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La notion d’éthique dans le coaching professionnel

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1.Contexte et problématique de l’éthique en coaching

Le métier de coach professionnel se situe à la frontière d’une multitude de domaines des sciences humaines et scientifiques. Comme toute prestation d’accompagnement de personnes, l’éthique professionnelle est un point central dans notre pratique qu’il convient de scrupuleusement respecter. 

Tout serait alors beaucoup plus simple si le ou la Coach avait une extériorité comportementale, cognitive et émotionnelle totale, qui garantirait une objectivé certaine…

Mais voilà, ce n’est pas le cas ! … Le ou la Coach ressent, pense, agit, de la manière qui lui semble la mieux adaptée à chaque situation, et ce malgré sa formation et son expérience : il s’agit donc d’un processus résolument subjectif.

Comment alors évaluer quelque chose majoritairement objectif, avec des critères qui ne le sont pas, et qui plus est, peuvent largement varier selon chaque personne ?

Pour aller plus loin sur la notion d’extériorité du coach envers son client : 

Lorsqu’il accompagne son client, le Coach revêt une posture de neutralité et de non-jugement qui garantit l’extériorité de son action vis-à-vis de la personne accompagnée. 

En effet, le principe de base du coaching est que ce soit le client qui trouve et identifie lui-même les réponses à ses questions (c’est principalement cela qui distingue le  coaching du mentorat et du conseil).

D’une manière pragmatique, le coach accompagne alors son client dans son cheminement personnel en lui posant des questions, suivant une stratégie, une tactique et une intention bien identifiées (les questions d’un Coach ne sont jamais sans raison, il y a toujours un sens).

C’est bien à ce moment là que le paradoxe de la neutralité objective du coach commence à montrer le bout de son nez : 

Sur quelles bases se fonde l’intention du coach ? Pourquoi décider de poser cette question ici et maintenant et pas une autre ? Comment le Coach élabore-t-il sa stratégie ?  

Tout ceci est le fruit d’un processus interne de régulation du Coach, processus à la fois cognitif (les connaissances, les croyances, l’expérience, la formation du coach), émotionnel (le coach ressent et canalise ses émotions) et comportemental (choix des gestes, du volume de la voix, etc).

C’est donc bien la finalité de ce que dit et fait le coach avec son client qui doit être neutre (l’intention) ; le processus interne d’élaboration ne l’est pas. Le développement personnel, la supervision, la formation et la connaissance de soi en sont les garde-fous primordiaux. 

2.Distinction entre déontologie, morale et éthique 

Définitions

Sur l’édition en ligne du dictionnaire Larousse, nous pouvons trouver les définitions suivantes de ces deux notions :

Ethique : 

  • Partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale
  • Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu'un.

Déontologie :

Ensemble des règles et des devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l'exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients et le public.

Dans un second temps, je vous propose de faire la distinction supplémentaire entre l’éthique professionnelle et personnelle dont peut disposer un coach professionnel, les deux n’étant pas toujours similaires. En effet une personne peut-être différente dans le cadre privé que dans le cadre professionnel (ie accepter ou non de faire certaines choses).

Dans ce cas, qu’elle est la différence entre l’éthique professionnelle et la déontologie ? Comment les deux sont-elles conciliables ? C’est ce que nous allons voir dans la suite du chapitre.

NB : les hypothèses et conclusions de cet article sont transposables à d’autres professions.

La déontologie du coach professionnel 

En France, à l’heure actuelle, il existe trois grandes déontologies différentes, emmenant des trois principales fédérations de coaching professionnel à savoir : 

  • L’EMCC (European Mentoring and Coaching Council)
  • L’ICF (International Coaching Federation)
  • SFCoach (Société Française de Coaching)

Chacun de ses organismes dispose de ses propres règles de conduite et codes de déontologie associés, dont chaque membre s’engage à respecter les conditions d’application et de mise en oeuvre lors de l’exercice de sa mission.

Il n’est pas obligatoire aujourd’hui pour un(e) coach professionnel(le) d’adhérer officiellement à une fédération pour exercer, néanmoins il s’agit de signes de professionnalisme, de qualité et de reconnaissance forts qui sont de nature à rassurer de futurs clients  et ainsi dissiper la confusion présente parfois dans l’ensemble des offres de Coaching.

