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Prenons le bon temps

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Si le théorème de Fermat a désormais sa démonstration, la question de l’innovation managériale fait figure de conjecture et reste un peu la quête du Saint Graal des universitaires et des professionnels de l’organisation. Alors, tout le monde réfléchit et donne son avis sur le sujet. Mais, en termes de management, on a déjà quasiment tout inventé... ou réinventé. Tout vu et revu, tout lu et tout écrit.

Pourtant...

Un tour de magie

Pourtant, Matthieu, notre magicien qui était en train de nous faire son show, semblait confiant. Avec beaucoup d’humilité, il nous avait expliqué que son métier était de se tromper. Malgré tout, il semblait assuré de la réussite de sa mission : nous questionner une nouvelle fois sur notre management.

La manière ?

Cinq gobelets retournés sur une table et un énorme clou que Lucie, sa victime, une personne choisie par le hasard et qui venait de monter sur scène, devait cacher sous l’un d’entre eux.

Matthieu se retourna, le clou fut dissimulé, son pointe énorme en haut, sous le dernier gobelet… Tout le monde l’avait vu.

Puis, Matthieu commença à questionner sa victime qui n’avait qu’une seule obligation : ne dire que « le clou n’est pas sous ce gobelet »... Même s’il y était...

Après un court échange, le magicien commença son jeu. Premier gobelet. "Le clou n’est pas sous le gobelet".

Matthieu la regardait en souriant.

Encore ! "Le clou n’est pas sous ce gobelet". Encore, dit-il en la regardant avec plus d’insistance. "Le clou n’est pas sous ce gobelet".

Et, brusquement, la main du magicien s’abattit sur le gobelet et l’écrasa complètement. Le bruit fit sursauter tout le monde. Matthieu prit les restants du gobelet et les jeta par terre...

Et, à partir de ce moment, ce n’était plus pareil. Lucie, avec qui jouait Matthieu, ne semblait pas vraiment à son aise. Une ébauche de responsabilité en cas de loupé commençait à naître en elle… L’audience était inquiète et tendue.

Second gobelet. Même jeu : "le clou n’est pas sous ce gobelet".

Il éclata de rire et une nouvelle fois, sa main écrasa le gobelet.

Facile, dit-il en souriant. On continue ?

La tension devenait plus palpable dans l’assistance. Ce fut le tour du troisième... Sans tout vous raconter, Mathieu trouva le clou sous le dernier gobelet sans se le planter dans la paume de sa main.

Mais, c’est la question du comment qui est fort intéressante.

En fait, c’est assez facile, nous expliqua-t-il. J’use d’un mélange de temps fort et de temps faible.

Le temps fort, c’est quand nous sommes vraiment dans le jeu. Quand je montre le gobelet et je pose la question, par exemple. Je suis dans le cadre de mon intervention, dans mon personnage de magicien et je fais mon tour.

Le temps faible, ce sont tous les petits moments que vous n’avez pas vraiment vus, ou auxquels vous n’avez pas vraiment fait attention. Par exemple, ça commence quand je me retourne et demande à Lucie si elle se souvient bien de l’endroit où est caché le clou. Inconsciemment, sans y prendre attention, elle jette un tout petit coup d’œil à la droite de la table. Je m’installe donc à gauche. C’est également quand je la complimente sur la couleur de son chemisier, que je crée donc du lien humain... Bref, quand finalement, je suis hors du cadre, que je suis simplement dans la relation.

Alors, l’astuce, c’est quand je suis dans le temps fort et que je ne suis pas certain de ce qu’il y a sous le gobelet ou que j’ai un simple doute, je quitte ce temps fort pour aller dans le temps faible. Et là, Lucie, sans le savoir consciemment, sort de sa posture « figée » pour entrer avec moi dans la relation humaine. Et, je trouve les réponses à mes questions.

Matthieu sourit de l’apparente évidence de sa démonstration.

Un changement de cadre relationnel

Et c’est extrêmement intéressant. Ce que notre magicien nous explique, c’est un peu comme si de nouvelles opportunités naissaient à travers un simple changement de cadre relationnel. Comme si la nouvelle posture faisait baisser la garde et permettait de révéler l’essence même de la personne, dans un autre espace que celui de la relation magicien-victime.

