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50 ans de management des organisations (2)

NDLR : A l’occasion de la sortie de son livre Nota bene, 50 ans de management des organisations (Ed. d’Organisation), Luc Boyer nous autorisé à reproduire ici quelques extraits du premier chapitre de son texte passionnant, intitulé « les leçons de l’histoire ».

Les modèles romain et grec

Le première royauté romaine fut construite sur les restes de L’Etrurie qui avait développé une économie pastorale où les entreprises  domestiques regroupaient, autour du père de famille, sa femme, ses enfants et quelques esclaves.

L’expansion économique et militaire de Rome a totalement modifié le schéma ancien de répartition des terres. Au départ, les nouvelles terres conquises étaient distribuées aux vétérans, sous forme de colonies (du latin colere, cultiver), ce qui répondait à la fois à des objectifs stratégiques et à des intérêts alimentaires. Mais, rapidement, la concentration des propriétés (en raison d’une distribution non équitable), leur mode d’exploitation par une main d’oeuvre servile obtenue à bas prix et la ruine des petits propriétaires ont favorisé le développement de latifundiae (vastes propriétés) qui deviendront l’un des traits caractéristiques de la civilisation romaine.

Souvent, les Romains vainqueurs se livrèrent à une exploitation brutale des vaincus. L’immense patrimoine immobilier pris sur l’ennemi devenait ager publicus, propriété de l’Etat. Celui-ci conservait généralement les entreprises à valeur stratégique (les mines par exemple) et les faisait exploiter en régie directe par des esclaves. Les terres de culture étaient divisées selon deux modes de production :

  • les unes, les moins nombreuses, étaient données, en pleine propriété, à titre individuel ou à titre de colonie à des Romains ;
  • les autres, étaient donné en bail (contre redevances) à ceux qui étaient, le plus souvent, les anciens propriétaires du sol.

La conquête militaire a ainsi totalement transformé leur condition juridique de liberté en dépendance. Bien plus, Rome imposait parfois aux pays conquis une réglementation économique à son profit exclusif : par exemple, en Gaule narbonnaise, elle a longtemps interdit la culture de la vigne et de l’olivier pour protéger la production romaine.

Ces schémas furent rompus quand l’empereur concentra tous les pouvoirs entre ses mains, avec pour souci principal de trouver les moyens de gérer efficacement l’immense empire qu’il cherchait à constituer. Sa puissance militaire était renforcée par une puissante organisation administrative. En raison de l’importance des communications, des corps spéciaux tels que le service de la poste impériale furent créés. L’essor industriel reste le fait le moins remarquable de cette civilisation. Même s’ils furent réels, les progrès techniques restèrent faibles car on préfèrait employer des esclaves plutôt que d’avoir recours à des innovations. Quand une exploitation industrielle existe, elle est surtout de type artisanal et fabrique des produits de bas de gamme destinés à l’exportation.

Deux siècles de pax romana en Gaule n’eurent pas pour conséquence de créer la concentration agricole qu’on aurait pu imaginer : le nombre des hameaux se développe plus que celui des villas-villages, un prolétariat intérieur se constitue avec les paysans à la campagne et les esclaves dans les villes. Un système de type féodal se met déjà en place, dissolvant politique pour certains, usurpation de pouvoir pour d’autres.

On dispose pour suivre l’évolution de cette époque de nombreux témoignages d’auteurs qui, parfois entrent dans le détail de la gestion. Ainsi Caton (200 ans avant J.-C.) décrit avec précision les fonctions d’agent de maîtrise. En Grèce, Xénophon, l’un des élèves préférés de Socrate, écrit L’Anabase qui, en racontant la campagne de Cyrus contre Artaxercès et la « retraite des Dix Mille » (400 ans avant J.-C.) donne de précieuses indications sur l’organisation d’une armée en campagne et sur les différents modes de commandement parfois démocratiques- appliqués dans l’armée grecque. De même, dans les Dits mémorables de Socrate, il évoque le management dans un dialogue entre Socrate et Nicomarque pour  y voir une démarche spécifique, irréductible à tout autre savoir. sa République, Platon trace les premières d’une science économique et pose la spécialisation comme source du rendement.

Auteur

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Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine

Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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Luc Boyer

Directeur de Recherche à l’Université de Paris Dauphine Luc Boyer est Docteur d’Etat es Sciences de...

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