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Michel et Augustin : recette d'un climat émotionnel positif (Partie 3/5)

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Après l'esprit tribal et l'écosystème propice, voici la suite de notre étude sur le climat émotionnel au niveau organisationnel. Aujourd'hui, deux nouveaux ingrédients à incorporer : l'esprit entrepreneurial et la notion d'exigence. 

#5 - Encourager l'esprit entrepreneurial

L'esprit d'entreprendre est une configuration mentale et émotionnelle propice à la performance. C'est un état composite : plusieurs leviers doivent être actionnés tels que l'audace, l'optimisme, le désir, l'autonomie, pour n'en citer que quelques uns. 

Une organisation qui encourage cet état d'esprit, qui fournit les moyens à ses employés de s'en approprier les valeurs et qui prône que chacun est "le patron de son propre chantier" va obligatoirement favoriser l'émergence d'un écosystème entrepreneurial. 

En la matière, l'autonomie est un levier émotionnel qui libère les énergies. Parce qu'il alimente directement et abondamment le sentiment de liberté, il créé les conditions de la performance et de l'innovation. Un talent bridé, contraint dans ses marges de manoeuvre, entravé dans l'exploitation de son potentiel par un cadre trop rigide ou une hiérarchie trop lourde ne sera pas en mesure de s'exprimer pleinement. Il est important de prendre conscience que la non autonomie ainsi que que le sentiment de non liberté sont extrêmement inhibiteurs et qu'ils empêchent les individus de donner la pleine mesure de leur talent. 

Les conditions nécessaires

Bien entendu, encourager l'esprit entrepreneurial n'est pas sans danger. Si les objectifs sont flous, que la vision des leaders est incohérente et que les valeurs de l'entreprises ne sont pas alignées, il sera dangereux de donner une trop grande liberté aux salariés car ceux-ci agiront comme des electrons libres, incapables de converger vers des ambitions communes. 

L'autonomie oui. Mais l'autonomie avec du sens. 

Le désir et le plaisir sont deux autres composantes émotionnelles qui s'activent lorsque le sentiment de liberté est présent. Parce qu'il se fixe lui même ses propres limites et qu'il bénéficie de la confiance de l'entreprise, le collaborateur est enclin à placer la barre plus haut, à tendre vers des buts élevés. Il jouit d'une énergie supérieure parce que ses sources de motivation sont intrinsèques, parce qu'il va chercher celles-ci en lui plutôt que d'attendre que l'on les lui donne. L'individu chez qui l'on cultive l'esprit d'entreprendre aura tendance à se connecter à ses propres valeurs et à puiser dans ses véritables ressources personnelles.                   

A l'inverse, une personne qui possède un sentiment d'autonomie déficitaire sera plus attentiste et bénéficiera de moins d'energie propre : le désir n'est jamais aussi puissant que lorsqu'il nait au fond de nous-même. Il constitue alors une formidable source de motivation et d'action propice à alimenter l'esprit entrepreneurial. 

Qui plus est, cette liberté d’esprit qui est la marque de fabrique des leaders et des personalités charismatiques va engendrer des effets secondaires très positifs sur l’estime des collaborateurs. Lorsque le top management considère ses ressources Humaines sous le prisme “intrapreneurial”, cela a pour effet de responsabiliser les individus. Ils deviennent donc chef de leur business unit et responsables des réussites comme des revers. Cette posture alimente fortement l’estime des employés car elle sous-entend que l’entreprise leur fait entièrement confiance. Voilà pourquoi le fait d’encourager l’esprit d’entreprendre en interne est vecteur de performance : cela dope l’estime et la confiance et induit une configuration émotionnelle solide sur laquelle il est possible de bâtir des aventures ambitieuses. 

Ingrédients solubles

La notion de plaisir liée au sentiment d'autonomie se révèle être un formidable carburant émotionnel. Il est en effet évident que le fait de jouir quotidiennement d'une certaine latitude dans son travail est de nature à procurer du plaisir. Celui-ci agit tel un morceau de sucre plongé dans un café, il se dilue dans l'entreprise et y rehausse du gout : le gout d'entreprendre et de contribuer à une aventure collective. Là encore, la contagion émotionnelle joue pour beaucoup : l'autonomie, le sentiment de liberté, le désir, le plaisir. Autant de fréquences émotionnelles dans lesquelles va infuser l'ensemble des collaborateurs et qui vont renforcer le climat émotionnel positif de l'organisation. 

Témoignages de trublions :

Michel, cofondateur : "Il y a fondamentalement une sensibilité particulière des employés à l’aventure entrepreneuriale" 

Aurélie, responsable RH : "une culture d’entrepreneur avec deux fondateurs qui insufflent cet esprit (...) où chacun est patron de son secteur, de son chantier (patron du chantier vente, du chantier comptes clés, du chantier produit etc)."

Un des trois critères de recrutement est le côté entrepreneur que l’on appelle "brillant", c'est à dire être visionnaire, sortir de ses ornières, aller plus loin".

Charlotte, responsable des relations clients, partenariats et réseaux sociaux : "Changer de boite ? j’y ai pensé mais une fois que l’on vit cela comment vivre autre chose derrière. Je pense plus à une aventure personnelle".

