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Le syndrome des colloques (RH... )

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Il est toujours douloureux mais parfois utile de se tirer une balle dans le pied...! Les DRH, Consultants et Enseignants RH sont sans doute les champions des colloques (organisateurs, participants... ) destinés à une fonction donnée : la leur !

Ils ont un excellent modèle : les médecins qui, il est vrai, avec comme support l’aide massive des Laboratoires pharmaceutiques, ont longtemps été – ils le sont encore –exemplaires et d’une grande efficacité dans la création de ces grands messes plus ou moins médiatisées sous des cieux les plus cléments possibles.

Les responsables RH ne sont pas mauvais non plus... mais c’est leur Organisation qui devra-dans la grande majorité des cas en supporter le cout . Ce qui est un frein sérieux et nécessite le plus souvent un habillage dont on ne peut nier certaines retombées positives. Je pense évidemment à ces communications écrites et orales dont l’objectif premier est de légitimer la participation mais dont le sous-produit (le papier lui-même)  est parfois de belle qualité. 

Parmi la dizaine de fonctions clés de toute entreprise (et des réseaux correspondants ) , la fonction RH est en France (un regard sur la situation comparative aux USA est intéressant ) une des mieux organisées , structurées avec ses associations, ses leaders , ses totems(colloques... ), ses bibles (livres de référence), ses thèmes consensuels,  porteurs...

Peu ou pas de fausses notes ni de polémiques ; quelques thèses : pratiquement pas d’antithèses. Jamais de réunions ratées ou simplement de qualité moyenne : pas besoin de remises en cause puisque nous sommes tous solidaires et évidemment d’accord dans notre belle famille. Le plus fort est sans doute qu’on peut faire en conscience et en toute bonne foie ce constat qui est-pour une grande part - le reflet de la réalité. Un exemple ... : “les bienfaits de la diversité”, j’attends encore (à vrai dire je m’y suis un peu essayé) l’antithèse sur les limites et les risques de cette même diversité !

Les colloques atteignent pleinement leur objectif secondaire et passent globalement à coté de ce qui pourrait ou devrait être leur objectif principal.   

L’objectif secondaire est de se retrouver – 100, 200 participants voire beaucoup plus- certes essentiellement francophones (et pourquoi pas ?) – pour le plaisir d’être ensemble, de comparer ses soucis au quotidien, parfois de s’entraider voire d’imaginer ou lancer tel ou tel projet ...

L’objectif principal (je ne suis pas sur que “principal “ soit le terme approprié ) devrait ou pourrait être de faire avancer la réflexion sur le rôle des hommes dans l’Organisation, leur place, leur reconnaissance, la représentation collective ou individuelle, les strates hiérarchiques, l’influence du numérique, la place de la fonction RH, son avenir, sa dépendance ou son autonomie, l’internationalisation, le syndicalisme, la structure et l’Organisation des Entreprises, la participation des salariés, la ou les pensées dominantes ... (en particulier après la disparition du modèle soviétique ), la place et le rôle des pays émergents ... 

Ce que j’ai envie de reprocher à ces colloques, teintés de RH (dont une fois encore j’en suis – par structure – solidaire), c’est leur tendance à être nombrilistes, je veux dire à imaginer l’Entreprise et son environnement, à partir du prisme RH (c’est très important ...mais parmi d’autres fonctions bien aussi importantes).

Un jour (j’ai été, en France , pendant 10 ans , à le tête de la principale organisation RH du monde, forcément américaine) , il faudra bien qu’en France on se pose la question de la place, du pôle spécifique d’une structure dédiée RH : la réponse ne va pas de soi. Il suffit de comparer le cout des structures dédiées (de un à quatre ! ) pour constater que même si les objectifs restent en gros les mêmes, les moyens spécifiques (dédiés ) sont d’une ampleur très différente.

Nous croyons que les colloques RH pourraient faire  avancer ce type de réflexion, en un mot, ouvrir les RH – encore plus – sur les fonctions vitales de l’Entreprise que sont (c’est caricatural)  la production et la commercialisation (et en amont l’innovation).

Auteur

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Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine

Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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Luc Boyer

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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