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Ce n'est qu'un job, quoi !

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Le propos est sans doute un peu banal, mais réussir à trouver un équilibre de vie dans les conditions du travail moderne semble devenu, pour nombre d’entre-nous, une gageure ! La majorité des cadres passent le plus clair de leur temps sur leur lieu de travail. Et encore, combien d’entre-nous parviennent-il réellement à s’extraire de leurs soucis professionnels, une fois rentré chez eux ? Que de week-ends partagés entre un pénible “working-end” et un difficile “working-start” !

Le travail dévoyé

Notre mode de vie est plus trépident que jamais… et le stress quotidien est le salaire de nos investissements excessifs. De nos investissements maladroits. De nos investissements inutiles. De nos surcharges volontaires, simplement parce que la logique qui préside à l’activité dite « moderne » – qui nous pénètre comme par osmose depuis des années – est une logique essentiellement quantitative. Une logique du toujours plus. Toujours plus avec moins… de moyens. Dans un monde où toute baisse de rythme est immédiatement perçue comme une faiblesse, où partir le soir avant les autres – et pourtant déjà après l’heure normale – nous fait regarder en coin et nous vaut souvent les sarcasmes acides de nos bienveillants collègues, il est de plus en plus difficile d’avoir une vraie vie, surtout depuis que le bluring a pénétré nos pratiques digitales !

Un bien… lorsqu’il est à sa place !

Comprenons-nous bien : je ne dis pas que le travail n’est pas une dimension importante de la vie humaine. Outre le fait qu’il nous permet de gagner l’argent nécessaire, il constitue un lien social constructif, par les échanges instaurés avec d’autres professionnels ; un lien citoyen et politique, parce que notre travail peut contribuer à un bien commun ; il procure également un lieu de création et de développement personnel, lorsque les conditions s’en trouvent réunies. J’affirme en revanche que le travail n’est qu’un moyen et qu’il convient de le laisser à sa place dans cette « vie ». Pour le dire trivialement : ce n’est qu’un job, quoi !

Dire que le travail n’est qu’un « moyen » consiste à affirmer qu’il ne trouve pas sa finalité en lui-même ; qu’il n’est qu’une partie de notre vie. C’est ce qui différencie proprement le travail humain de celui de l’esclave – ou de la machine –, dont la seule raison d’être est la tâche à effectuer. Pour garder un équilibre, c'est-à-dire une certaine harmonie – qui permet au demeurant à chacun de vraiment donner toute sa mesure dans son travail –, il est opportun d’avoir d’autres lieux et d’autres investissements fondamentaux que la seule vie professionnelle.

Le choix de vie est premier

Je donne volontiers aux étudiants que je rencontre le conseil suivant : « choisissez d’abord le mode de vie que vous voulez avoir… puis choisissez votre vie professionnelle – métier, fonction, entreprise, etc. – en fonction de cela. Sinon vous subirez votre vie et deviendrez même de piètres professionnels. » Ceux qui pensent que la performance ne s’obtient qu’au prix d’un repli psychorigide, d’une focalisation exclusive sur leur investissement professionnel, commettent une erreur qui se paie souvent très chère aux heures des échecs ou des drames ; car, comme le disait Claudel, « à force de ne pas vivre comme on pense, on finit inévitablement par penser comme on vit ».

Une vie équilibrée

Il est évidement possible de trouver bien des lieux et des contrepoids pour équilibrer sa vie. Ce qu’il importe de comprendre, c’est qu’un équilibre ne se bâtit jamais sur une seule chose. Nous pouvons identifier par exemple trois composantes assez génériques : une composante familiale, c’est-à-dire le soin porté à une cellule sociale privilégiée et privée, à laquelle on prend une part déterminante ; une composante personnelle, prenant corps dans le développement de talents et de passions qui nourrissent une véritable culture et une motivation vitale ; et une composante professionnelle, correspondant à une insertion sociale motivante et un intérêt financier qui donne les moyens adéquats au choix de vie que l’on a fait.

Certes, tout ne se passe pas toujours exactement comme on veut, dans la vie, mais il est certain que l’on finit toujours par aller, comme disait Saint-Exupéry, « vers là où l’on pèse vraiment ». Il importe, plus que jamais, de « penser » notre vie.

 

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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