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La pluie et le beau temps

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Parlez-moi de la pluie et aussi du beau temps…

Je vous l’accorde, Brassens, dans sa chanson, nous encourageait à lui parler de la pluie et non pas du beau temps… Mais en réalité, chacun le sait, parler de la pluie et aussi du beau temps, fait partie des incontournables du quotidien y compris dans la sphère professionnelle.

Oui mais… pourquoi ? N’avons-nous vraiment rien d’autre à nous dire ?

Ou faut-il se résigner à accepter qu’il y ait en réalité derrière le plus banal des sujets une fonction, un rôle que nul autre sujet ne saurait endosser aussi bien ?

J’ai eu hier quatre rendez-vous différents. Chacune des quatre personnes a commencé en évoquant le temps. De quoi se poser des questions, non ? Tout y est passé. Le changement de temps. Les températures qui baissent. La différence de température entre l’accueil de l’entreprise (c’est connu, il y a toujours des courants d’air à l’accueil) et celle des étages…

J’ai même eu droit à « ici, il fait toujours froid l’hiver et toujours trop chaud l’été… », sans parler du  résumé final « on se croirait en plein mois de janvier… ».

Impossible de ne pas remarquer qu’à chaque fois, c’était au tout début de l’entrevue !

Était-ce indispensable de démarrer ainsi ? Incontournable de s’offrir mutuellement un bulletin météo gratuit ? Probablement pas. Mais si nous n’avions pas parlé du temps, de quoi aurions-nous pu parler ? Durant le trajet -jamais très long- entre l’accueil et le bureau d’un rendez-vous, difficile de se lancer dans un débat de fond !

« Vous avez trouvé facilement ? »

Lorsque nous ne connaissons pas la personne et qu’il s’agit d’un premier rendez-vous professionnel, vous avez sûrement remarqué quelle était la phrase fétiche, première rivale de la question du temps : « vous avez trouvé facilement ? » Question à laquelle on répond toujours avec autant d’hypocrisie que de courtoisie « oui oui, pas de problème ». Vous imaginez répondre autre chose ? Franchement, vous vous voyez rétorquer « c’est une vraie galère pour arriver chez vous, j’aimerai pas venir ici tous les jours » ou pire « ça fait 2 heures que je tourne… Vous êtes vraiment dans le trou du c… du monde ».

Non, non, définitivement, ça ne se fait pas !

Pour être honnête, la demande est parfois injustifiée, ce qui ne fait que confirmer sa dimension « préliminaire ». Quand on me demande si j’ai trouvé facilement alors que le rendez-vous a lieu en plein Paris à 3 minutes de 2 stations de métro, avec le RER en face, qu’il s’agit d’un immeuble de 10 étages donnant directement sur la rue avec le nom de l’entreprise repérable à 600 mètres… Avec tous les objets connectés qu’on porte sur soi aujourd’hui, munis de la fonction GPS, Il y a là encore de quoi se poser des questions…

Ai-je l’air à ce point d’être un incapable ?

Je suis peut-être trop sévère…

Et s’il s’agissait là aussi d’une simple entrée en matière, d’une introduction convenue et incontournable ? Peut-être qu’il n’y a fondamentalement rien d’autre à se dire en tous cas dans les premières seconde d’une rencontre. Peut-être que c’est le lot de toute communication même la plus profonde, même la plus intense de commencer par des banalités, par des évidences faciles. On va bien du général au particulier, on peut bien aller de la superficie à la profondeur, non ?

« Vous avez trouvé facilement ? », « Quel temps ! », « ça va ? » « on fait aller.. ». Une façon d’enclencher le dialogue d’une façon neutre, sans enjeu. On démarre à armes égales et après on verra.

Le point de vue de ma boulangère…

Quoique, parfois, même sur le temps on n’est pas d’accord… En rentrant de cette même journée de travail où tous mes rendez-vous semblaient s’être donné le mot, figurez-vous que même la boulangère de mon quartier semblait complice.

Tandis que je rentrai dans la boulangerie, elle était précisément en train d’évoquer avec une vieille dame la fraicheur du fond de l’air. Contre toute attente, alors que la boulangère pensait trouver des suffrages en condamnant ces températures trop fraîches, elle dût faire face à un autre point de vue. La vieille dame affirma haut et fort qu’elle aimait beaucoup le froid et qu’elle était toujours impatiente de voir l’hiver arriver. La boulangère tenta de masquer son étonnement et donna presque l’impression de se ranger à l’avis de la vieille dame.

Le client est roi.

Mais aussitôt la dame sortie, elle s’empressa de me questionner en me demandant, avec une légère anxiété dans la voix, si moi aussi j’aimais le froid… Et c’était reparti pour la cinquième fois de la journée où l’on me parlait du temps… Dès que j’avouai -sans mal- que j’appréciais particulièrement la chaleur et l’été, la boulangère sembla revivre. Elle confirma ma thèse et nous comprimes vite que nous étions en phase.

Vous imaginez, combien de fois par jour cette même boulangère devait aborder le sujet ?

Que pourrait-elle faire d’autre ? Imaginez que votre boulangère vous demande si vous estimez que le libre-échange est bon pour le développement, cela vous mettrait quelque peu en difficulté, non ? Non pas parce que vous n’avez pas d’idée sur la question (je ne permettrais pas !), mais parce que le temps que vous décliniez votre thèse, que vous donniez quelques arguments et un exemple pertinent, il y aurait probablement une queue de quarante personnes à l’extérieur de la boulangerie et ça, franchement, ce n’est pas forcément bon pour le commerce !

Convenons que, pour enclencher toute conversation, il faut un sujet pratique, non-engageant, et qui puisse être abordé rapidement et délaissé tout aussi rapidement.

Il semblerait qu’on ait tous pris l’habitude de démarrer nombre de communications en douceur.

Regardez ce qui se passe au démarrage de ces nombreuses réunions fertiles qui égayent quotidiennement la vie de l’entreprise… Avez-vous remarqué à quel point, elles s’enclenchent mollement ? On a toujours l’impression qu’on ne peut pas frontalement aborder le cœur d’un sujet, qu’il faut toujours y aller pas à pas, par paliers. Le premier palier commence souvent par un démarrage de prise de parole peu assuré, comme une vieille camionnette qui aurait pris un coup de froid : « Alors.. Bien… Donc… D’abord bonjour à tous… et à toutes bien sûr… Alors…». Pas beaucoup plus riche que « Quel temps de chien ! »

Mais peut-être finalement ne faut-il pas être si critique avec ces introductions générales, ces entrées en matière à petit pas. Peut-être a-t-on besoin d’être en phase avec l’Autre, et que cela passe par une certaine légèreté, un certain détachement provisoire. Comme si c’était le prix à payer pour accéder à des échanges plus vrais, plus profonds par la suite.

Peut-être faut-il même apprécier que dans une société où tout le monde court après le temps, on prenne encore le temps… de parler de la pluie et du beau temps !

Auteur

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Coach en communication relationnelle/ Formateur en prise de parole, gestion du stress, prévention des Risques Psycho-sociaux et...

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Frédéric Levy

Coach en communication relationnelle/ Formateur en prise de parole, gestion du stress, prévention...

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