Au bilan, avec ce tour, le magicien nous questionne sur la nature même du management, dont l’essence n’est finalement qu’une triviale déclinaison, contextualisée au monde du travail, de la relation humaine. Et si, aujourd’hui, les frontières et les limites entre mondes personnel et professionnel sont ténues et poreuses, il en est de même, dans la relation, entre temps forts et faibles. Matthieu fait le parallèle entre ce qu’il vient de faire et la relation managériale.

Les temps forts se jouent lorsque le manager, armé de tout son pouvoir de responsable, joue la relation dans un cadre strict professionnello-professionnel : je vous demande ceci ou cela. Les temps faibles, quant à eux, se vivent dans les moments informels de la relation et se nourrissent de son humanité : et si nous en parlions en déjeunant ? Alors, ce dernier film ? La rentrée du petit ? .

Mélanger temps forts et temps faibles

Je me replonge dans mon journal intime car, il n’y a pas à dire, tout ceci me parle vraiment.

Tout d’abord, je retrouve les échanges que j’avais eus avec ce Général de l’armée de l’air.

Il m’expliquait que, pour diminuer le nombre d’accidents par heure de vol, son patron avait décidé de dépénaliser l’erreur. La peur de la punition cédait la place à l’envie de l’échange. Le nombre d’accident a diminué et cette décision étonnante, - Alors donc, on peut donc désobéir dans l’Armée ? – a sauvé de nombreuses vies.

C’est en acceptant la dimension humaine de son personnel qu’il a été possible de diminuer le taux d’accidents par heure de vol. Mais, pas simplement en l’acceptant, aussi en en parlant. Echanger avec les vivants sur les erreurs commises, les partager et en tirer des apprentissages collectifs et individuels. Le temps fort, c’était les débriefings de mission au retour du vol, en combinaison. Dans un moment où le leader est le responsable. Le temps faible, c’était, le soir, après les vols, au bar de l’escadron, avec les échanges de bonnes pratiques et de grosses frayeurs. Ça a sauvé de nombreuses vies, me disait-il.

Puis, en feuilletant, je me souviens de la rencontre avec ce DAF dont le chargé de mission n’arrivait pas à entrer en relation avec un manager d’une Direction opérationnelle. Chacun de deux restait sur sa position, juste de son point de vue, sans pouvoir construire le point de l’échange... Temps fort.

Le DAF les avait convoqués, leur avait donné sa carte bleue en leur confiant une unique et simple mission : choisir un restaurant pour déjeuner ensemble. Une seule contrainte : interdiction de parler boulot pendant le repas ! Quelques jours plus tard, son chargé de mission lui racontait, ravi, que le manager habitait dans son quartier et qu’ils s’étaient trouvés de nombreux points communs. Temps faible...

Et, c’était amusant, me racontait le DAF, un peu plus tard, de les entendre raconter comment ils se retrouvaient désormais, dans le bureau de l’un ou de l’autre, juste pour converser, et combien les dossiers transverses avançaient plus facilement.

J'ai retrouvé de nombreux souvenirs dans mon carnet intime de ce cocktail magique aux deux ingrédients, temps fort et temps faible. Mais, chers lecteurs, vous connaissez déjà sûrement ce juste équilibre entre ces deux énergies. Je suis certain que vous avez sûrement, en tant que DRH, trouvé des moments différents, du temps faible, pour échanger sur des sujets difficiles et construire des ponts de relation entre des positions lointaines.

Je crois vraiment que savoir mélanger, avec intelligence et sincérité, les temps forts et les temps faibles est au moins une nécessité, à défaut d’être une innovation. Et, c’est ainsi, dans ce mélange fort/faible, qu’au bar de l’escadron, s’échangeaient bonnes pratique et grosses frayeurs et surtout que cela sauvait des vies.

Et c’est ainsi que nous autres, DRH, exerçons notre noble métier, avec le doigté unique inhérent aux artistes de notre profession.

C’est sur ce mots que je vous souhaite un très bel été et, si notre cher Patrick Bouvard ne me publie qu’en septembre, j’adresse tous mes vœux d’une très belle rentrée à vos enfants. Bon temps faible ! Et portez-vous bien !

Auteur

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Responsable des Ressources Humaines

Bruno Wierzbicki est ingénieur en aéronautique et pilote de chasse dans l'armée de l'air. Dans sa...

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Bruno Wierzbicki

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