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Stress et adaptation

L'adaptation est ce qui permet à un sujet de devenir " apte à? ", " capable de? " ou à un objet d'être " compatible avec? ". C'est-à-dire, en fait, d'approprier une chose à une autre ; d'accorder un être à un autre, ou au milieu dans lequel il vit. Elle permet à l'homme de faire face aux différentes conditions de vie, nouvelles ou habituelles, auxquelles il ne peut manquer d'être confronté, c'est-à-dire aux diverses stimulations qu'il peut recevoir de son environnement, quel qu'il soit, stimulations qu'il peut également recevoir de lui-même (par exemple, le malaise ressenti après un cauchemar ne cède pas toujours immédiatement, même à savoir que "ce n'était qu'un mauvais rêve" !).

L'adaptation est une capacité générale de tout être vivant de répondre aux variations de tension obligatoirement engendrées par les excitations externes ou internes de la vie de tous les jours, une réponse de l'homme à ce qui peut venir troubler, agréablement ou désagréablement, l'équilibre intérieur. En effet il existe une certaine constance du milieu intérieur, indispensable pour subsister, qui nécessite une régulation ou homéostasie.

Cette régulation peut être parfaitement inconsciente, comme le maintien de la température dans des conditions climatiques diverses, la constance nécessaire de donnés biologiques ou des fonctions immunologiques, la lutte contre les infections, etc. ; elle n'en est pas moins nécessaire.

Il en est de même sur le plan psychologique. L'homme doit s'adapter à son milieu de façon permanente, car rien n'est, n'a été, ou ne sera fixe en ce domaine, et une vie définitivement adaptée est inconcevable : il n'y a pas d'adaptation totale et définitive.

Nous avons déjà parlé du syndrome général d'adaptation, ensemble des processus que l'organisme met en ?uvre lorsqu'il subit une agression. Lorsque cette dernière est d'une intensité telle qu'une adaptation n'est pas immédiatement possible, on peut parler de "réaction catastrophique" (Goldstein), réaction qui est imprévisible et peut amener les conduites les plus désordonnées.

Cette nécessité d'une adaptation permanente est une des limites de la "liberté" de l'homme, car il reste dans un certain état de dépendance par rapport aux stimulations du milieu. Par "milieu", il faut entendre à la fois l'environnement extérieur, mais aussi, encore une fois, les réactions purement intérieures : le surgissement de l'angoisse peut parfaitement être strictement indépendant de toute agression extérieure. C'est ainsi que même l'île déserte, classiquement refuge rêvé par les amoureux pour échapper, précisément, aux influences du milieu, ne peut apporter que pour un temps... limité le bonheur sécurisant recherché.

Il n'est pas possible de mesurer objectivement la valeur d'une stimulation ressentie par le sujet. Par exemple, chez des enfants ayant des "coordonnées" objectives voisines sur le plan de l'âge, de la fratrie, de la scolarité, du milieu familial, etc., la séparation des parents entraînera autant de réactions différentes qu'il y a d'enfants, car aucun ne peut avoir strictement la même "histoire", le même vécu de son monde, les mêmes rêves, les mêmes désirs, les mêmes projets.

Ainsi l'adaptation est fonction de la personnalité de l'individu, de son histoire, de ses expériences, de sa culture, de ses modes d'entrée en contact avec les objets (personnalité intra ou extravertie, inhibée ou expansive, par exemple).

Nous avons vu que l'adaptation est ce qui permet de " faire face " à une situation qui vient remettre le sujet dans l'insécurité, sous une forme ou sous une autre, et qu'elle est fonction de la personnalité de l'individu, de son histoire, de ses expériences, de sa culture, de ses modes d'entrée en contact avec les être et les objets qui l'entourent.

Le réel, " ce qui est ", vient à être perçu par le sujet sous la forme de l'expérience, où l'image et le mot lui donnent un sens : la " réalité " (avoir "l'expérience" de la réalité, perdre le "sens" de la réalité). Cette distinction entre réel et réalité permet de mieux comprendre l'originalité fondamentale de chaque sujet. Devant une bouteille "réellement" à moitié remplie, l'histoire est bien connue de l'optimiste, qui met l'accent sur ce qui reste, et du pessimiste, qui ne voit que ce qui manque !

Devant tout objet, toute situation, tout "vécu", l'homme peut avoir soit une attitude de rejet, soit des réactions positives.

L'expérience peut lui apprendre la solution du compromis : en effet l'adaptation va beaucoup plus loin, car il ne serait pas possible à l'homme de vivre selon les seules valeurs de "bon/pas bon". Les processus de maturation et l'expérience acquise permettront de nuancer ce jugement primaire et de s'adapter à des circonstances d'insatisfaction ou de souffrance, par exemple : ne dit-on pas qu'on "juge" un homme dans la difficulté et non lorsque "tout baigne dans l'huile", ne dit-on pas qu'il faut un "bon pépin" pour apprendre à vivre ?!

Schématiquement, en face d'une situation concrète, le sujet doit accommoder ses demandes et son désir à ce qui est possible dans le milieu extérieur. Nous examinerons ultérieurement les notions de principe de plaisir et de principe de réalité et leur articulation. Il peut en résulter soit un équilibre et une détente si le milieu extérieur satisfait les désirs du sujet, soit un déséquilibre, une tension psychologique dans le cas contraire. Par un mécanisme naturel d'équilibration, cette tension doit s'apaiser, et il va se produire une adaptation, sinon la tension persistante peut même aboutir à une désadaptation plus durable qui peut même prendre un caractère pathologique.

On peut considérer, schématiquement encore une fois, que l'adaptation peut prendre trois chemins différents :

  1. Le sujet arrive à satisfaire son désir et à vaincre ce qui peut extérieurement s'y opposer. La "victoire" est source de plaisir dans le moment (l'éprouvé du "pouvoir" n'est pas loin).
  2. Le sujet renonce à son désir, ou plutôt à tel objet désiré, sous la pression de la réalité des exigences de l'environnement.
  3. Comme il est rare que la "victoire" soit totale, et la renonciation de même, le troisième chemin consiste pour le sujet à déplacer son désir sur "autre chose", à remplacer l'objet désiré par un autre.
Il s'agit en fait d'une adaptation fausse, car la satisfaction passe par des voies détournées, est elle-même faussée par rapport à l'objet initial du désir. Cette fausse adaptation peut prendre toutes les formes : nier ou se détourner des difficultés, se réfugier dans le rêve ou l'imagination (avec des "si"...), réagir par la colère et l'agressivité, s'engager dans la voie de la soumission servile du fataliste, la voie de l'autopunition, de recherche de la souffrance et de la culpabilité.

Mais le déplacement peut également s'opérer sur un nouvel objet, de nouvelles actions créatrices et fécondes pour le sujet et les autres et c'est ce qu'on pourra appeler la sublimation.

Ainsi, l'adaptation permet à l'homme d'apaiser et de faire disparaître les tensions diverses qui ne peuvent manquer de se produire dans la vie quotidienne, à tel point que, dans un but d'augmenter ses capacités d'adaptation à son travail par exemple, il a pu être question de faire prendre en charge par d'autres les tensions liées à la vie familiale, aux soucis d'ordre privé, etc.

Quelques données psychologiques paraissent maintenant nécessaires pour préciser encore quels mécanismes peuvent être à considérer dans la relation stress et adaptation.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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