Amaury, responsable du développement commercial : Je me sens totalement autonome et libre, libre de décider mes orientation et ma stratégie (...) à l’extérieur je m’identifie plus comme un entrepreneur".

Nicolas, responsable du contrôle de gestion : On est très très responsabilisé, pas de micro-Management, une grande importance est accordée à la prise de responsabilité (...) on est là pour créer notre propre job, je suis l’artisant de ce que je veux faire".

#6 - Rehausser le niveau d'exigence

Corolaire logique de l’esprit entrepreneurial, l’exigence est une notion clé du dispositif Michel et Augustin. 

Se montrer exigeant envers ses collaborateurs suppose avant tout de leur donner les moyens d’exprimer leur potentiel. Cadre de travail, outils technologiques, moyens financiers et Humains, mais aussi disponibilité, support documentaire et formations. L’exigence ne se décrète pas, elle se cultive. C’est un curseur que l’on travaille à maintenir en haut tout en s’assurant que les individus soient en mesure d’en assumer la charge.

Une entreprise qui s’efforce de développer la culture intrapreneuriale va logiquement demander plus à ses employés. Il s’agit d’une vraie logique ROIste qui cherche avant tout à obtenir un retour sur investissement. Plus d’autonomie contre plus de performance, plus de confiance contre plus de responsabilité. L’exigence légitime engendre un engagement et un investissement personnel supérieur. 

De manière sous-jacente à tout ceci existe ce que l’on nomme l’économie émotionnelle. Une forme de marché où s’échangent non pas des valeurs monétaires mais plutôt des valeurs émotionnelles. Il faut savoir que cette économie régit toutes nos relations, qu’elles soient familiales, amicales ou professionnelles. Lorsque vous donnez votre confiance à quelqu’un, vous attendez que votre interlocuteur vous donne la sienne. Idem lorsque vous accordez votre amitié. Constamment, notre cerveau établit une mesure de ces échanges afin de savoir s’ils sont équilibrés, si nous ne sommes pas dans une position bancale, voire lésée par rapport à ce que nous recevons des autres. Et il en va ainsi avec toute la palette émotionnelle et sentimentale qui compose les relations Humaines. 

L’exigence qui émane d’une direction vis à vis de ses employés obéit à ce même schéma : pour que cette équilibre fonctionne, il faut que les salariés de l’entreprise aient la perception que ce que l’on attend d’eux soit justifié au regard de ce que l’organisation porte à leur crédit. Impossible de maintenir un niveau d’exigence élevé si l’économie émotionnelle penche en défaveur des collaborateurs. Il faut que l’organisation alimente constamment cet équilibre grâce à de la confiance, de la considération et du respect. 

Il est donc primordial, pour toute entreprise qui voudrait intégrer la valeur exigence à son ADN, de veiller scrupuleusement à ce que l’économie émotionnelle qui régit les rapports entre le top management et les employés soit bien équilibrée. Au risque de provoquer un désengagement de ces derniers, en plus que d’occasionner des problèmes de stress. 

Rehausser le seuil d’exigence permet également de repousser les limites de la zone de confort. Mécaniquement, les individus seront plus enclin à aller chercher des solutions au-delà de cette sphère de commodité. Ce qui se révèle excellent pour l’innovation et pour l’atteinte de performances hors norme. L’émulation collective qu’entraine ce rehaussement de seuil va alimenter de manière très positive le climat émotionnel de l’entreprise, créant un cercle vertueux empreint d’enthousiasme, de gout de l’effort et de sentiment de dépassement de Soi.

Témoignages de trublions : 

Charlotte, responsable des relations clients, partenariats et réseaux sociaux : « Quand on prend un poste, on prend tout ce qui va avec ».

Amaury, responsable du développement commercial : « La culture d’entreprise en trois mots ? Convivialité, amitié et exigence. 

L’exigence est ici bien plus forte qu’ailleurs (…) il y a une très forte transparence depuis le début de l’aventure que les fondateurs essayent de préserver (…) l’esprit collectif et non compétitif créé de la sécurité (…) il y a une solidarité : si quelqu’un progresse c’est parce que tout le monde à voulu qu’il progresse. 

On vous demande de vous mettre en avant et d’être plus performant que les concurrents, d’avoir toujours une idée nouvelle et ça vaut pour tout le monde, c’est cela qui créé l’émulation. 

On est dans une logique de réussite, de croissance, je ne pense pas un seul instant à l’échec du coup ça donne un peu plus confiance. 

Revers de la médaille, les petits échecs ne sont pas forcément très bien vécus… parce qu’on devient le maillon qui à dysfonctionné. 

Si le côté amitié est confortable, le côté exigence l’est moins car il faut se dépasser en permanence ».

Nicolas, responsable du contrôle de gestion : « La culture d’entreprise en trois mots ? Enthousiasme, dépassement de Soi et acceptation de la différence : chacun garde sont atypicité, met en valeur la richesse de son parcours (…) cet écosystème me pousse à me dépasser, tout le monde rame dans la même direction, on se sent entouré d’une « dream team ».

Conférenciers. Auteurs de l’ouvrage « mobilisez vos ressources émotionnelles pour la réussite » à paraître aux éditions Dunod.intelligence-emotionnelle.fr

Auteur

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Luzi Joël & Sean

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