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Sécurité et expatriation : l'affaire de tous

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L'expatriation présente de nombreux aspects positifs pour les personnes qui la vivent. Elle offre des opportunités exceptionnelles d'interagir avec des personnes d'autres cultures. Les chercheurs et les entreprises s'intéressent fortement aux conditions de réussite d'une expatriation. L'adaptation internationale se trouve au cœur de cette préoccupation. Elle est l'objet de multiples recherches, en particulier sur ses déterminants. Cependant, ces recherches ont négligé les risques associés à certaines mobilités internationales.

Pour les entreprises qui expatrient, la prise en compte de ces risques constitue un véritable défi1. Pour les salariés, accepter une expérience internationale, voyages d'affaires ou expatriation pour quelques années, revient à accepter les risques qui l'accompagnent. Cependant, les personnes en mobilité ne mesurent pas toujours la nature de ces risques ni leur ampleur. La presse se fait l'écho de certains d'entre eux comme le kidnapping ou l'assassinat d'expatriés par des terroristes. La violence de ces actes capte notre attention. Aussi, nous focaliserons-nous ici particulièrement sur eux. Cependant l'expatriation comporte aussi d'autres risques tels que les risques naturels, politiques ou économiques. Tous les individus n'apprécient pas le risque de la même manière. Certains ne se sentent pas concernés alors que d'autres y trouvent une source de préoccupations constantes.

Les entreprises font courir des risques aux expatriés lorsqu'elles les affectent dans des pays où leur bien-être peut être mis à mal, et leur vie parfois mise en danger. Afin d'atténuer ces risques, les entreprises peuvent mettre en place des politiques spécifiques afin de protéger leurs salariés.

La gestion des risques devrait faire partie intégrante de la gestion des expatriés parce qu'elle touche aux principaux aspects d'une expatriation. Une politique complète comprends à la fois des éléments de prévention et de gestion de crise. Les politiques de prévention consistent à minimiser les risques avant qu'ils se matérialisent, alors que la gestion de crise consiste à réduire les conséquences négatives des risques une fois qu'ils se sont matérialisés. Ces politiques incluent l'expatrié et sa famille, et exigent une participation active de leur part. Elles prennent en compte les questions de sécurité aussi bien (1) au domicile familial, que (2) dans les déplacements entre le domicile et le lieu de travail, (3) sur le lieu de travail, et (4) durant les activités liées à la vie privée, loisirs, shopping, et écoles des enfants par exemple.

Ces politiques se fondent sur une politique d'évaluation des risques et elles nécessitent d'être aussi auditées afin d'en mesurer les contours et l'efficacité attendue. Aussi, proposons-nous ci-après de présenter les politiques de gestion des risques par les entreprises selon quatre axes, à savoir, l'évaluation des risques, la prévention, la gestion des crises et l'audit de sécurité.

La prévention consiste à déterminer le type de risques présent dans un pays, une entreprise ou un lieu particulier, et leurs probabilités de se concrétiser, ainsi que leurs conséquences s'ils deviennent réalité. La gamme de politiques est large. Une des premières politiques préventives est d'éviter d'envoyer des expatriés dans des pays dangereux, ou de les rapatrier quand l'environnement devient trop risqué. Quand les entreprises considèrent que l'expatriation est une option difficile à écarter, elles peuvent choisir d'expatrier une personne en célibataire. En effet, il s'avère plus facile de protéger une seule personne qu'une famille. Les politiques mises en place peuvent s'organiser autour de trois phases : (1) des programmes de pré-départ, (2) des pratiques de sécurité dans le pays, et (3) l'analyse d'incidents. Les programmes de pré-départ invitent les salariés à être proactifs quant à la leur sécurité. Ces programmes devraient s'inscrire dans toute formation interculturelle. Ils comprennent notamment des formations de sensibilisation aux questions de sécurité et des conseils pour les expatriés et leur famille concernant leurs comportements dans le pays qui pourraient affecter leur sécurité. Par exemple adopter une attitude discrète en toute circonstance semble primordial. Des formations de self-défense, voire des programmes pour s'échapper d'une attaque ou d'une embuscade en voiture, peuvent être proposés. La formation interculturelle ne se limite pas au pré-départ mais s'inscrit dans les différentes phases de la mobilité internationale selon le principe de la formation séquentielle. Dans le pays, les expatriés et leur famille sont davantage réceptifs à ce type de programme comme ils ressentent les risques plus directement qu'avant la mobilité internationale.

Prévenir revient aussi à assurer les salariés et leur famille contre le risque de kidnapping et de terrorisme. Le coût des assurances augmente dramatiquement dans les pays qui connaissent de nombreux enlèvements. Les assurances peuvent couvrir, en plus des rançons exigées par les kidnappeurs, les honoraires d'experts qui agissent comme négociateurs afin de faciliter la libération des expatriés.

