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50 ans de management des organisations (4)

NDLR : A l’occasion de la sortie de son livre Nota bene, 50 ans de management des organisations (Ed. d’Organisation), Luc Boyer nous autorisé à reproduire ici quelques extraits du premier chapitre de son texte passionnant, intitulé « les leçons de l’histoire ».

L’organisation et le management à la période moderne

1. Une évolution générale

Le XV° siècle est marqué par l’arrivée au pouvoir de Louis XI en France, d’Isabelle de Castille en Espagne et de Henri VII en Angleterre qui, tous, rétabliront l’ordre intérieur. Cette convergence de l’arrivée d’un pouvoir central fort n’est pas due au hasard. Des innovations de la plus haute importance modifient profondément les rapports entre individus et pouvoir central, donnant à celui-ci la possibilité , la nécessité d’agir comme entrepreneur, régulateur, médiateur. Il en fut ainsi pour la généralisation de l’imprimerie(dont on ne dira jamais assez l’importance), les modifications de la forme des bateaux (les caravelles) et les instruments de navigation (astrolabe…), les armes à feu bien utiles pour favoriser le commerce…  L’Etat, c’est désormais un roi dont la légitimité est de nouveau forte, une bureaucratie chargée de la gestion du royaume et, enfin, divers corps consultatifs que le pouvoir met en place pour être assisté dans l’établissement et l’application de la législation fiscale. Le nouveau système est fondé sur un mécanisme de marché international fonctionnant avec l’aide de l’Etat sans que ce dernier en ait véritablement le contrôle.

Trois conditions ont été nécessaires à cette évolution :

  • un agrandissement du monde géographique concerné ; 
  • la mise au point de méthodes de travail et de contrôle de ce travail, différentes selon les types de production et les régions ;
  • la mise en place d’appareils étatiques puissants.

Le Portugal a joué un rôle pionnier dans cette évolution… C’est le développement urbain qui permettra les premières manifestations du capitalisme, en premier lieu sous une forme commerciale. On les voit apparaître essentiellement dans deux régions économiquement favorisées : les Flandres et l’Italie du Nord. Le commerce maritime avec l’Orient a doté les républiques italiennes d’une grande masse de capitaux et les Pays-Bas ont été l’un des principaux entrepôts entre l’orient et l’Europe du Nord.

L’organisation nouvelle, qui annoncera plus tard la grande industrie, est de type « industrie domestique » caractérisée par l’importance des corps de métiers et la parcellisation des unités de production. Les artisans, surtout dans les métiers de l’alimentation, du bâtiment et du vêtement disposent eux-mêmes de leurs moyens de production ; ils travaillent seuls ou avec un ou deux compagnons et vendent directement. Le régime corporatif - l’organisation des communautés de métier - tend à maintenir l’artisan dans une situation assez humble, en s’opposant à la concurrence, en limitant le nombre d’apprentis et en assurant à tous la main-d’oeuvre mais en quantité limitée.

Dans l’immense majorité des villes, les corporations ont maintenu le régime de la petite industrie. C’est seulement dans les corporations marchandes qu’une différenciation s’est produite entre les maîtres et que l’investissement a pu croître. C’est en tout cas dans ce contexte de structuration des métiers que vont, petit à petit, se développer les premières industries. Pourtant, s’il existe quelques entreprises que l’on pourrait qualifier de privée, elles sont largement soumises au contrôle et à la réglementation étatique.

Le plus curieux est que, pendant cette période d’initialisation, l’idéologie dominante n’était pas celle de la libre entreprise ou de l’individualité mais celle de l’étatisme ou de la rison d’Etat. Excepté peut-être aux Pays-Bas (les Provinces Unies), cette omniprésence de l’Etat intervient selon deux schémas tout à fait différents :

  • soit, il s’agit de protéger les commerçants et les producteurs et de créer des conditions favorables à leur développement ;
  • soit, il s’agit, de façon résolue et autoritaire de créer une industrie.

Ces deux schémas simplifiés peuvent être ceux qu’ont connu respectivement les villes italiennes et la France de Colbert. Cependant, au-delà de ces différences, l’exigence d’une production de plus grande masse et le recours à  un salariat important mais varié quant à son statut, nécessitent pour l’Italie comme pour la France la mise en place d’une organisation et d’une gestion des hommes complexes.

Auteur

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Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine

Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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Luc Boyer

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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