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Des sportifs dans l'entreprise ?

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Les compétences des sportifs sont-elles transférables à l’entreprise ?

Je défendais l’idée dans mon précédent article (Recrutement : pourquoi parier sur un ancien sportif ?) que l’entreprise devait donner sa chance au sportif, au nom de toute l’expérience professionnelle acquise dans sa pratique sportive à haut niveau, synonyme d’une grande richesse et d’un potentiel hors du commun. Je l’illustrais avec le récit du parcours professionnel d’un ancien cycliste.

Je souhaite à présent revenir sur une condition essentielle à cette réussite, à ce réinvestissement dans son nouveau métier des leviers de son ancienne performance sportive.

Précisons d’abord qu’une compétence n’est pas transférable en tant que telle.

Si on veut définir la compétence, on dit qu’être compétent c’est savoir combiner et mobiliser des ressources pour apporter une réponse adaptée à une situation donnée. Par exemple savoir lire un plan ne veut rien dire dans l’absolu, cela dépend de son contexte : on peut savoir lire un plan de montage d’une machine et être incapable de déchiffrer un plan d’un bâtiment.

Par contre cette compétence mobilise des connaissances, des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être qui eux peuvent s’appliquer aux autres lectures de plans.

Donc pour le sportifs ce ne sont pas ses compétences mais les ressources combinées et mobilisées qui elles peuvent être utilisées dans d’autres situations que le sport, et notamment dans l’entreprise.

Cela implique de repérer justement toutes ces ressources.

C’est là le véritable enjeu pour le sportif, et c’est le travail que nous avions fait avec ce cycliste dont je parle.

Le plus souvent sur ces questions il vient en disant qu’il ne sait rien faire d’autre que son sport. En termes de compétence opérationnelle c’est vrai.  Car les situations qu’il sait gérer dans son contexte (le sport) sont spécifiques à ce contexte. Ce n’est pas parce qu’il est un bon capitaine d’équipe qu’il peut immédiatement manager une équipe en entreprise. Par contre si on regarde quelles sont les  ressources qu’il mobilise pour être performant dans son management, on y trouvera des ressources relationnelles, comportementales, en communication,  dans la définition des objectifs, dans le partage des attentes, etc qui sont proches de celles qu’il pourra utiliser en entreprise. Si on analyse comment il appréhende son organisation, sa planification, sa coordination avec ses coéquipiers, ses relations avec son entraineurs ou ses sponsors, ou encore sa gestion de la compétition, etc.., on va se rendre compte de la richesse qu’il peut mettre à disposition pour d’autres activités.

Sans ce détour vers l’appropriation de toutes les ressources qui créent sa compétence dans son métier de sportif, le transfert n’est pas possible.

Ceci étant dit,  ce capital dont il est porteur, s’il arrive à le repérer, se l’approprier, et le re contextualiser au monde de l’entreprise est d’une richesse inouïe.

Il développe dans sa pratique sportive des connaissances, savoirs, savoir-faire, savoir-être, éminemment précieux pour le monde de l’entreprise. Ceux qui arrivent à s’en convaincre et à adapter ces ressources vont beaucoup apporter à l’entreprise. Mais cela demande aussi de la part de l’entreprise un mouvement vers le sportif pour l’aider à aller chercher ses ressources et les remobiliser dans le nouveau contexte auquel il va être confronté.

Alors quels conseils donner aux sportifs de haut niveau pour valoriser leur profil ?

J’ai consacré mon livre « Le sport, des médailles, et après ? Les atouts des sportifs pour l’entreprise »  à ces conseils. J’y décrypte onze sports justement sous cet angle des ressources que le sportif apprend à développer dans sa pratique sportive et qui ont du sens pour le monde de l’entreprise.

Et c’est exactement ce travail qu’ils ont à faire :

  • d’abord aller chercher ce qu’ils ont dit d’eux dans leur pratique sportive pour ne pas se tromper d’orientation déjà. Dans sa pratique sportive on ne peut pas tricher, on s’exprime avec ses qualités et ses défauts, avec ses atouts, tel qu’on est. Comprendre pour le sportif qu’il est un méthodique dans son apprentissage, un créatif dans son jeu, quelqu’un qui sait être à l’écoute et au service de ses coéquipiers, ou encore très organisé dans la planification et l’évaluation de ses séances d’entrainement, quoi qu’il exprime, il doit l’identifier ; cela va l’aider à valider son projet professionnel car il pourra s’y exprimer en étant parfaitement en phase avec lui même, et à expliquer au recruteur pourquoi il postule sur le poste proposé.
  • Ensuite il doit s’approprier justement tout ce qu’il a mis dans son sport, dans son jeu. Et là il faut aller au-delà des lieux communs sur la persévérance, le goût du challenge et autre capacité à gérer le stress. Son sport et son poste de jeu dans le cadre des sports collectifs l’ont conditionné, l’ont conduit à créer des réflexes qu’il a fait siens. Le pivot au hand ou le contreur central au volley sont des postes de jeu où il faut savoir faire le travail de l’ombre, ingrat, et être heureux de la contribution qu’il apporte car si elle n’est pas la plus visible elle est décisive pour la performance de l’équipe. Le demi d’ouverture au rugby, le meneur au basket ou le passeur au volley doivent développer une analyse rapide d’une situation, repérer les forces en présence pour faire le bon choix dans l’instant. Le buteur au foot ou au rugby doivent développer une capacité à résister à la pression qui est inouïe, savoir se remobiliser immédiatement en cas d’échec et ne pas se dissoudre sous les broncas d’un public déçu par son manque d’efficacité. Toutes ces caractéristiques doivent être comprises, et acceptées par le sportif comme des ressources qui auront une utilité dans le monde de l’entreprise.
  • C’est ça qu’il doit mettre en avant devant un recruteur, mais pas tel quel, en montrant justement qu’il est conscient du contexte dans lequel ces compétences ont été exercées, en montrant qu’il a compris les différences entre ce contexte et ce qu’il va rencontrer dans l’entreprise et en montrant qu’il sait comment il va recomposer cette combinatoire de ressources pour être efficace en entreprise.

Et il y a là une condition impérative pour le sportif qui va se présenter au monde de l’entreprise : il doit en avoir une connaissance minimum, il doit y avoir déjà mis les pieds, observé les situations auxquelles il va être confronté. Cette connexion au monde de l’entreprise est indispensable pour se donner un minimum de crédibilité face au recruteur. C’est cette expérience que nous mettons en pratique dans nos démarches avec le dispositif Collectif Sports. Et c’est au cœur du programme de reconnaissance des acquis de l’expérience que nous sommes en train de mettre au point...

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Fondatrice de Trajectoires performance, Directrice de Collectif Sports

Après 15 ans de conseil en développement...

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Véronique Barré

Fondatrice de Trajectoires performance, Directrice de Collectif Sports Après 15 ans de conseil en...

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