La prévention dans le pays s'organise principalement autour d'une politique de communication constante sur les défis liés à la sécurité. Il s'agit pour l'entreprise d'avoir une base de données complète et à jour concernant l'expatrié et sa famille. Cette base de données concerne aussi bien des informations professionnelles que personnelles. Au niveau professionnel, la connaissance de la langue locale et la personne à contacter en cas de problème s'avèrent importantes. Au niveau personnel, les informations sur l'école des enfants, ou le travail du conjoint doivent être répertoriées. L'enregistrement au consulat contribue aussi à mieux localiser les expatriés en cas de menaces afin d'intervenir rapidement. Fournir aussi à l'expatrié et à sa famille des moyens de communications adéquats pour joindre leur siège ou tout autre contact participe également à leur sécurité. Dans certains pays, des téléphones satellites s'avèrent indispensables. Les moyens de communications mis à la disposition des expatriés doivent être sûrs, afin que des informations sensibles quant à leur sécurité ne soient pas interceptées par des personnes malintentionnées. Enfin des informations régulières peuvent être fournies sur les risques liés au pays d'affectation.

La protection liée au domicile de l'expatrié commence par le choix d'un quartier sûr. Dans certaines situations, la seule alternative revient à vivre dans un complexe sécurisé par des gardes armés. Une protection personnelle peut être fournie, comme des gardes du corps ou une voiture blindée. Une grande majorité des kidnappings se produisent lorsque l'expatrié est prêt de son domicile ou de son bureau. La maison même des expatriés doit être équipée des systèmes de protection les plus modernes. Une attention particulière doit être portée au recrutement du personnel, comme le personnel de maison, ou les chauffeurs. Les expatriés ont aussi besoin d'avoir à leur disposition un plan d'urgence en cas de crise, comprenant les démarches à suivre.

Une politique de sécurité passe également par un suivi de tous les incidents relatifs à la sécurité, même s'ils n'apparaissent pas gravissimes. Noter et comprendre un incident mineur peut prévenir la matérialisation d'un incident majeur.

Malgré la prévention et les politiques de sécurité mises en place, un incident majeur peut survenir. Selon le rapport du Cercle Magellan sur les risques et la sécurité, la gestion de crise comprend cinq composants. Elle nécessite tout d'abord un guide des procédures qui détaille les étapes à suivre en cas de crise. Le deuxième composant consiste à instaurer une unité de crise, ou petite structure avec les partenaires à mobiliser en cas de crise. Le troisième composant consiste à prévoir un plan d'évacuation qui couvre le plus d'options possibles. Il adresse les questions suivantes : qui évacuer, comment évacuer, pour combien de temps, et où. Une assistance psychologique constitue aussi une composante indispensable. La littérature sur l'expatriation montre que l'étape du retour est délicate pour les expatriés dans des circonstances normales. Lorsque des évènements dramatiques mettant en danger la vie de l'expatrié et de sa famille entraînent un retour forcé, une aide psychologique s'impose. Enfin, une communication de crise constitue le dernier composant. La communication interne s'adresse à tous les salariés afin d'éviter les rumeurs et d'envoyer un message positif aux expatriés potentiels, en l'occurrence que l'entreprise sait gérer efficacement une situation de crise. La communication externe s'avère particulièrement sensible en cas de kidnapping.

L'audit de sécurité s'inscrit dans une approche de Sécurité Totale. Comme tout audit, il examine les risques et opportunités liés à la politique de sécurité des expatriés ou l'absence d'une telle politique. Il passe en revue tous les aspects de cette politique, y compris les implications légales pour l'entreprise. Cette dernière peut par exemple informer ses expatriés que l'entreprise ne peut être tenue responsable pour les incidents dus au non respect des normes de sécurités établies par l'entreprise.

Les politiques exposées ci-dessus s'adressent principalement aux expatriés qui peuvent être des cibles privilégiées du fait de leur nationalité et de la fonction qu'ils occupent. Cependant, tous les salariés d'une filiale peuvent être victime de risques tels que le terrorisme ou des maladies particulières, ou la révolte de la nature tels que tremblements de terre, ouragans et autre phénomène météorologiques. Aussi, cette situation pose-t-elle le problème de l'équité, en particulier pour les locaux pour lesquels les expatriés sont des référents. L'approche "sécurité totale" pour les expatriés ne signifie pas toujours "sécurité pour tous", pour "tous les risques" mais la sécurité devrait être "l'affaire de tous", sièges sociaux, filiales, expatriés et locaux.

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1 Cet article s'appuie en grande partie sur le rapport du Cercle Magellan, Commission Risque, Santé et Sécurité, 2004. Il s'appuie aussi sur un article en cours d'écriture en collaboration avec Paula Caligiuri : The dark side of global assignments: Managing risk in a turbulent world.

Auteur

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Professeur – ESSEC Business School

Directeur Académique de l’Apprentissage - ESSEC Business School.

Profil

Directeur...

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Jean-Luc Cerdin

Professeur – ESSEC Business School Directeur Académique de l’Apprentissage - ESSEC Business School...

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