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La notion de stress

La notion de stress paraît évidente : le terme est largement utilisé pour parler, en fait, de troubles très divers dans leur origine et leurs manifestations. C'est pourquoi nous tenterons tout d'abord de préciser son sens avant de la situer par rapport à d'autres notions telles que la peur, l'angoisse, l'anxiété, l'inquiétude, etc.

Anglicisme apparu en France vers les années 50, "stress" signifie en anglais "effort intense, tension" ; il n'est pas indifférent de savoir qu'il désigne initialement la contrainte exercée sur un matériau et qu'on parle de " stress " quand la contrainte est excessive ou que le matériau est "fatigué", qu'il y a par conséquent risque de déformation, voire de rupture ; cela peut déjà nous interroger sur le sens et l'opportunité de la transposition de ce terme de mécanique à l'homme...

Dans son sens actuel, le stress désigne l'ensemble des réactions consécutives à une agression. Il dépend à la fois de l'agressivité de l'agent causal et des effets qu'il détermine. Ces derniers sont de deux types : spécifiques, c'est-à-dire propres à l'agression, et non spécifiques, c'est-à-dire susceptibles de se produire de façon identique malgré la diversité des formes d'agression, sous forme du syndrome général d'adaptation.

Le terme de stress désigne à la fois l'agent responsable, la réaction à cet agent et l'état dans lequel se trouve celui qui réagit. C'est la réponse de l'organisme aux facteurs d'agression physiologiques et psychologiques ainsi qu'aux émotions (agréables ou désagréables) qui nécessitent une adaptation.

Sur le plan historique, c'est Selye, un médecin canadien, qui a conféré au stress la popularité qu'il a de nos jours. Il avait été frappé du fait que l'organisme réagissait de manière assez identique à des agressions de tous ordres, notamment physiques : chocs des brûlés, choc hémorragique, choc opératoire, etc. et c'est lui qui a donné à ces réactions le nom de syndrome général d'adaptation, avec trois phases :

d'alarme : choc, stupeur, chute de la tension artérielle, accélération du pouls..., le tout suivi d'une phase de contre-choc avec amélioration des signes précédents ;
de résistance, dépendant de l'intensité de l'agression et de la "mise en marche" de mécanismes à la fois nerveux, hormonaux, et immunitaires (à quoi peut correspondre dans le langage courrant la fameuse "décharge d'adrénaline") ;
d'épuisement possible, si les mécanismes précédents sont insuffisants ou carencés.

Il est évident que toutes les agressions auxquelles peut être soumis l'homme n'entraînent pas toutes les réactions ci-dessus décrites, dans leur caractère de gravité, et les capacités d'adaptation sont variables chez chacun. Ce sont leurs transcriptions psychologiques qui nous intéresseront évidemment au premier chef pour les réalités que l'on peut en observer dans les entreprises.

Sur le plan psychologique (qui nous retiendra plus que les affections organiques capables d'engendrer un stress), les difficultés qui peuvent assaillir le sujet humain dans son fonctionnement quotidien sont multiples et l'adaptation nécessaire est constante, et, comme nous l'avons dit, différente pour chaque personne : il est évident que l'incendie d'une maison n'entraînera pas les mêmes réactions chez son propriétaire, chez le simple spectateur et chez le pompier qui a charge de l'éteindre ; ou qu'une agression physique pourra être mieux supportée chez un judoka par exemple !

Pour la commodité, on pourrait différencier les sources de stress selon qu'elles sont accidentelles et ponctuelles dans leur surgissement d'une part, et d'autre part selon qu'elles sont plus "habituelles" en ce sens qu'elles font davantage partie de la vie de tous les jours.

Nous n'insisterons pas sur les premières, car chacun peut avoir l'exemple vécu d'une situation de ce genre (accident, perte d'un être cher, sans aller jusqu'au hold up ou à la prise d'otage...!, sans compter que des événements "heureux" peuvent aussi faire choc : gagner le gros lot du Loto par exemple ...!)

Pour les secondes, on aurait tendance à lier stress et "vie moderne". Certains diront que ce qu'on appelle "vie moderne" n'est ni plus ni moins que la répétition de ce qui a déjà existé dans le passé et qu'il n'y a rien d'exceptionnel dans le vécu actuel. Mais il semble que la nuance péjorative qui reste attachée à ce qu'on appelle cette "vie moderne" est liée plutôt en général aux conséquences négatives des progrès considérables réalisés depuis le début du siècle dernier par rapport à ceux (plus "progressifs" !) des temps plus anciens. L'ère atomique, l'informatique, la robotique, la génétique, les nouvelles technologies de l'information et de la communication, pour ne citer qu'eux, ont pu rendre à l'homme d'incontestables services, mais chacun connaît - ou connaîtra - les revers possibles de toutes ces médailles.

Les progrès de l'informatique sont tellement faramineux qu'ils sont objectivement cause de renouveau permanent pour l'espèce humaine ; il est bien d'être au courrant, à la minute près, de tout ce qui se passe dans le monde, mais la multiplicité des catastrophes (il est plus rare qu'on parle de "ce qui va bien !) finit par introduire souvent une banalisation et une insensibilité nécessaires à supporter tous les flashs qui pourraient, chacun, représenter un stress. Notons en particulier un investissement considérable de l'imaginaire visuel : nous voulons dire par là que le reportage radiophonique d'une catastrophe, par exemple, peut avoir un effet agressif moindre que sa projection en images, que le "choc" des photos peut être plus traumatisant que le poids des mots, que la violence "racontée" peut entraîner des réactions moins "stressantes" que si elle est directement visible.

Il ne faut pas négliger là la dimension de la répétition de "petits" stress qui peuvent sournoisement entraîner un syndrome d'épuisement, ou au contraire, constituer une véritable "vaccination" (comme on disait que les enfants du Viet Nam en guerre arrivaient à ne plus se soucier des alertes et des bombes...).

Le stress correspond à une agression, quelle qu'elle soit, d'ordre matériel ou psychologique, agression capable de faire ressentir à l'homme un état de danger, et il met en jeu les diverses réactions de ce dernier pour la "neutraliser" si possible, en la faisant disparaître ou en s'y adaptant, pour retrouver un nouvel équilibre et une certaine constance, une certaine harmonie du milieu intérieur, une identité sécurisante de lui-même, qui puissent lui permettre de vivre sans difficultés majeures, et, pourquoi pas, dans un certain bien-être : n'est-ce pas, en effet, son bonheur que l'homme cherche avant tout, bien au delà du " nouveau " ?

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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