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Tirer les leçons de l'expérience

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L’expérience est une des composantes fondamentales du professionnalisme. Elle transforme des connaissances générales ou spécifiques en compétences pratiques. Elle intègre les sources de contingence matérielle et humaine que la théorie ne saurait contenir : avoir suivi un stage de soudure ne garantit pas que l’on sera capable de souder ces deux pièces de métal singulières.

Nous ne sommes pas égaux devant l’expérience

De manière assez étonnante, certaines personnes semblent acquérir très vite de l’expérience, profitant à plein de ses « leçons », comme on dit, alors que d’autres reproduisent indéfiniment les mêmes erreurs. C’est qu’il y a une différence entre « faire des expériences » et « acquérir de l’expérience ». La science et le savoir ne constituent pas, en eux-mêmes, la sagesse.

L’expérience est un véritable mode de constitution de la connaissance, par lequel nous tirons les leçons du vécu, que ce vécu soit individuel ou collectif, passé ou présent. Ces connaissances structurent en grande partie notre système de représentations. Elles orientent, à notre su ou à notre insu, nos choix et nos décisions, nos actions et nos réactions, notre savoir-faire et notre savoir être.

Une démarche « inductive »

En fait, l’expérience suit exactement le chemin inverse de la théorie. Elle ne part pas d’une connaissance générale pour l’appliquer aux cas particuliers, elle part des cas concrets effectivement rencontrés pour en tirer une connaissance appropriée. Cette démarche complexe s’appelle « l’induction ».

Dans la science, la théorie précède toujours l’expérience, et même la dirige. La modélisation est toujours première, même si on n’en maîtrise pas tous les tenants. Transposer cette méthode dans le domaine socioprofessionnel s’appelle la technocratie ; on en connaît les avatars !

Acquérir de l’expérience, au contraire, c’est accepter que le vécu soit un vrai principe de connaissance, même si dans nombre de cas nous pensons et agissons en fonctions de principes que nous n’avons pas nous-mêmes vécus. Nous pouvons en effet prendre nos décisions en fonction d’a priori plus ou moins élaborés, ou en prenant pour acquises des assertions qui nous viennent des autres ; mais encore est-ce par induction que nous validons ces assertions, nous appuyant sur la notion de « confiance » ou « d’autorité ».

Prendre conscience du processus d’acquisition

Au niveau du raisonnement, la logique inductive consiste en une généralisation intelligente et prudente des liens que le vécu nous livre : si A et B ont été plusieurs fois liés, dans les faits, d’une certaine façon, nous en concluons qu’ils seront toujours – ou le plus souvent – liés de la même façon. Ainsi tirons-nous de ce que nous vivons et observons, qui est toujours particulier, circonstancié et ponctuel, des règles générales qui prétendent à une valeur universelle. L’ensemble des dictons et proverbes en sont un exemple ; les leçons de l’Histoire en sont un autre ; nombre de propositions que nous tenons pour vraies également. C’est de cette façon que nous tirons les enseignements de nos réussites et de nos échecs¼ ; C’est encore de cette façon que nous formons et réformons peu à peu, au fil du temps, notre système de représentations, à partir duquel nous pensons et agissons.

Nombre de comportements professionnels sont conditionnés par des processus inductifs (relations clients/fournisseurs ; modes de communications ; styles de management ; modèles d’organisation et de gestion ; conduites de projets…etc.). Et il en va de même pour nombre de comportements individuels ou sociaux. Il importe donc d’en comprendre la nature et la portée.

Interroger nos certitudes

Il importe également d’en saisir les limites, de façon à ne pas opérer de généralisations abusives. C’est une maîtrise qui peut s’acquérir, d’une part en dominant correctement le raisonnement qui la sous-tend, et qui demeure habituellement peu conscient ; d’autre part en remettant régulièrement en cause nos certitudes pour les « frotter » au concret ; cela permet de les confirmer, de les modifier ou de les infirmer au fil du temps. Ainsi l’expérience n’est-elle pas statique, mais devient-elle un apprentissage permanent.

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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