RH info : site d'actu et d'information sur les ressources humaines.

Digital et travail : quelle évolution ? (1/2)

visuel_management_et_condition_travail_10_shutterstock.jpg

 


NDLR : Ce texte, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur, a déjà été publié par la revue Personnel : http://www.andrh.fr/services/la-revue-personnel.


Le travail transformé par le digital : un enjeu clé pour les  DRH

En avril 2014 la revue Personnel[1] consacrait  son dossier spécial  au « Numérique : un renouveau pour les DRH ». Depuis, le nombre d’entreprises qui se sont  engagées dans une «évangélisation »  d’abord et une évolution ensuite de leur fonction RH est impressionnant à commencer par les entreprises du CAC 40. Mais, au-delà des éléments les plus visibles de cette évolution qui concernent des processus RH eux-mêmes revisités (recrutement, formation, management de la performance, rémunération…), c’est la conception même du travail et de son organisation qui interpelle  de plus en plus les DRH tant les bouleversements induits par le digital sont susceptibles d’être importants.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les innovations, liées au numérique,  les plus remarquables identifiées chaque année par le forum Netexplorateur[2]  depuis 2008  à l’échelle mondiale. Une grande majorité d’entre-elles annonce des révolutions à venir dans de nombreux domaines mais elles ont, pour la plupart, en commun de transformer assez profondément le travail et son organisation. On peut citer le cas de l’impression 3D identifiée lors de la première édition en 2008 à l’origine de la révolution des « Fab Labs » ou celui de la réalité augmentée permettant à des opérateurs de réparer des machines sans en avoir même les plans !    

L’enjeu pour les DRH  est crucial car il est temps pour eux de réinvestir les champs du travail et de  l’organisation. La révolution numérique représente à bien des égards une chance de renouveau de leur rôle et leur positionnement  sous réserves qu’ils/elles comprennent et s’approprient les principales caractéristiques des transformations du travail dans un monde digital comme le proposent Sandra Enlart et Olivier Charbonnier dans deux ouvrages récents[3]. Plusieurs pistes peuvent être esquissées ici pour appréhender certaines de ces transformations, d’autres pistes seront évoquées dans une autre contribuition.

Un travail plus virtuel

Comme nous l’avons observé depuis plus de 50 ans dans certaines industries, l’industrie cimentière par exemple, de nombreuses situations de travail ont été dématérialisées notamment par l’automatisation des process. L’arrivée de l’internet et plus récemment de la révolution numérique ont conduit à une virtualisation croissante du travail comme le souligne une étude de l’université d’Oxford en 2013 qui montre que près de 50% des emplois aux USA seront  virtualisés au cours de la prochaine décennie ! On le voit tous les jours avec notre mode de consommation qui évolue sans cesse avec les achats  de biens et services sur Internet jusqu’à l’Etat qui impose progressivement les déclarations et le paiement des impôts en ligne.

Un travail plus connecté

Une autre transformation profonde du travail est la connectivité permanente des personnes pour mener à bien leurs activités professionnelles. Si le nombre d’objets connectés a dépassé au plan mondial le chiffre de 12 milliards fin 2014, beaucoup le sont encore pour des usages personnels. Mais ce qui va réellement changer est le fameux « Internet of things »[4] (Internet des choses) qui va amener les entreprises à connecter de plus en  plus les situations de travail et les personnes jusqu’à, et c’est un risque important, créer un monde « Big Brother » où toute activité serait surveillée, par exemple, sur le plan de la qualité par des  mesures prises en permanence  par des capteurs ou  sur  le lieu  d’exercice du travail par la géo-localisation !

Un travail plus nomade

Lié à cette connectivité permanente de la situation de travail, le nomadisme s’est imposé dans de très nombreuses situations professionnelles avec, comme illustration, le développement du télétravail mis en place par de nombreuses entreprises dont la Société Générale qui l’expérimente avec 3.000 collaborateurs volontaires. L’explosion du phénomène du nomadisme va bien au-delà du télétravail puisqu’on estime à près de 1,3 milliards de personnes qui seront en situation de travail nomade en 2015 selon le cabinet IDC ! Ce nomadisme est une réalité quotidienne lorsqu’on observe les  salles d’embarquement des aéroports qui sont devenus de bureaux annexes pour de nombreux cadres. 

Un travail plus instantané

Une autre caractéristique de la transformation du travail par le digital est celle de la relation au temps qui a été d’abord bouleversée par l’arrivée des outils nomades dont le Blackberry au début des années 2000 qui amenait, pour la première fois, les emails dans nos poches nous incitant fortement à y répondre sur le champ. La révolution numérique n’a fait qu’accélérer le phénomène avec des supérieurs hiérarchiques, des collègues, des clients toujours plus exigeants puisque les outils technologiques existent…Cette culture de l’instantanéité est devenue la règle dans de nombreuses situations de travail avec des conséquences, parfois désastreuses,  sur la qualité des décisions prises et surtout le niveau de stress des collaborateurs.

Un travail plus flexible

La dernière caractéristique évoquée ici est celle de la flexibilité des situations de travail permise par la révolution numérique avec une recomposition des activités qu’autorisent les transformations déjà évoquées. Le modèle traditionnel de la description de poste  dans les  entreprises fortement impactées par le digital est, par exemple, aujourd’hui obsolète et remplacé par la notion de rôle correspondant à une situation de travail définie par des missions qui restent mesurées par l’atteinte d’objectifs négociés. Cette flexibilité du travail constitue le fondement de l’entreprise « agile » qui n’est pas l’apanage des seules start-ups de l’internet comme le démontrent les expériences menées par des entreprises comme Saint- Gobain ou Michelin au niveau des équipes de travail dans les usines ou les centres de distribution.

Le rôle catalyseur des DRH

En guise de conclusion de cette première partie de la description de l’impact du digital sur le travail, il est important de souligner l’importance du rôle de catalyseur des DRH dans les transformations de l’entreprise.  Au-delà, en effet, de l’exemple qu’ils/elles peuvent donner   en démontrant leur maitrise de l’évolution de la Fonction RH par le  digital,  les DRH doivent pouvoir être des pilotes du changement  dans l’entreprise tant les situations de travail sont susceptibles d’être profondément bouleversées par la révolution numérique.


[1] Personnel « Numérique : un renouveau pour les DRH », dossier coordonné par O. Jakulské et F. Silva, mars-avril 2014.

[2] www.netexplo.org

[3] Enlart, S. & Charbonnier, O. : A quoi ressemblera le travail demain ? , Dunod, 2013 et Quelles compétences pour demain ?, Dunod, 2014

[4] Porter M.E. & Heppelmann « How connected products are transforming competition », Havard Business Review, November 2014, pp.65-84

Auteur

visuel_expert_chbdh-new.jpg

Professeur émérite à HEC Paris

Charles Henri Besseyre des Horts est professeur émérite au département Management & Ressources Humaines...

visuel_expert_chbdh-new.jpg

Charles Henri Besseyre des...

Professeur émérite à HEC Paris Charles Henri Besseyre des Horts est professeur émérite au...

Du même auteur

visuel_approche_globale_de_lentreprise_20_shutterstock.jpg

L'uberisation de l'économie

visuel_approche_globale_de_lentreprise_20_shutterstock.jpg

L'uberisation de l'économie

  L’Ubérisation de l’économie : risques et  opportunités pour les DRH Ce que recouvre le phénomène...

Par Charles Henri Besseyre des Horts, le 20/04/2016