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La vertu de l’approximation dans les prises de décisions : ironie estivale

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Il est frappant de constater à quel point le pouvoir inspire à ceux qui n’en ont pas des croyances empreintes à la fois de méfiance spontanée et de crédulité déconcertante.

Ceux qui connaissent mal les hautes sphères du pouvoir – quel qu’il soit – prêtent habituellement aux décideurs une rationalité tout à fait excessive. Persuadés que le sérieux des analyses et la conscience parfaite des différentes motivations et finalités président à chaque action et décision, ils imaginent qu’une somme colossale de calculs savants et l’absence totale de considérations prosaïques caractérisent la compétence de leurs dirigeants.

Un voile secret d’admiration et de machiavélisme supposé entoure ainsi ces hautes sphères d’une aura reptilienne – à cause du sang “froid” –, voire d’un halo d’insigne supériorité sur la masse populaire sentimentale, affolée de ses propres émois incontrôlables. La sourde impression de sécurité qui en découle n’est pas le trait le moins étonnant de ces foules abandonnées au pouvoir du dessus : « sûrement, ils savent ce qu’ils font ! »

Les pauvres ! S’ils savaient ! S’ils savaient ce que les décisions les plus apparemment stratégiques doivent souvent à des facteurs parfois totalement étrangers à toute approche raisonnée : une impression subite, un élan de sympathie, un orgueil froissé, un repas arrosé, une dette de copinage, un fait divers, un décalage horaire fatigant, un conjoint qui vient de vous quitter, un prétexte inopiné ou la dernière opinion instillée par un collègue bienveillant… tout est bon, à certaines heures, pour trancher une question de fond. 

S’ils savaient ce que les orientations et attitudes les plus apparemment profondes et calculées doivent aux petits positionnements tactiques à la petite semaine : un prédécesseur à dépasser,  un rival à contrôler, un confort personnel à conserver, un morne ennui à secouer, la Une d’un journal, une revendication ponctuelle à satisfaire, une femme – ou un homme ! – à séduire… toutes motivations que l’on s’efforcera de justifier, après coup, par une logique globale et stratégique artistement recomposée. Faute de n’avoir pas pris la bonne décision, il faut bien rendre bonne la décision qui a été prise !

Sans compter ceux qui fréquentent les cartomanciennes, gourous et autres inspirations astrologiques. Il est vrai que le Château Pétrus, par exemple, élève l’âme et l’éclaire d’une lumière propice à une sagesse inhabituelle ;-) ! Peut-on prendre une mauvaise décision sous le coup de la grâce ? Que d’orientations décisives et lourdes de conséquences doivent-elle au château Pétrus ! Ou à ce Beluga-Smirnoff qui vous donne des ailes ; ça dépend des goûts.

Autrement dit, sans pour autant sous-estimer les processus de décision rationnels – j’ai moi-même écrit longuement sur le sujet –, il est bon de se souvenir aussi, pour paraphraser le Tartuffe de Molière, que « pour être décideur, on n’en est pas moins homme »… un homme qui ne saura jamais éliminer ses états d’âmes les plus variés.

Cela nous remet tous dans une certaine humilité…

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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