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Être méchant pour gagner plus !

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Je viens de retomber sur ce vieil article rigolo datant du 11 octobre... 2011 ! Et j'en découvre, hélas, toute l'actualité !

Dans la série des enquêtes à tiroirs, La Tribune du 18 août 2011, sous la plume de Céline Tcheng, rapporte « une étude de chercheurs nord-américains », qui « démontre (Sic !) que les hommes peu aimables gagneraient plus que ceux qui sont affables ». Voilà une information capitale, qui devrait inspirer toutes les grandes écoles dans la formation des futurs cadres d’entreprise… ne trouvez-vous pas ? Du moins concernant les garçons ! Hé oui ! Parce qu’il paraît que « chez les femmes, cette tendance est moins marquée ». Serait-ce parce qu’une femme peut être tout aussi efficace en étant aimable ? Ou plutôt que l’homme se doit d’être désagréable pour se croire le chef ?

En fait, je crois que je commets une erreur grave : l’étude, intitulée « est-il rentable d’être gentil ? Les effets de l’amabilité sur l’écart salarial entre les deux sexes » – présentée lors de la 71ème réunion annuelle de l'Academy of Management à San Antonio (Texas) – ne parle nullement d’un lien entre la rémunération et l’efficacité, mais entre rémunération et comportement avec les autres ! Vous pouvez gagner plus, même sans être plus efficace, si vous devenez plus ferme, plus dur, plus intransigeant, plus méchant, plus arrogant, plus orgueilleux, plus suffisant, plus agressif, plus méprisant, plus dominateur… ce qui semble indéniablement plus naturel aux hommes qu’aux femmes ! Bref, « l'amabilité a un effet négatif sur les revenus »… des hommes ! Traduction libre et évidemment non autorisée, vous pensez bien : messieurs, devenez plus “virils” ; mesdames, ne vous donnez pas de mal, restez gentilles ! On hésite entre le rire et les larmes… De toute façon, compte tenu des écart de salaires entre les hommes et les femmes, les femmes ne peuvent espérer progresser, puisque nos trois chercheurs nord-américains relèvent qu’en tout état de cause, « les femmes fort peu sympathiques ne gagnent pas autant que les hommes extrêmement aimables ». Sic ! Il n’y a donc, si j’ai bien compris, qu’une solution : si elle veulent gagner plus, il faut que les femmes deviennent des hommes ! Élémentaire mon cher Sam !

Maintenant accrochez-vous bien : figurez-vous que « l'étude souligne que les personnes très aimables ont tendance à privilégier "l'harmonie sociale" »… ce qui est évidemment totalement déplacé dans une entreprise, n’est-il pas ? L’harmonie sociale ? Quelle fadaise ! Mieux vaut privilégier la concurrence, la compétitivité, les rapports de force, les concours de queqettes et l’agressivité à stress mieux mieux !

Allons plus loin encore.  Que signifie "être aimable" au juste ? Car s’il s’agit d’être niais, effectivement, le propos pourrait être éventuellement recevable. Et bien nos trois chercheurs « ont repris les six facettes de l'amabilité identifiés par les chercheurs Paul T. Costa et Robert R. McCrae : confiance, franchise, altruisme, respect, modestie et la tendresse d'esprit ». Si je sais bien lire, cela veut dire que ne pas être aimable implique : la méfiance, l’hypocrisie, l’égoïsme, le mépris, la vantardise et la dureté de cœur. Diable ! Même si je connais un certain nombre d’individus qui ont clairement dû avoir une connaissance prémonitoire de cette enquête, j’espère tout de même vivement qu’elle ne va pas devenir le modèle standard de l’homme de demain !

Alors certes, nos trois zozos ne vont pas jusqu’à préconiser l’adoption de tels comportement, et opposent « aimable » à « amiable » ! Sic ! Glissement sémantique digne d’universitaires intellectualisant. Si ce n’est à vouloir signifier que la méfiance, l’hypocrisie, l’égoïsme, le mépris, la vantardise et la dureté de cœur, s’accommodent fort bien des petits arrangements à l’amiable et de la lâcheté, qui conduisent tôt ou tard du compromis à la compromission. Il est parfaitement vrai que cela va ensemble !

Voulez-vous que je vous dise dans quelles sphères j’ai rencontré les gens les plus gentils ? Parmi des joueurs de rugby d’une part ; parmi de grands négociateurs internationaux d’autre part. Il ne me semble pas, dans un cas comme dans l’autre, qu’ils puissent être taxés d’être trop aimable dans l’exercice de leur activité… ; ils sont même beaucoup plus exigeants que les gros durs méchants ou certains commerciaux pervers de la grande distribution.

Reste en effet que l’étude a raison : ils ne gagnent pas forcément plus d’argent.

Mais si on se met à parler d’engagement et d’efficacité… rien ne va plus ! Restons dans l’entreprise !

Auteur

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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