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On prend l'ascenseur ou l'escalier ?

Salutations à vous, amis DRH !

En ce moment, on parle beaucoup de professionnalisation et d’ascension sociale. Le législateur souhaite même sécuriser les parcours professionnels pour permettre à tous d’évoluer, de voir reconnues ses compétences, son expertise et son expérience.

Alors, quel moyen de locomotion prendre pour s’élever socialement ?

Je ressors mon journal intime et je me souviens du témoignage d’un responsable RH de l’armée de l’air. Il nous a d’abord secoués en affirmant que dans cette institution publique ils n’aiment pas l’expression « ascenseur social » ! 

Il nous rassure, ensuite, en nous expliquant que, si elle fait bien état d’une augmentation du niveau de vie ou d’une meilleure considération, en revanche, elle ne reflète absolument pas la manière dont celle-ci s’est produite. Pire même : elle l’ignore complètement puisque, dans l’inconscient collectif, le mot ascenseur est lié à un mode de déplacement vertical aisé, mécanique, assisté et sans difficulté. Autrement dit, prendre l’ascenseur social, c’est facile et c’est automatique ! Il semble que rien ne peut limiter la montée et qu’il suffit d’une simple pression sur un bouton pour s’élever et qu’aucun investissement personnel ne soit nécessaire. « Alors, à quel étage montez-vous ? », nous demande-t-il tout en continuant son intervention.

Cette expression d’ascenseur social n’a pas toujours existé, elle a naturellement suivi le rythme du progrès. Auparavant, l’ascension était beaucoup plus musculaire puisque c’était l’escalier social qu’il fallait emprunter pour élever son statut. Et, quelquefois, il était bien raide, cet escalier...

Notre intervenant a envie de nous raconter des histoires. La première histoire, c’est celle d’Éric, qui a grimpé à l’escalier social de l’armée de l’air en commençant par la toute première marche...

Pendant une crise d’adolescence un peu aiguë et malgré sa volonté d’entrer dans l’armée de l’air, Éric quitte le lycée pendant sa Terminale S et cherche de suite du travail. Après une courte mission comme intérimaire aux Pompes Funèbres Générales, au début de l’année 2001, il décroche un CDI en tant que tailleur de pierre. Calme, patient et minutieux, il fait la joie de son employeur qui lui propose de le garder et de le faire évoluer au sein de son entreprise. Mais, comme il le dit lui-même, « ce travail avec la matière, dans des conditions difficiles (eau, froid, poussière, bruit) me fait découvrir que l’acharnement à bien faire quelque chose, je pouvais le mettre au service de ma vie ».

Fin 2001, Éric revient vers sa passion et entre dans l’armée de l’air en tant « seconde classe », c’est-à-dire au tout premier grade de la hiérarchie. Il s’investit dans sa formation militaire et se fait rapidement remarquer pour sa motivation importante. En 2004, il apprend que l’armée de l’air offre l’opportunité aux militaires du rang de passer un concours interne pour changer de statut et intégrer le corps des sous-officiers. « Pour moi qui ai arrêté l’école depuis 5 ans, cela me paraît difficile, mais je travaille, cherche des réponses aux difficultés majeures, demande de l’aide afin de fournir la meilleure prestation possible ». Il réussit le concours dès la première tentative et finit même 5ème de sa promotion. Il est maintenant sous-officier et rejoint Lyon. Il s’intègre rapidement dans son nouveau cadre de vie, mais son ambition n’est pas rassasiée. « Tout le travail effectué ne peut pas s’arrêter là ! »

Pourquoi ne tenterait-il pas l’ultime étape : le concours interne des officiers ? Deux obstacles importants se dressent maintenant devant lui : il lui faut un diplôme d’équivalence baccalauréat et surtout il n’est pas certain d’avoir le niveau requis pour réussir son pari. Éric s’inscrit donc à l’Université de Lyon où, après une année, il décroche son DAEU1 avec mention « assez bien ». Aussitôt, notre candidat s’attelle à la dernière étape de ce marathon promotionnel : la préparation par le CNED, les révisions pendant le temps de travail grâce à des horaires aménagés, 3 heures de cours particuliers pratiquement tous les soirs... Cependant, malgré cette mécanique huilée de formation, tout n’est pas si facile et le découragement le guette constamment : « durant tout ce temps et lors des épreuves, un sentiment de frustration m’envahit face aux autres candidats ou copains qui paraissent « faciles », bien plus cultivés, etc.… ». Mais, il ne baisse jamais les bras. C’est ainsi qu’en mai 2009 arrive enfin la bonne nouvelle : Éric a réussi le concours interne et est admis dans le corps des officiers.

