ADP

RH info : site d'actu et d'information sur les ressources humaines.

RSS

Décision et inférence

visuel_management_et_condition_travail_14_adp.jpg

L’induction statistique pure consiste à décider du paramètre de satisfaction d’un échantillon d’informations. Cet échantillon est constitué d’une série d’observations à partir de laquelle on procèdera à la généralisation. Bien entendu, plus cet échantillon sera étendu et représentatif du cadre de référence précis des phénomènes étudiés, plus l’induction permettra de distribuer avec maîtrise les probabilités qui sont sensées régir l’expérience réelle. La difficulté consiste, suivant les lois des grands nombres, à rapporter la taille de l’échantillon – observable « en fait » – à la taille du réel expérimentable – observable uniquement « en droit » –. Si la taille de l’échantillon recouvre intégralement le nombre total des observations possibles, le paramètre de distribution est parfaitement connu. Ce n’est évidemment pas le cas dans la plupart des décisions que nous avons à prendre. Le paramètre dépend alors de variables aléatoires, et le décideur doit savoir qu’il n’est pas en présence de la « vraie » distribution, mais d’une distribution décidée par l’arrêt arbitraire de l’échantillonnage.

L’hypothèse inductive se trouve alors soutenue par une démarche d’inférence. On appelle inférence toute opération par laquelle on admet une proposition dont la vérité n’est pas connue directement, en vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies. La conclusion en est donc simplement admise, et non démontrée. Au contraire de l’induction, l’inférence ne se justifie pas sur un argument quantitatif, mais sur la capacité du décideur à déceler des analogies confortant la crédibilité de l’induction. La bonne connaissance des domaines ou secteurs, des cultures, des cadres de référence ou de fonctionnement d’un système, par exemple, constituent habituellement une base d’inférence opportune.

Ainsi l’inférence, plus que l’induction, dépend-elle du talent du décideur et de ce qu’on appelle, parfois improprement, son « feeling ». L’hypothèse du débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, par exemple, est très faible du seul point de vue inductif, c’est à dire de l’observation des cas précédents de choix des troupes alliées. Elle prend toute sa force, au contraire, par inférence à partir du mode de raisonnement stratégique, de structure et d’organisation de ces troupes, à ce moment précis de la guerre, ainsi que n’avaient pas manqué de l’annoncer certains stratèges allemands. Il est donc toujours dangereux de s’appuyer sur la pure démarche inductive pour affirmer ce qui est « logique » et ce qui ne l’est pas. L’inférence permet de prendre en compte, par analogie, des données qui ne sont pas, à strictement parler, « logiques », mais qui dépendent de réalités prosaïques de terrains, de contextes, de cultures, de symboles…etc..

L’induction repose sur l’identité, avérée ou supposée, des cas particuliers observés ; elle gomme souvent l’ensemble des circonstances et des conditions dans lesquelles ces cas particuliers sont venus à l’existence. L’inférence ressitue la portée et les limites de cette identité et permet de l’étendre par procédé de comparaison et d’analogie, et non plus de simple collection.

Auteur

patrick_bouvard.jpg

Rédacteur en chef de RH info

Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en...

patrick_bouvard.jpg

Patrick Bouvard

Rédacteur en chef de RH info Titulaire d’un CAPES de Philosophie et Maître en Sorbonne, il enseigne...

Du même auteur

visuel_chronique_radio_rh_info_1_shutterstock.jpg

Le manager et l'autorité

visuel_chronique_radio_rh_info_1_shutterstock.jpg

Le manager et l'autorité

Les managers sont confrontés tôt ou tard à cette question angoissante : ai-je besoin d’affirmer ou...

Par Patrick Bouvard, le 11/10/2018