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Stress et angoisse

Le stress correspond en général, comme nous l'avons dit, à un événement extérieur dont la survenue, ponctuelle ou répétée, peut entraîner des réactions physiques et psychologiques ressemblant à un choc, réactions essentiellement variables d'un sujet à un autre.

Plusieurs notions s'en rapprochent. Elles sont très voisines et peuvent se recouvrir, se renvoyer les unes aux autres, voire être presque synonymes, mais nous tenterons de les différencier : angoisse, peur, anxiété, crainte, inquiétude, trac, choc, émotion, etc.; sous une forme plus argotique : frousse, trouille, pétoche, "les avoir à zéro", etc.; sous une forme plus imagée : avoir les jambes coupées, "les bras m'en sont tombés", "ça m'a coupé le souffle", etc.

Tous ces mots traduisent des sentiments, des sensations, qui, comme le stress, entraînent au moment de leur survenue, à un degré plus ou moins accentué, des manifestations d'ordre comportemental et physique : inhibition pouvant aller jusqu'à la paralysie ou au contraire agitation, conduites de fuite, insomnie, tremblements, accélération du pouls, difficultés respiratoires, sensation de constriction thoracique, sécheresse de la bouche, manifestations intestinales diverses, etc. On a pu même y rattacher l'apparition de lésions physiques authentiques et plus ou moins durables, telles que ulcère de l'estomac, maladies de peau, coliques néphrétiques, etc. De même, un choc, quel qu'il soit, peut déclencher un accouchement prématuré.

Tout ceci veut dire que, même si nous nous attachons plus au domaine psychologique de ces différents troubles, corps et esprit ne sont pas séparables et que le premier peut parfaitement "parler" à sa manière.

L'angoisse paraît être l'éprouvé le plus profond et le plus fondamental, finalement lié à l'interrogation : qui suis-je ? Qui est "Je" ? J'ai certes un nom propre, un prénom, un âge, un domicile, quelque signe particulier, comme en témoigne ma carte d'identité, mais est-ce que tous ces attributs suffisent à répondre à la question posée ? Douloureux privilège de l'homme face aux questions de son origine, de son existence et de son destin mortel, questions demeurant radicalement sans réponse et hors savoir, l'angoisse ne saurait être "expliquée", ou scientifiquement mesurée.

Ce sont encore les philosophes qui en ont permis la meilleure approche, mais leur langage et leur jargon en rend parfois la compréhension un peu délicate :

"La veille pose la différence entre moi-même et cet autre en moi, le sommeil la suspend, le rêve la suggère comme un vague néant. La réalité de l'Esprit se montre toujours comme une figure qui tente son possible mais disparaît dès qu'on veut la saisir, et qui est un rien ne pouvant que nous angoisser." (Kierkegaard, "Le concept de l'angoisse")
"Que l'angoisse dévoile le néant, c'est ce que l'homme confirme lui-même lorsque l'angoisse a cédé. Avec le clairvoyant regard que porte le souvenir tout frais, nous sommes forcés de dire : ce devant quoi et pour quoi nous nous angoissions n'était "réellement" rien. En effet, le néant lui-même, comme tel, était là... C'est uniquement parce que le néant nous est révélé dans le fond de la réalité humaine que la complète étrangeté de l'existant peut nous assaillir." (Heidegger, "Qu'est-ce que la métaphysique)

C'est ce qui peut faire dire que l'angoisse est sans objet, liée à cette question que chacun peut être amené à se poser (et liée directement aussi à la question précédente du qui suis-je ?) : quand je dis "Je ne sais pas ce que j'ai, mais je suis angoissé..." , l'index "Je" désigne-t-il le même sujet dans le "Je" qui ne sait pas, le "Je" qui a... quelque chose qu'il ne sait pas, et le "Je" qui est angoissé ? Et, au fond, qui dit "Je" ? Cette question, la Science n'en a cure, idéologiquement orientée vers une "suppression" du Sujet dans la domestication des objets.

L'avènement des progrès les plus souhaitables et les plus nécessaires délivrera-t-il l'homme de l'angoisse, ou celle-ci n'ira-t-elle qu'en s'accentuant, à partir du moment où l'existence ne sera plus dévorée par le problème de sa subsistance et de son confort, et se trouvera vraiment face à elle-même ? Kafka a bien décrit ce monde qui est le nôtre : un univers dans lequel l'homme est prisonnier de réseaux de communication, où l'on côtoie de plus en plus de monde sans rencontrer véritablement quelqu'un.

La peur, dit-on pour la différencier de l'angoisse, est "de" quelque chose, d'un objet (au sens large : peur du maître, des animaux, des voitures), d'une situation (peur de l'obscurité, de la rencontre de l'inconnu) ou d'une représentation, d'une pensée (peur d'un examen, de l'échec, du cancer, d'un accident). Presque synonymes sont, selon le degré, l'effroi, la frayeur, l'épouvante. La peur peut surgir de manière plus spécifique et répétitive, uniquement en présence d'un objet ou d'une situation particulière ; elle s'accompagne alors d'angoisse et on parle de phobie (phobie des araignées, phobie d'être dans un espace clos : claustrophobie, ou au contraire dans un espace très large (agoraphobie).

Crainte, appréhension, inquiétude, anxiété, semblent correspondre plus à des sentiments avant coureurs d'un danger possible, d'une incertitude, d'une mise en alerte. La terreur est un sentiment violent de crainte et peut confiner à la panique, soudaine et souvent sans fondement.

A tous ces éprouvés, l'homme tentera de répondre à la fois par le raisonnement et une conduite adaptée. On peut appeler émotion l'effort fait pour se plier aux circonstances : comme tout état psychologique, elle comporte des faits physiologiques organiques et des faits intellectuels (représentations), c'est-à-dire que, encore une fois, corps et esprit sont indissolublement liés. Elle est en général passagère, parfois durable ; elle peut être agréable ou pénible. On distingue classiquement l'émotion-choc et l'émotion-sentiment.

Certains pensent que l'émotion est un signe de désadaptation à la réalité ; en fait, il faut que, à tout choc inattendu, l'organisme réponde par une adéquation, qui s'opère plus ou moins vite. C'est lorsque la réaction émotive dépasse, en intensité et en durée, ce qu'exige normalement le choc éprouvé, qu'elle paraît disproportionnée à la cause, que l'on pourrait parler de désadaptation à la réalité. Mais la proportion "normale" et la disproportion sont bien difficiles à définir, non "chiffrables", puisque deux personnes ne peuvent ressentir les choses de manière identique, que le même fait pourra entraîner des réactions importantes chez l'un et laissera l'autre de glace.

C'est pourquoi nous devons nous interroger sur le problème de l'adaptation.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018