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Les remèdes possibles au stress

Pour gérer son stress, une multitude de conseils peuvent être donnés : "Prenez distance", "Ne vous culpabilisez pas", "Affirmez vous !", "N'acceptez pas n'importe quoi", "Dites au patron ce qu'il en est !", "Prenez des moments où vous ne pensez plus au travail !", "Séparez bien votre vie privée et votre vie professionnelle !"?

Mais il faut pouvoir suivre ces conseils ! Celui qui en est capable est bien heureux, et d'ailleurs il n'en aura pas besoin puisqu'il est peu ou pas "stressable" : il peut s'affirmer, prendre distance, affronter le patron, ne pas se laisser monter sur les pieds, oublier les difficultés au travail dès qu'il en est sorti !

Dans la réalité, nous y parvenons de manière irrégulière, en fonction de facteurs qui évoluent au cours du temps. Il est de bon sens que l'état physique n'est pas négligeable et peut jouer un rôle puisque nous avons vu que le stress a aussi des répercussions organiques et que ces dernières ont automatiquement une composante psychologique. Cela est d'ailleurs valable dans tous les domaines de la vie. Les conseils restent à la discrétion de chacun (sommeil, alimentation, sport, philosophie, relaxation? etc.). Mais comment pouvez-vous bien dormir, par exemple, quand vous pensez sans arrêt au licenciement que vous pressentez ? (Certains sont même susceptibles d'apprendre qu'ils n'ont plus place dans leur entreprise quand ils constatent qu'ils ne figurent plus sur son organigramme hebdomadaire !!!).

Dans cette perspective, il est également bien connu qu'il faut se méfier du tabagisme, de l'alcoolisme, voire de la prise de drogues (psychotropes ou autres produits encore plus douteux?), qui ne peuvent qu'apporter une détente illusoire et passagère, changeant simplement l'aspect du problème sans le solutionner, mais peuvent amener à des assuétudes très contraignantes. Si on ne peut l'éviter, à tout le moins faut-il toujours le faire sous l'autorité et la surveillance d'un médecin.

Premièrement, en ce qui concerne les servitudes liées à la profession, le problème est d'essayer de cerner ce que représente pour moi le travail que je fais. Est-ce une corvée dans laquelle je me sens personnellement peu ou pas impliqué ? Est-ce au contraire quelque chose d'essentiel dans ma vie, les inconvénients passant à l'arrière plan ? La motivation est sans doute un élément important de la résistance au stress. Pour reprendre l'exemple du boulanger : est-ce que de me lever à 2 heures tous les matins prend le pas sur le fait que je vais préparer du bon pain frais et des croissants pour satisfaire mes clients ?

Nous pensons qu'il est du rôle du chef d'entreprise de veiller à réduire au maximum les difficultés de cette nature. Certains facteurs sont certes incompressibles, mais le fait qu'ils soient dits et appréciés à leur juste valeur est déjà un remède, car c'est une reconnaissance de la personne dans ses difficultés, beaucoup plus importante que le versement éventuel de primes, dans un caricatural : "Je te paye et tais toi !" Mais là encore, chacun vivra très différemment les difficultés inhérentes à sa profession, de même que les "avantages" offerts, l'argent étant en première place pour certains, pour d'autres les temps de repos par exemple.

L'habitude, l'entraînement, l'apprentissage, la formation permanente, la culture, le perfectionnement sont aussi des éléments importants dans la gestion des difficultés liées à la nature du travail. Il y a de multiples façons de procéder, mais la trame commune à toutes réside dans le fait de ne pas ou moins " subir " la réalité. Et il vaut mieux, en la matière, s'appuyer sur son inventivité et sa capacité d'adaptation que sur des moyens extérieurs et artificiels.

Il existe, bien sur, un certain nombre de méthodes dont on peut faire usage ; mais elles ne sont jamais déconnecté de ce que chacun est, dans sa personne et dans ses conditions de vie.

Deuxièmement, abordons les facteurs liés au contraintes de la fonction et des objectifs en jeu. Il faut bien dire que nous trouvons là le stress le plus positif, car il correspond généralement à une stimulation professionnelle. Sa saine gestion n'est alors pas forcément orientée vers une diminution, mais vers sa canalisation sur des axes porteurs.