La morale du coach professionnel 

L’éthique du coach professionnel, qu’elle soit personnelle ou professionnelle est unique et donc est différente entre chaque professionnel, à la différence de la déontologie qui elle est plus standardisée et imposée, Les seules limites de l’éthique seraient celles admises communément dans la culture et la société Française et que ces dernières ne viennent pas contredire la déontologie.

En effet La morale (avec un grand “L”) peut être vue comme une sorte de déontologie, mais appliquée dans la vie privée. Il s’agirait donc d’une sorte de déontologie de la vie privée : si le fait d’être un citoyen était une profession, alors La morale serait la déontologie de cette profession. 

La situation particulière du coach professionnel, et notamment son haut niveau de développement personnel, implique qu’il ait intégré ces règles morales dans son éthique personnelle.

Le paradoxe généré

Le métier de coach professionnel demande une forte extériorité cognitive, au sens où les croyances et les valeurs du coach ne doivent pas influencer le client. Néanmoins, au nom de l’authenticité et du professionnalisme du coach, ce dernier se doit d’être lui-même en face de son client, en toute bienveillance et empathie. Il y a donc bien un paradoxe éthique auquel peut se retrouver confronté le ou la coach : accepter le client et ne pas se mentir à soit-même en cas de dissociation marquée entre ce que je suis prêt à accepter en tant que personne (ie au vue de mon éthique personnelle) et ce que la mission me demande en tant que coach (ie aux vues de mon éthique professionnelle et de la déontologie de ma profession). 

3. Proposition de formulation de conditions sur l’éthique du coach

Nous allons distinguer les 4 zones suivantes, chacune ayant une définition associée que nous vous proposons ci-dessous : 

Zone de l’Ethique professionnelle (ZPRO) : 

Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite du coach dans son environnement professionnel (ie “ce que j’accepte en tant que coach”).

Zone de l’Ethique personnelle (ZPER) : 

Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite du coach dans son environnement personnel (ie “ce que j’accepte en tant que personne").

Zone de la Déontologie (ZD) : 

Ensemble des règles et des devoirs qui régissent la profession de coach professionnel, la conduite de ceux qui l'exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients et le public (ie “ce que l’on me demande de faire en tant que coach”).

Zone de travail (ZT) : 

Espace moral de convergence entre l’éthique professionnelle et personnelle, dans le respect de la déontologie. Il s’agit de la zone où le ou la coach professionnel(le) décide de travailler et se sent à l’aise et aligné(e) avec ses principes, ses valeurs et ses croyances (ie “ce que j’accepte comme mission”).

En théorie on devrait donc toujours avoir les deux conditions suivantes satisfaites (figures 1 et 2), ces deux conditions forment ainsi une définition de la zone de travail (ZT) : 

Figure 1 : la zone de travail définie par l’éthique personnelle et professionnelle du coach 

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Explications figure 1 : La zone de travail correspond à la rencontre de l'éthique personnelle et professionnelle. C'est à dire, le coach accepte de travailler avec le client sur un sujet donné (zone de travail) si et seulement si le sujet en question est en accord avec son éthique professionnelle ET personnelle.

Figure 2 : la zone de travail par rapport à la déontologie  

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Explications figure 2 : La zone de travail pourra être plus grande que la zone de la déontologie, mais elle devra toujours inclure l’intégralité de la zone de déontologie (obligation pour le coach de respecter l’ensemble de la déontologie). Dans d'autres thermes, le coach professionnel pourra décider de travailler sur un sujet avec un client de la manière qui lui semble la plus adéquate si et seulement si la déontologie ne l'interdit pas explicitement.

Le respect des conditions des figures 1 et 2 donne la figure suivante de synthèse de l’éthique du Coach  

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Retrouvez plus de détails sur les équations de l’éthique du coach professionnel dans l’ouvrage : 

" Bon ou Mauvais ” Coach Professionnel en entreprise ? Une frontière éthique, comportementale et interpersonnelle – Florent POULET - août 2019

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Ingénieur Conseil, Coach Professionnel certifié RNCP niveau 1

- expert en Management, Organisation et Conduite du changement

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Florent Poulet

Ingénieur Conseil, Coach Professionnel certifié RNCP niveau 1 - expert en Management, Organisation...

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