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Dématérialisation et économie du savoir

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Dans une économie du savoir, la dématérialisation présente des avantages très conséquents, nous en avons déjà parlé, en terme d’accession au savoir en tout lieu de l’espace et du temps. Néanmoins la dématérialisation ne touche-t-elle qu’au support écrit ou graphique, et non au sens qui, lui, n’a jamais été matériel. La connaissance est un devenir qui requiert l’activité d’un être humain.

Pour entendre les tenants et les aboutissants de cette assertion, il est nécessaire de comprendre, sommairement, comment se fait l’acquisition d’une connaissance, et les enjeux qu’elle représente.

Toute approche cognitive pratique prétend s’appuyer sur des «données», c’est-à-dire sur des faits constatables et descriptibles résultant d’une observation ou d’une expérimentation. Elles peuvent être quantitatives («22 % de nos recrutements de cette année ont été réalisés par Internet») ou qualitatives («cet écran est bleu»). Elles peuvent se rapporter à un objet ou à une action… En tous les cas elles se veulent «objectives». Mais l’observation «brute» est rarement possible et les données sont déjà le plus souvent le résultat d’une méthodologie de recueil qui peut être très élaborée et s’appuyer sur des outils complexes : statistiques, dénombrements, probabilités, indicateurs etc. Il ne faut pas en être dupe. Le résultat d’une enquête ou d’un sondage, par exemple, doit-il être considéré comme une «donnée» objective ? A l’inverse, plusieurs résultats successifs obtenus par le même procédé de mesure peuvent être objectivement comparés…

Mais il faut combiner plusieurs données pour donner forme à un message, que nous avons coutume d’appeler une «information». Cette combinatoire relève d’un choix subjectif et arbitraire. Si l’on dit, par exemple, que «seuls 8% des jeunes diplômés français ont obtenu un poste par Internet, alors que 70 % déclarent l’utiliser», c’est loin de constituer une description "objective", c’est choisir de croiser certaines données pour mettre en valeur un rapport et une interprétation particulière ; c’est faire apparaître des réalités ou des angles de vue qui n’apparaissaient pas ou qui étaient dans l’ombre. Encore faut-il que ceux qui reçoivent – ou simplement perçoivent – cette information lui attribuent une «valeur», à un degré ou à un autre, c’est-à-dire lui accorde une «lisibilité».

L’information non lisible – a fortiori non lue – ne se distingue pas du «bruit» ambiant.

Ainsi la somme des documents dématérialisés ne constitue-t-elle pas d’elle même une connaissance exploitable, alors même que la quantité de documents disponibles semblent aujourd’hui sans limite. C’est par exemple le problème d’une recherche sur internet, même si les moteurs de recherche contiennent des systèmes experts de croisement de données : ceux qui en ont établi les règles se sont arrogé le pouvoir exorbitant d’imposer : au mieux le filtre qui leur semble le plus judicieux, au pire celui qui oriente l’utilisateur, à son insu, vers des interprétations moins avouables, disons… plus intéressées.

Ainsi, avec la croissance de la dématérialisation, les problématiques de management des connaissances doivent-elles connaître une attention proportionnelle.

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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