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Le numérique, levier de formation

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En matière de formation, le numérique ne se substitue pas à ce qui existait. Il ajoute de nouvelles modalités d'apprentissage et d'acquisition de connaissances. Il élargit considérablement la palette des contenus accessibles à chacun et rend le salarié autonome dans son parcours de formation. De fait, le rôle de la DRH change. Au lieu de prescrire, elle doit accompagner chacun de façon personnalisée et contribuer à la pérennisation du patrimoine de connaissances de l'entreprise.


Formation : vous prendrez bien un peu de blended learning

La transformation numérique dont il est tant question en ce moment dans les entreprises impacte fortement les directions des ressources humaines. Le domaine de la formation est particulièrement touché. Selon une récente étude du Cercle de l'Excellence RH et du cabinet Deloitte, la mission de la DRH la plus impactée par la transformation numérique est la formation pour 74 % des répondants. En effet, les nouveaux moyens mis à disposition de l'acquisition de connaissances et de la formation aux nouveaux outils, méthodes, technologies obligent la DRH à repenser complètement son rôle en la matière. L'accélération du rythme des innovations donne tout son sens à l'adjectif dans l'expression « formation continue ». Le numérique inscrit en effet l'acquisition de nouvelles compétences et leur partage dans le quotidien des collaborateurs. Si la digitalisation de la formation présente de nombreux avantages, elle pose aussi de nouveaux problèmes que la DRH doit résoudre pour que la formation soit efficace et reconnue comme un des leviers de la performance du collaborateur et de l'entreprise.

Le temps des formations disponibles uniquement en présentiel, choisies sur catalogue une fois par an et proposées voire imposées à des collaborateurs pas toujours enthousiastes, est totalement révolu. Même l'e-learning s'est déjà plusieurs fois renouvelé pour rester attractif et intégrer les nouveautés que la technologie numérique lui offrait. Il est désormais question de « blended-learning », c'est-à-dire d'un cocktail associant e-learning, MOOCs, plates-formes d'engagement, auto-apprentissage, classes virtuelles, serious games, conférences de type TED, intelligence collective, travail collaboratif et cours en présentiel. L'offre s'enrichit chaque jour de nouveaux formats, de nouveaux contenus, individualisés ou collectifs, accessibles à la demande n'importe quand et depuis n'importe quel appareil.

Particularité de ce foisonnement, le collaborateur lui-même devient le pilote de sa formation voire l'initiateur. Il peut choisir les contenus qui l'intéressent et en négliger d'autres, se former pendant son temps de travail ou son temps libre, y consacrer une demi-heure chaque jour ou une après-midi entière pendant la semaine… Tous les salariés ne sont pas à l'aise avec une telle liberté d'organisation. Un trentenaire qui maîtrise parfaitement les outils numériques et travaille au siège de l'entreprise n'aura pas les mêmes besoins d'accompagnement qu'un collaborateur isolé dans son travail pour qui la formation était une occasion de rencontrer ses collègues. La DRH doit donc personnaliser son accompagnement afin d'aider chaque collaborateur selon son profil à tirer le meilleur profit des outils à sa disposition, à respecter l'équilibre vie privée / vie professionnelle et à gérer son autonomie. La souplesse d'organisation que donne la diversité des outils numériques doit contribuer à améliorer l'efficacité de l'apprentissage tant pour le collaborateur que pour l'entreprise.

Beaucoup d'entreprises attendent de cette nouvelle formation un retour sur investissement plus rapide qu'avec les formations en présentiel. A première vue, cette attente est légitime et vraisemblable. Le temps passé par les collaborateurs en transport et en déplacement, la rigidité du planning collectif et le temps de travail consacré à l'acquisition de nouvelles connaissances pèsent sur l'organisation et sur le budget formation. Le numérique réduit ce coût puisqu'il n'y a plus de temps de déplacement ni d'hébergement du cours et des participants, mais il ne faudrait pas imaginer pour autant que le digital n'a pas de coût. Il en a un qui peut s'avérer important au démarrage. La création de contenus adaptés et de qualité demande un travail de préparation important, a fortiori si ces contenus sont produits à l'extérieur de l'entreprise. De même, il ne suffit pas de mettre en ligne des contenus. La création d'une plate-forme de formation qui réponde aux besoins globaux de l'entreprise, c'est-à-dire de chaque catégorie de salariés, nécessite la participation de tous les métiers de l'entreprise.

Se pose aussi la question de la validation et de la reconnaissance par l'entreprise, par la profession ou par le système d'éducation des connaissances acquises en ligne. Déjà certains MOOCs valident le suivi des cours et le passage d'un examen final par un certificat électronique. Mais comment valider la formation suivie par un collaborateur qui aura construit lui-même son parcours en fonction de ses aspirations et de son projet professionnel ? Quelle valeur donner à la participation d'un salarié à un serious game ? Répondre à des QCM suffit-il à témoigner de la réelle assimilation de connaissances nouvelles ? Autant de questions que l'expérience et le temps aideront à résoudre.

Le numérique est un virage important pour la DRH. Il ne s'agit plus de former mais d'accompagner les collaborateurs dans l'acquisition de connaissances et de compétences, de manière continue quelle que soit le stade de leur carrière, et de leur fournir les bons outils pour cela. Cette acquisition de connaissances nouvelles passe aussi par le partage et l'échange d'informations entre collègues. Les outils numériques collaboratifs et les réseaux sociaux d'entreprise (RSE) vont jouer un rôle de plus en plus important dans le processus de formation L'enjeu est de pérenniser le patrimoine de connaissances et d'expérience de l'entreprise, malgré le turnover, de construire et de faire vivre une intelligence collective.

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Sophy Caulier est journaliste indépendante.

Elle écrit sur le numérique en général, mais aussi sur l'innovation, l'...

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Sophy Caulier

Sophy Caulier est journaliste indépendante. Elle écrit sur le numérique en général, mais aussi sur...

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