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La réussite sociale : de l'ancien et du nouveau

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Il peut être très intéressant, en une époque où l'on se plaît à dire que chacun à toutes ses chances, de se pencher sur les critères de la réussite sociale ; de comprendre comment un groupe se dote des hommes qu'ils mettront à sa tête. Comment de tels hommes sont-ils repérés ? Leur ascension sociale ne dépend-elle que d'eux-mêmes ? Y a-t-il encore des prédispositions tenant à l'origine sociale, à l'hérédité des charges ou des propriétés, à des systèmes de réseaux, de castes ou d'ordres ? Ces questions peuvent sembler aujourd'hui quelque peu surréalistes, et néanmoins les enquêtes qui sont menées à ce sujet montrent qu'il n'en est rien : l'égalité des chances est une chimère.

Certes, nos sociétés ont considérablement évolué, se sont considérablement ouvertes à de multiples échanges, de multiples mélanges qui rendent les critères de la réussite sociale plus complexes qu'auparavant. Mais la déclaration des droits de l'homme, en proclamant que tous les hommes sont égaux en droit, demeure un idéal et non un fait. Par exemple, les chances de chacun dépendent encore, dans une large mesure, de la position occupée par leurs parents ; les statistiques des grandes écoles à ce sujet sont éloquentes ; et à un niveau inférieur, ceux qui ont déjà un parent dans une entreprise ont cinq fois plus de chances de s'y faire recruter que les autres.

Sans parler de castes, ou de réussite héréditaire, il est avéré que les enfants de ceux qui ont réussi socialement, qui sont membres d'assemblées importantes, politiques, artistiques ou médicales, civiles ou militaires, ainsi que dans les milieux d'affaires où les directions de grandes entreprises, bénéficient de portes d'entrées privilégiées dans les mêmes milieux. Ce n'est peut-être pas d'abord une question de privilèges, mais de niveau d'instruction et de culture dans lequel ces enfants ont été «naturellement» élevés. Lorsqu'on connaît l'importance qu'ont prise les diplômes dans l'accession à des postes à responsabilité, cette condition de base constitue déjà un certain privilège. Certes, l'individu doit toujours faire ses preuves, et il y a de moins en moins de passe-droits ; néanmoins, force est de constater que la poursuite et la réussite des études supérieures est, dans l'écrasante majorité des cas, le fait d'individus issus de milieux favorisés. Les enquêtes statistiques montrent encore que, dans la plupart des pays, ceux qui s'élèvent à un très haut niveau ont un père ou une mère qui exerçait la même profession, et que le terrain leur a été préparé.

La théorie marxiste avait interprété ces phénomènes de manière trop partielle est partiale pour présenter une crédibilité durable. Il est assez naturel que les groupes professionnels se reproduisent d'abord en leurs propres seins. Il est assez naturel également que les individus fréquentent leur milieu d'origine, avec tout ce que ce milieu comporte de signes de reconnaissance sociale. Les ambitions s'y forgent, les désirs de carrière s'y comparent et s'y ressemblent, les croyances et les valeurs s'y mutualisent et s'y renforcent. Et ceux qui sont issus d'un milieu aisé et cultivé ont naturellement davantage les moyens d'y donner vie que les autres. Contrairement à ce que dit l'adage, l'habit fait le moine ; l'habit en question n'est pas seulement affaire de vêtement, mais de bagage intellectuel, de codes de comportement, de style de vie, de conventions et de modes, etc.

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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