La gestion du temps peut être déterminante. En effet, les grands enjeux sont souvent assortis d'une grande quantité de choses à faire dans un timing très serré. Une planification rigoureuse et soignée, tenant compte d'une hiérarchie entre l'ordre d'importance et l'ordre d'urgence, ainsi que des caractéristiques subjectives de l'intéressé, permet dans une large mesure d'éviter les effets de panique liés au cumul désordonnés des exigences.

Eut égard à l'ampleur de la tâche, souvent génératrice de stress, il est possible d'adopter " la technique des pierres " : le maçon qui veut construire une cathédrale et qui se représente l'ensemble du travail à faire ne commencera jamais le premier mur, tant il ne saura où donner de la tête. Mais s'il concentre son regard sur la pierre qu'il est en train de poser, puis sur la suivante? et ainsi de suite, il construira la cathédrale. Bien entendu, il a besoin d'un plan d'ensemble, mais il doit ensuite ramener son attention sur chaque pierre, pierre par pierre.

Les risques encourus en cas d'échec ou de difficultés peuvent être relativisés, afin d'éviter qu'ils finissent par occuper tout le champ de conscience. Dans cette perspective, on ne saurait trop conseiller à chacun de ne pas fonder tout son équilibre sur sa vie professionnelle. Le maintien et le développement d'activités ou de projets extra professionnels est un moyen efficace pour laisser chaque chose à sa place ! La réduction du temps de travail peut en fournir l'opportunité plus aisément qu'avant.

On peut ajouter ici qu'une vie culturelle soigneusement entretenue est généralement source d'une certaine sérénité dans les activités que l'on mène. On dit que " la musique adoucit les m?urs ", mais cela est également vrai pour les autres arts, ou pour la recherche intellectuelle, historique? etc. Un homme cultivé est celui qui est capable d'attribuer à chaque chose le poids qui lui convient, et de la laisser à sa place. Les exigences de la vie doivent mesurer celles de la profession, et pas le contraire. Albert Einstein écrivait, dans ses Conceptions scientifiques, morales et sociales : " Il me paraît inacceptable de traiter l'individu comme un outil mort. Le développement de la capacité de juger et de penser d'une manière indépendante devrait toujours figurer au premier rang. " Ce que la psychologie appelle " être en référence interne ", et non sans arrêt en soif de reconnaissance externe, ce qui finit par être très éprouvant. " Si un homme s'est rendu maître des principes fondamentaux de son sujet et à appris à travailler d'une manière indépendante, il fera sûrement son chemin et sera, en outre, mieux capable de s'adapter aux progrès et aux changements ".

Rappelons que c'est en définitive cette capacité d'adaptation qui est la faculté première de lutte contre le stress. Apprendre à se tenir " en référence interne " en donne la liberté intérieure.

Troisièmement, abordons les facteurs que l'on peut dire, pour résumer, liés à " l'ambiance de travail ". Ils sont généralement très difficiles à saisir et à maîtriser, d'autant que certains restent parfaitement ignorés des responsables. Il nous paraît non négligeable qu'il puisse exister dans l'entreprise un auditeur " neutre " qui écoute, prenne en compte les difficultés, quitte à les relativiser et à aider l'intéressé à les remettre à leur juste place. Serait-ce là le rôle du médecin du travail ? Ou d'un conseil extérieur ? Ou de quelqu'un en interne, qui aurait souci des ressources humaines ?

Comment, par exemple, solutionner les problèmes suivants ? : une personne est mise à l'écart et brimée par son équipe parce qu'elle refuse l'alcool que les autres lui propose ou les sorties communes (comme le dit la chanson : "Il est des nôtres, il a bu son coup comme les autres?") ; quand un tel, étranger à la région, arrive à son travail, que ses collègues se mettent à parler patois et ne lui adressent pas la parole ; tel autre n'est plus appelé que d'un surnom très dévalorisant? On pourra répondre que le premier n'a qu'à se mettre à boire, ou que les autres ont peut-être cherché ce qui leur arrive. Ceci est possible, mais ne rend pas une solution "humaine" plus facile.

Il s'agit là de difficultés relationnelles entre personnes d'un même niveau, parfois entretenues par un ou des supérieurs hiérarchiques qui peuvent y trouver leur compte sur le plan d'une certaine démagogie.

