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La relativité du temps de travail (1)

J’échangeais il y a quelques semaines avec un étudiant aspirant à faire carrière dans le domaine des Ressources Humaines. Il me faisait part de ses premiers pas en entreprise, de ses impressions, et moi des miennes. Nous avons notamment évoqué les représentations liées au temps de travail et cet échange m’a rappelé toute sa relativité. Je souhaite partager ici quelques unes de ces réflexions sur lesquelles vos commentaires ou propres expériences sont les bienvenues. 

Le temps face aux différences culturelles

Il y a plusieurs années, lorsque j’étais en charge de la mobilité internationale, je m’étonnais auprès d’un manager du choix de recourir de façon aussi importante à des expatriés français pour une mission aux Etats-Unis, plutôt que de s’appuyer sur des ingénieurs locaux. Alors que le manager me rétorquait que c’était lié au faible niveau d’implication de ces derniers, je lui demandais sur quels éléments il basait son appréciation. « Il n’y a plus personne après 18h, il ne reste que des français » me répondit-il. Nous touchions là une différence culturelle majeure : dans la culture française, une personne qui travaille tard le soir démontre ainsi son engagement, alors que la culture anglo-saxonne, ce comportement est perçu comme un manque d’efficacité et d’organisation personnelle. Un même comportement face à la gestion de son temps aboutit à une interprétation positive ou péjorative en fonction du filtre culturel de celui qui l’observe. 

Plus tard, en travaillant en Allemagne, j’ai constaté que mes collègues, quel que soit leur niveau de responsabilité, démarraient leur journée plus tôt, prenaient une pause plus courte pour le déjeuner et terminaient leur journée plus tôt que ce à quoi j’étais habitué en France. Là aussi, écart culturel pour des français qui cherchaient à les joindre en fin de journée, et pouvaient les juger à tort désengagés… même si les français n’étaient à leur tour pas joignables tôt le matin ou pendant la pause déjeuner. 

La France, malade du présentéisme ?

Dans une autre organisation, alors que je m’étonnais de la faible amplitude des heures d’ouverture affichées au sein d’un établissement, quelqu’un me répondit « c’est ce qui est écrit, mais un cadre qui arrive après 9h00 et repart avant 19h00, on sait tout de suite qu’il ne s’intéresse pas à son travail ». Ce raccourci logique selon lequel présence = engagement = performance trouve sa limite dans un aboutissement pathologique : le présentéisme. Dans la définition américaine du terme, ce comportement déviant conduit des salariés à faire acte de présence à leur poste, indépendamment de leur productivité réelle… Outre le fait qu’il génère naturellement une baisse de rendement, le présentéisme est souvent associé à des problèmes de santé physique (fatigue, maux de dos, de tête…) et psychologique (lassitude, nervosité, voire dépression…), par manque d’un temps de « respiration » nécessaire au maintien d’une bonne santé au travail. L’évaluation de l’engagement et de la performance ne se résume bien sûr pas à l’addition du temps passé à son poste, bien que cela rendrait certainement la tâche de l’évaluateur plus facile !

Evaluer le temps de travail : une tâche difficile !

Dans un monde industriel, le même temps de présence à un même poste n’aboutit pas au même rendement pour deux individus différents. Quelle peut être la portée du raccourci logique dénoncé ci-dessus lorsqu’on l’applique à une économie de la connaissance ? 

Estimer le temps de travail nécessaire à la réalisation d’une tâche s’avère ardu : le sous estimer pose naturellement le problème de la mise sous pression, voire de la désorganisation en cas de non respect des échéances fixées. Toutefois, une estimation volontairement large de ce temps n’est pas exempte de défauts : une tâche tend en effet naturellement à prendre au moins autant de temps qu’on en a à lui consacrer… 

Le temps de repos est-il aussi improductif qu’il parait ?

Plus on apprend de choses, plus on est confronté à des situations nouvelles, et plus notre mémoire étend notre perception du temps consacré à cet apprentissage. En somme, plus cette période nous apparait riche. Ce fonctionnement de la mémoire pourrait expliquer pourquoi dans notre enfance, cette période intense de découvertes de toutes sortes, les années semblaient particulièrement longues, et pourquoi le temps semble « s’accélérer » à mesure que l’on vieillit. Outre l’exposition à une situation d’apprentissage, notre cerveau a également besoin de sommeil, pendant lequel le souvenir d’une expérience vécue se crée en fonction de la signification qu’on lui associe. La mémoire est ainsi sans cesse réorganisée et réinterprétée : le temps de repos est loin d’être improductif, mais apparait comme le corolaire nécessaire au temps de l’action.

Exposition à une situation nouvelle, sens, repos : trois clefs pour développer l’apprentissage individuel qui semblent essentielles dans une économie basée sur les savoirs.

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Responsable des Ressources Humaines

Nicolas Mundschau s'intéresse tout particulièrement à la gestion...

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Nicolas Mundschau

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