ADP

RH info : site d'actu et d'information sur les ressources humaines.

RSS

Billet d’humeur : voyages d’automne

- Dakar : il s'agissait du congrès francophone de l'AGRH; on peut parler de gros succès, avec l'implication du nouveau Président Marc Bonnet et de l'ancien Pierre Louart, malgré une certaine faible présence des représentants du Maghreb (fin du Ramadan, sans doute) ; échanges de qualité et fructueux entre des cultures, des économies fort différentes comme celles de l'Afrique occidentale et l'Europe par exemple.

L’accueil exemplaire, la chaleur humaine des échanges, ce tourisme certes encore relativement pas très développé et pas toujours de bonne qualité mais fort intéressant, nous ont réjouis. Mais quand on peut réfléchir, sur place, en visitant ateliers, quartiers, commerces, en parlant aux uns et aux autres..., en comparant à tous ces pays, plus ou moins émergents, qu'il m'a été donné de connaître et où j'ai pu conduire des missions depuis 30 à 40 ans, en étudiant statistiques et rapports, on ne peut qu'être pris d'un vertige devant l'extrême pauvreté (50% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté), la misère de ce pays , devant ce chômage de plus de 50%, devant le poids du secteur agricole si vulnérable aux conditions climatiques, devant une industrie (chimique) plus qu'essoufflée avec la concurrence sur les phosphates.  Seules, quelques infrastructures (ce n’est pas négligeable) échappent à ce bilan quasi-catastrophique avec une autoroute, un aéroport international, un terminal minier. Le PIB par habitant reste autour de 750 dollars par habitant (la France est à 37 000) Classé 5 en terme de risque (sur une échelle de 1 à 6) et en dessous de la moyenne en terme de développement humain, le Sénégal n'a pas pu ou su amorcer le redressement nécessaire ; et ce n'est pas le taux de fécondité voisin de 5 qui peut rassurer. En résumé, ce pays que nous aimons tant voit grossir un mécontentement explosif, l'émigration restant une soupape (?) pour certains jeunes. Je ne pense pas, malheureusement, que ces initiatives d'économie artisanale parallèles (avec ces ateliers composés  de jeunes en survivance – 12 à 18 ans – qui apprennent dans des conditions fort difficiles l'apprentissage d'un métier) soient la solution ou même une solution significative de redressement. Tout, ou presque, reste à faire, rigueur et lutte contre l'affairisme, priorité dans les investissements (autocentrés) avec la planification décentralisée correspondante, éducation/formation... : quelques pays comparables sont sur des voies qui donnent des résultats encourageants. Aidons nos amis sénégalais  –dont le souvenir du chantre de la Négritude n’est pas prêt de s’effacer – comme nous le pouvons. 

- L'Egypte, où j’ai fait à la suite un déplacement, ne peut se comparer au Sénégal, à presque tous les points de vue.

En terme de population d'abord (plus de 6 fois plus d'habitants, avec près de 76 millions, en terme de géographie et d'implantation des populations concentrées autour de la vallée du plus long fleuve du monde, le Nil ; plus de 1 000 habitants au km²) Bien d'autres facteurs ou critères montrent que le redressement est en route : maîtrise du taux de fécondité (environ 3), politique volontariste menée depuis 3 ans qui commence à donner ces effets : croissance, investissements dirigés vers des secteurs nouveaux... Les ressources "naturelles" apportent toujours leur appui à l'économie : le tourisme, le gaz naturel et le pétrole, les revenus du canal de Suez... et le soutien des États-Unis. Et pourtant cette croissance laisse sur le bord de la route encore beaucoup trop d'égyptiens avec un taux de chômage stagnant (officiel de 11%, probablement beaucoup plus), une pauvreté, voire une misère reculant très lentement (certains avancent que près de 40 % de la population vit avec 2 dollars par jour), une classe moyenne qui a du mal à émerger, un peu comme si la distribution des richesses ou sa redistribution se faisait avec grandes difficultés. La conclusion est que l'Égypte pleine d'atouts (je ne suis pas sûr qu'il faille mettre comme atout à long terme le barrage d'Assouan, massacre écologique, choix économique et technique discutable,  d'origine politique, sous influence soviétique...) n'est pas pleinement sortie de la zone d'alerte ou de risque social, religieux.  ...

Auteur

visuel_expert_luc-boyer-new.jpg

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine

Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

visuel_expert_luc-boyer-new.jpg

Luc Boyer

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

Du même auteur