement des espaces de partages des analyses sur l’organisation (des portails internet comme researchgate, The Conversation ou bien sur la HBR dont la partie internet a renforcé le fait d’accepter des contributions de différents types d’acteurs). Au-delà, le développement des chaires de recherche des grandes écoles (avec le financement d’entreprises), des publications dites de « thought leadership » associant chercheurs et responsables d’entreprises ou de cabinets (Mc Kinsey Quaterly, BearingPoint Institute), les contributions des entreprises aux think tank moins axés politiques et plus entreprises (Institut Montaigne en France) illustrent ce travail de fond. Chacun de ces acteurs analyse les organisations selon un prisme particulier (l’impact géopolitique et culturel, l’ingénierie méthodologique, les tendances managériale).

Chahutée, challengée, parfois contestée mais surtout en pleine mutation, l’organisation des entreprises et donc au cœur des enjeux des transformations actuels des entreprises et de leur écosystème[5]. On peut ici prendre le pari que d’ici 20 ans nous ne parlerons plus de la même manière de l’organisation de nos entreprises. 


[1] Drancourt, Michel, Leçon d’histoire de l’entreprise de l’antiquité à nos jours, PUF, 2002, 333 pages. Sa troisième partie à partir de 1908 s’intitule « l’entreprise organisée »

[2] Alfred P. Sloan, Mes années chez GeneraL Motors, Hommes et Techniques, 1967. L’année 1908 est souvent considérée comme l’année 1 de l’entreprise organisée : création de Général Motors, lancement de la Ford T qui symbolise l’approche scientifique du travail, l’université d’Harvard commence sa réflexion sur le principe pédagogique des études de cas, etc. C’est aussi en 1908 que le mot organisation prend le sens de « ensemble des personnes qui appartiennent à un groupe organisé » utilisé en science de gestion. 

[3] Peter F. Drucker insiste sur l’importance de cette période charnière en Allemagne dans La nouvelle pratique de la direction des entreprises, Editions d’organisation, 1975, 870 pages

[4] Lire à ce titre Bouchez, Jean-Pierre, Le management invisible, autour des travailleurs du savoir, 336 pages, Vuibert, 2008.  .

[5] Huet, Jean-Michel, Lahaire-Marcouyoux Christine, Organisations des entreprises : quels changements ?Editions Pearson, juin 2019, 192 pages

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Jean-Michel Huet est associé au sein du cabinet BearingPoint

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Jean-Michel Huet

Jean-Michel Huet est associé au sein du cabinet BearingPoint Jean-Michel est diplômé de Neoma...

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