Qui aurait pensé que cette réussite était possible, il y a 7 ans, alors qu’il n’avait aucun diplôme ? Mais, comme Éric le résume lui-même, « ce parcours m’a appris que le travail est une valeur fondamentale de la réussite et qu’il ne faut pas se laisser déstabiliser par l’environnement, les doutes, la peur de l’échec et ne pas abandonner, car cela est contagieux, mais au contraire savoir rebondir, tirer des leçons de nos défaites ».

Je me rappelle que notre intervenant nous tenait en haleine.

Il commence sa seconde histoire, celle de Jean-Pierre, en nous rappelant que la notion d’ascension sociale peut refléter deux facettes : une mobilité verticale au sein de l’organisation (c’est le cas d’Éric), et une évolution de la personne au regard de sa position « sociale » d’origine ou celle de ses parents.

Ce Jean-Pierre est fils d’un ouvrier agricole. Dès son plus jeune âge, il a la passion de l’aéronautique et il passe beaucoup de temps à regarder « décoller et atterrir, depuis la clôture de la base aérienne de Reims, les premiers avions de combat à réaction de notre armée de l’air et la Patrouille de France2 ». Alors, il décide de tout mettre en oeuvre pour réaliser sa passion et devenir pilote de chasse. Afin de limiter les sacrifices financiers que devra faire sa famille, il passe le concours des bourses pour entrer au lycée technique de Reims où il obtiendra brillamment le baccalauréat. Pendant toute cette période, « point de vacances et peu de sorties, car malgré les bourses, les études coûtent cher ». Alors, chaque été, Jean-Pierre travaille dans une ferme pour aider ses parents financièrement. Il effectue ses classes préparatoires à l’École de pupilles de l’air, car il sait que c’est le meilleur moyen pour réussir l’école des officiers. La première année est difficile, car les parents doivent payer les études et, à cette époque, aussi étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, il n’y a ni bourses, ni aides de l’État. Néanmoins, « mes parents feront ce sacrifice énorme, car ils ont confiance en mes capacités ». Ils ne le regretteront pas : grâce à son travail et son intelligence, Jean-Pierre réussit brillamment le concours de l’École de l’air en septembre 1964. Il intègre donc enfin l’armée de l’air pour réaliser son rêve. Mais, l’histoire ne s’arrête pas là. Ses qualités humaines et professionnelles lui permettront de réussir de manière exemplaire dans les postes les plus exigeants, parfois les plus périlleux, comme le commandement de la Patrouille de France, de l’opération Épervier au Tchad ou celui de la base aérienne d’Al-Ahsa pendant la guerre du Golfe. C’est au regard de cette performance exceptionnelle et de cette réussite sans défaut, que le Général Jean-Pierre Job, fils de simple ouvrier agricole de Fresne-les-Reims, est nommé en Conseil de ministres, chef d’état-major de l’armée de l’air, c'est-à-dire au poste le plus élevé de la hiérarchie militaire.

Notre intervenant conclut son intervention en soulignant que le parcours de Jean-Pierre Job est également un exemple représentatif d’une ascension exemplaire basée uniquement sur la reconnaissance de la compétence, de la performance et de l’excellence, sans que d’autres paramètres comme la situation financière, familiale ou les relations viennent en troubler le jugement. « On ne juge que l’homme, pas d’où il vient. Et c’est lui qui déterminera où il ira »...

Enfin, il nous fait remarquer que les armées font partie des rares entreprises dans lesquelles, du Directeur Général au plus modeste collaborateur, tous les salariés portent le même habit. Et, pour lui, cette uniformité met bien en exergue l’égalité des chances, l’équité de traitement et le fait que ce qui importe au final, c’est uniquement le résultat des actions menées, la pertinence des réflexions et non l’historique du parcours ou la provenance généalogique de l’individu...

Je viens de poser mon journal intime. Je réfléchis à ce chapitre et j’ai envie de vous poser une question à vous, mes chers amis DRH : plutôt que le laconique et assisté « à quel étage je vous dépose ? » du liftier blasé, ne vaut-il pas mieux demander à ses collaborateurs : « Jusqu’où souhaitez-vous aller et, pour ce faire, jusqu’où allez-vous vous investir et utiliser votre potentiel ? »...

Sur cette question, je vous salue bien, amis DRH. À bientôt et d’ici là, portez-vous bien !

1 Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires.
2 Allocution de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, pour l’adieu aux armes du Chef d'Etat-major de l'armée de l'air, le général Job, sur la base aérienne de Reims, le 22 octobre 2002.

Auteur

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Responsable des Ressources Humaines

Bruno Wierzbicki est ingénieur en aéronautique et pilote de chasse dans l'armée de l'air. Dans sa...

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Bruno Wierzbicki

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