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Être gentil au travail ?

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Est-il possible d’être “gentil” au travail ? Poser ainsi la question peut suggérer, en fait, que ce n’est pas – ou plus ? – possible! Question marquée d’inquiétude, peut-être, chez ceux qui ressentent une certaine impuissance à être “méchants” ? Ou constat affligé d’un pragmatisme tenant lieu de sagesse, chez les autres, dans le style « tout le monde fait comme ça donc on n’a pas le choix » ?

Faut-il être méchant pour réussir ?

Qu’importe : la réponse semble claire : ceux qui veulent “grimper” les échelons du pouvoir – ce qui s’appelle “réussir”, semble-t-il – ne peuvent, ne doivent, ne sauraient être “gentils”. Qu’on se le dise !

N’est-ce pas, au demeurant, relativement légitime ? Le maître mot d’une carrière professionnelle, pour un homme ambitieux – une femme ambitieuse – n’est-il pas celui de « pouvoir » ? Celui que l’on a ; celui que l’on convoite ; ce qu’on est prêt à subir et à infliger pour l’obtenir. Qui donc pourrait mesurer ce que la motivation des jeunes loups doit au fantasme de la puissance et de ses nombreux attributs ? Il est effectif que l’on jouit du pouvoir ; “l’absence d’états d’âme” ne faisant qu’avérer l’ultime rejet de toute dimension humaine, tel un préservatif de la conscience. Il est certain que la connotation de plaisir éprouvé dans la domination de l'autre ou dans la soumission à l'autre, même lorsqu’elle prend prétexte de l’intérêt de l’entreprise, introduit dans la notion de pouvoir une dimension perverse.

Quel rapport avons-nous au pouvoir ?

Face à ces réalités, aux doutes et aux désillusions qu’elles engendrent, on peut se demander s’il est possible d’exercer dignement le pouvoir que nous avons sur d'autres personnes, et inversement assumer celui que d'autres ont sur nous…

Dans cette perspective, il convient d’élargir notre champ de conscience, et de considérer que le pouvoir a des sens multiples : avoir la possibilité, le moyen, l'autorité, l'autorisation, la permission, la liberté, la capacité, la compétence, la maîtrise… C’est pourquoi le pouvoir que détient un responsable doit être – pour lui comme pour les autres – très clair dans ses origines, ses moyens, ses buts, et aussi ses risques. Il doit être encadré et limité au nom d’un bien « commun ».

La notion même d’état de droit définit des devoirs et des règles qui sont institués pour marquer à l'homme à la fois l'étendue et les limites de l'exercice de son pouvoir. En ce sens, le pouvoir donne bien plus de devoirs que de droits ; comme disait Malraux : « être roi est idiot ; ce qui compte, c’est de faire un royaume. »

Le devoir de servir

La légitimité des dirigeants et des managers réside donc bien dans leur pouvoir de servir.

Peut-être, alors, est-il possible d’être gentil, au sens fort du terme, même dans les plus hautes fonctions ?

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Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

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Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

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Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018