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La confiance dans les relations de travail : une chimère ?

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Une chimère est un animal mythologique composé de parties de différents animaux. Unité fantasque et paradoxale d'êtres de nature différentes, elle illustre tant notre difficulté à tout concilier dans notre vie que l'écart qui persiste toujours entre notre désir, nos rêves… et la réalité. Nous pourrions évidemment utiliser cette image pour parler d'un grand nombre d'aspects de notre vie professionnelle, tant le travail moderne est devenu complexe, comme un assemblage hétéroclite nous obligeant parfois à assumer des contradictions qui, à la longue, ne nous laissent pas indemnes. Mais c'est à la question des relations humaines et de la confiance qui leur est nécessaire que cette image nous semble la mieux adaptée.

Dire que la confiance est «nécessaire» aux relations humaines est un fait psychologique et sociologique incontestable : le moindre partage de tâches ou de projets repose sur elle ; et sans elle il serait difficile de travailler avec les autres. La difficulté est toute autre de parvenir à discerner les différents éléments qui la constituent et de trouver leur unité. Regardons donc de plus près ces différents aspects :

  • On pourrait penser – avec la naïveté du débutant – que la sympathie suffit à édifier la confiance. Mais bien s'entendre autour d'un café et se découvrir des intérêts communs ou convergents ne donne que la raison d'un optimisme, pas de la confiance. Il se peut très bien qu'on ne puisse pas s'appuyer sur la personne qui nous est la plus sympathique. Bien plus, la sympathie n'est dans certains cas même pas une condition nécessaire : nous pouvons nous appuyer sur des gens avec lesquels nous ne boirions pas un café ; car après tout nous ne choisissons que rarement les gens avec lesquels nous travaillons.
  • De manière plus maîtrisée, la confiance professionnelle repose premièrement sur un respect commun des règles, ce qui suppose qu'elles soient claires et reconnues de part et d'autre. Ceux qui pratiquent l'escalade, par exemple, le savent bien : la personne qui les «assure» – c'est à dire qui pare à leur chute –, et qu'elle assureront d'ailleurs à leur tour, n'a nul besoin d'être un ami. Qu'en plus elle puisse l'être ou le devenir modifie le caractère agréable et convivial des choses, mais l'appréciation et l'estime reposeront d'abord sur une compétence concrète et éprouvée.
  • Vient ensuite le respect de la parole donnée, c'est à dire le comportement éthique de la personne. Se sentir profondément engagé par ce que l'on dit lorsqu'on promet ou que l'on affirme quelque chose n'est pas la chose du monde la mieux partagée, loin de là ! Le fondement du comportement éthique, là encore, n'est pas d'abord dû à la gentillesse que l'on peut avoir les uns pour les autres, mais au respect que chacun a de lui-même. Quelqu'un qui va jusqu'au bout de ce qu'il vous a dit, de ce à quoi il s'est engagé à votre endroit, même si cela lui en coûte… voilà celui qui est digne de confiance. Car il lui en coûterait plus encore de se renier lui-même. Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on ; c'est applicable en la matière : celui qui ne peut se respecter lui-même dans la parole qu'il donne ne respectera plus, à la première difficulté, ses engagement vis à vis de vous.
  • Il y a enfin une forme supérieure entrant dans la «composition» de la confiance, c'est la solidarité qui peut unir des compagnons d'œuvre, des «camarades», comme dit Saint Exupéry, que l'épreuve a forgé. Le respect de la parole donnée porte sur un agir ou une chose promise. La solidarité porte sur ce que vous êtes vous-mêmes : elle est indéfectible en raison d'un passé commun et de valeurs communes tissées au fil du temps. Elle a une certaine dimension sacrée, c'est à dire qu'elle ne dépend plus des circonstances et des contextes, des environnements et des conjonctures, des intérêts et des conforts personnels, etc. : elle est détachée de toute condition. Comme on dit : «c'est bien parce que c'est vous»… mais sans les hésitations et regrets qui accompagnent habituellement cette parole. Cela ne signifie pas que la solidarité est aveugle et qu'elle doive conduire à n'importe quoi ; mais que la première considération est pour ce que vous êtes, et rien d'autre. Le reste est affaire d'échanges et d'argumentation honnête.

Evidemment, il est rare que chacun de ces aspects trouve une satisfaction pleine et entière, toujours et partout ! En réalité, on atteint le plus souvent des réalités fragmentaires dans chacune de ces composantes, des portions que l'on assemble pour tenter de donner vie à « la confiance » que l'on a envers l'autre. La notion de chimère prend donc ici tout son sens, à condition de ne pas pencher vers un autre de ses sens classiques : la « vaine imagination » ; car il faut tout de même rester optimiste pour rechercher la confiance.

 

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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