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Le pire du néo-paternalisme

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En ce mois d'août, rafraichissons-nous un peu la mémoire avec ce texte initialement publié le 29/12/2015


Il est patent que les modes de management que nos parents et grands parents ont connu – et l’on peut remonter de plusieurs générations encore – réapparaissent à intervalles réguliers dans l’histoire des organisations – sous des vocables relookés, s’entend ! –, tant il est vrai que les modèles de gouvernement des hommes sont finalement en nombre assez limité. Attardons-nous ici sur un mode qui a connu diverses fortunes : le paternalisme.

Le paternalisme traditionnel

Le paternalisme ancestral dans l’entreprise, extension professionnelle du pouvoir de « papa », pouvait sereinement partir :

  • soit d’un “bon” sentiment : « je sais ce qui est bien et bon pour mes collaborateurs, et faute de consentement de leur part, je vais le leur imposer ». Pour leur bien, évidemment ! Et cela pouvait être très sincère ! Cela pouvait même être relativement inconscient, dans certains cas, chez des personnalités très charismatiques – on dirait aujourd’hui : « ayant un leadership fort ». Sic !
  • soit d’une nécessité, compte tenu du faible niveau d’éducation, de formation, de professionnalisme et de responsabilité de collaborateurs trouvant leur doux refuge dans l’exécution infantile des ordres, autant que dans les bonnes grâces de leur mentor vénéré.

Et parfois des deux : on a tant besoin qu’on ait besoin de nous, quand on est le papa ou la maman « en chef » ! (Ne rigolez pas : c’est bien le terme employé, à ma grande surprise, par nombre de représentants des soi-disant générations Y et Z : « chef » ! Comme quoi…)

Il faut rendre à César ce qui est à César : de grands capitaines d’industrie trouvèrent dans ce paternalisme bienveillant une certaine voie d’accomplissement, innovant même parfois certains progrès sociaux avant l’heure !

Une pratique résurgente du pouvoir

Mais enfin… on aurait pu croire que toutes les modes de management (désolé pour les néologismes qui vont suivre…) relationnelles, organisationnelles, transverses, performatiques, stressantes, matricielles, compétentielles, chaotiques, transactionnelles, leaniques, coachiques, leader-shipiques… et même “libérées” intervenues depuis lors, auraient eu définitivement raison de cette pratique d’un autre âge ! Que nenni ! Nos bons vieux mammouths, aussi effarouchés par la révolution digitale, la transformation profonde des mentalités et les attentes nouvelles des entreprises que par leurs lointains souvenirs de l’ère glaciaire (Command and Control)… s’assoient sans vergogne, leur quarantaine bien confirmée, sur toute notion d’évolution du monde. Seule concession à la modernité : les mamans mammouths sont devenues aussi consciencieuses, dans leur perversité dominatrice, que les papas mammouths.

Le néo-paternalisme cynique

Car la forme contemporaine du paternalisme ne peut plus trouver l’excuse de la bienveillance. Elle est opportuniste et, pour tout dire, cynique.

Ce « néo-paternalisme », donc, comprend deux phases :

1) Casser les personnalités et en faire des clones volontaires. La lâcheté du subordonné est une condition sine qua non... sinon il faut « sortir » – gentiment si possible, méchamment sinon – toute personne récalcitrante.

2) La lâcheté étant avérée et vérifiée à intervalle régulier par des brimades courtes et efficaces, il faut abonder de reconnaissance, de valorisation et de récompenses vis à vis de lui. On en fait alors un être dépendant qui vous doit tout. Prêt à tout pour vous ! Bien entendu, on aura soin de veiller à la soumission totale : la moindre initiative manifestant un début de confiance en soi et d’assurance doit être immédiatement laminée par un engueulo humiliant, si possible devant l’équipe.

Mais elle comprend aussi une condition : dissimuler, vis à vis de l’extérieur, le fonctionnement interne de l’équipe. Car c'est aussi un genre qui se dissimule, dans l'état actuel de nos gouvernances "éthiques". Il faut donc recourir à l'intrigue et aux politiques d'alliance, pour assurer sa protection en haut lieu, où – le cas échéant de dévoilements critiques – il faudra apparaitre en victime d'un complot. Il y a du Docteur Jekill et du Mister Hide, dans le paternalisme cynique.

État d’urgence

Ainsi, à l’heure où l’entreprise « libérée » (Sic !) surfe sur la vague de la toujours populaire remise en cause du pouvoir vertical, ces managers paternalistes n’hésitent pas à en épouser les thèses dans leurs discours, avec ce jeunisme de bon aloi dans le personnal branding désormais en usage… pour mieux faire le contraire dans leurs actes, sous la motion d’un principe de réalité par eux-mêmes revisité.

Si l’on n’y met pas un coup d’arrêt, la pression constante qui en découle sur un collectif de travail totalement assujetti peut alors aboutir… au pire.

Dans ces cas là, il y a urgence humaine vitale !

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018