Les difficultés relationnelles entre personnes de niveaux hiérarchiques différents sont aussi difficiles à gérer, et là encore, une intervention externe neutre peut aider. Il faut alors se garder de chercher qui a tort ou raison, de désigner un "fautif", de faire appel à ce qui est bien ou mal, mais plutôt permettre aux personnes de s'écouter et de trouver ensemble un compromis viable.

Pouvoir, quand cela est possible, préparer quelqu'un à un futur changement pour éviter la survenue brutale d'un inattendu (" Nous ne sommes que des pions qu'on manipule ", disent certains !) peut être un élément important de prévention d'un stress possible. De même, la manière de donner les ordres peut aussi intervenir : si l'ordre vient d'une nécessité professionnelle argumentée, il est nettement mieux supporté que si la personne a l'impression qu'il ne s'agit que de l'arbitraire du supérieur.

Toutes ces difficultés peuvent en partie être mises au compte de cette agressivité fondamentale de l'homme que nous avons évoqué précédemment. Bien au-delà de toute recette, c'est une meilleure connaissance de la nature humaine qui permet de ne pas se laisser " prendre " dans une situation relationnelle stressante. Nous pouvons, par exemple, lire " les caractères ", de La Bruyère. Les portraits qu'il décrit avec talent et clairvoyance sont une mine précieuse pour relativiser des situations relationnelles compliquées.

Une fois encore il est préférable, pour gérer ce type de stress, d'apprendre à vivre " en référence interne ", de gagner sa liberté intérieure, comme nous l'avons évoqué la dernière fois, que d'avoir recours à des techniques extérieures, des produits chimiques ou des spiritualités lointaines. Il suffit rarement de prendre seulement la bonne contenance pour résister durablement au stress.

Nous envisageons, pour clore notre rapide panorama, la quatrième série de facteurs de stress : ceux dont l'origine est interne et dont le moteur est inconscient. Ils se présentent sous forme de fantasmes - c'est à dire d'impressions ou de représentations obsédantes, de productions imaginaires perturbatrices - et il n'est pas possible de les éviter puisqu'ils viennent de "Moi-même". Il est en effet très difficile de lutter contre une idée dont on ne peut situer l'origine précise - au delà des prétextes commodes -, et qui envahit plus ou moins tout le champ de la conscience ; une idée qui peut parfois " paralyser " complètement une personne, hors tout raisonnement.

"Il faut se changer les idées", dit-on ; "Pensez à autre chose", "Ce n'est pas vrai, je me fais des idées", "Prenez de la distance, du recul"? Ce sont là des remèdes illusoires puisque ce qui touche à ce niveau là est précisément hors du rationnel, sans base "objective", sans description scientifique possible.

Ne pas rester seul, trouver quelqu'un à qui parler peut aider, car cela permet d'objectiver le " problème ". Essayer d'énoncer ce qui se passe en nous nous permet de prendre du recul et d'y réfléchir plus raisonnablement. Il y a là, par ailleurs, un impact psychologique important ; c'est vieux comme le monde : une oreille qui écoute, même sans essayer d'apporter de réponse, est un soulagement et une sorte de thérapie qui peut vraiment porter des fruits. Cela suppose néanmoins de pouvoir s'appuyer sur une personne de confiance, à laquelle on puisse se livrer et qui nous " délivre " d'un poids.

Paradoxalement, l'écoute des autres est aussi un moyen fondamental de gestion de ce type de stress. Il ne s'agit évidemment pas d'une écoute passive et curieuse, ni de se prendre pour le " psy " de service ! Car alors l'attitude est artificielle, donc inopérante. Il s'agit de considérer nos interlocuteurs comme des personnes uniques, et non comme des individus quelconques. Cela nous fait relativiser un peu nos propres soucis, nous permet d'envisager des points de vues différents, nous sort d'une solitude morbide. Avoir " le souci de l'autre " est une grande force de lutte contre le stress.

Sans compter qu'alors on arrive à gérer son propre stress en se préoccupant d'abord d'éviter de le provoquer chez l'autre !

Une autre solution parfois efficace est de se lancer dans une action ; de "faire" quelque chose pour éviter, par la réalisation d'une quelconque "production", une rumination mortifère sans fin. Le risque en est un activisme permanent, mais en attendant cela peut " déplacer " le problème pendant un certain temps.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018